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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00739

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00739

mardi 10 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00739
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Par un jugement n° 2212067 du 8 mars 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023, M. B, représenté par Me Pierrot, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) à titre principal d'annuler la décision de refus de séjour et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ; plusieurs erreurs matérielles, quant à son prénom, au fait qu'il serait marié alors qu'il est célibataire, révèlent un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; le préfet n'a pas mentionné sa demande de délivrance d'une carte de résident en qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français ;

- il est entaché par un vice de procédure à défaut de consultation de la commission du titre de séjour, alors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est cru lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il ne peut pas bénéficier de façon effective d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant camerounais né en 1949, entré en France le 1er mars 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour mention " ascendant non à charge ", a été mis en possession de titres de séjour mention " vie privée et familiale ", en raison de son état de santé, à compter du 7 octobre 2019. Par l'arrêté contesté du 1er août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B relève appel du jugement du 8 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de ces deux décisions.

3. Ainsi que les premiers juges l'ont relevé aux points 2 et 3 du jugement attaqué, l'arrêté contesté précise les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Dès lors que le préfet reprenait à son compte l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), selon lequel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il n'avait pas à se prononcer sur la possibilité pour l'intéressé de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait saisi le préfet d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français. Il s'ensuit que le moyen d'insuffisance de motivation doit être écarté. En dépit d'une erreur matérielle sur le prénom de l'intéressé et d'une erreur de fait sur sa situation maritale, en ce qu'il est célibataire et non marié, il ressort des motifs circonstanciés de la décision contestée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B et qu'il n'a pas entaché sa décision d'une incompétence négative en ce qu'il se serait cru lié par l'avis du collège des médecins du service médical de l'OFII.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

5. M. B fait valoir qu'il souffre d'un cancer de la prostate depuis 2018, d'une sténose dégénérative depuis 2020 et d'arthrose. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si l'état de santé de M. B nécessite une surveillance médicale en urologie et en oncologie depuis mars 2019, avec un dosage de PSA tous les six mois à un an, seul un traitement médicamenteux de l'hypertrophie bénigne de la prostate par Urorec, Vesicare et Permixon 160, lui a été prescrit. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une prise en charge particulière de sa discopathie dégénérative et de son arthrose ait été en cours à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B au motif que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que, M. B ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, le moyen tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application du 9° de l'article L. 611-3 du même code.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis mars 2019, qu'il a bénéficié de titres de séjour pour soins jusqu'en 2022 et qu'âgé de soixante-treize ans, il est entouré en France de quatre de ses enfants, dont deux sont de nationalité française et deux autres en situation régulière, lesquels le prennent en charge financièrement. Cependant, le requérant, entré en France avec un visa qui lui a été délivré en qualité d'ascendant non à charge, peut ainsi qu'il a été dit être suivi médicalement hors de France. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident trois autres de ses enfants majeurs et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix ans. Dans ces circonstances, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

8. Enfin, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 10 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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