jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00829 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être conduite et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2300476 du 11 avril 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2023 au greffe de la cour administrative d'appel de Paris et transmise par une ordonnance du 2 mai 2023 à la cour administrative d'appel de Versailles, et une requête identique, enregistrée le 24 avril 2023 au greffe de la cour administrative d'appel de Versailles, Mme D, représentée par Me Tangalakis, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de séjour méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- à défaut de production de la délégation de signature, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ont été signées par une autorité incompétente ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle se trouve en France depuis le mois de mars 2014 et qu'elle y réside avec ses trois enfants ;
- elle ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que leur mère est la seule personne qui les prend en charge et que son éloignement porterait une atteinte grave à leur intérêt ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle l'expose à un risque de traitements inhumains et dégradants en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-10 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle réside sur le territoire français depuis plus de cinq ans à la date de la décision contestée, qu'elle justifie de la présence de liens familiaux, qu'elle a essayé de s'insérer professionnellement, qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme D, ressortissante camerounaise née le 3 mars 1984, entrée en France en mars 2014, selon ses déclarations, a sollicité le 22 août 2022 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 20 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme D relève appel du jugement du 11 avril 2023 par lequel tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a délégué sa signature à M. B A n'a pas été produit en défense est, s'agissant d'un acte réglementaire régulièrement publié, sans incidence sur la compétence du signataire de l'arrêté contesté.
4. En deuxième lieu, Mme D ne se prévaut pas utilement des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation par la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui sont dépourvues de caractère réglementaire.
5. En troisième lieu, aux termes de 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Mme D se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France depuis huit ans et cinq mois, de son insertion professionnelle et de la présence en France de ses trois enfants mineurs âgés de dix ans, huit ans et deux ans, dont l'aîné est scolarisé en France depuis trois ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est prévalue du 1er septembre 2016 au 31 août 2019 d'un titre de séjour obtenu de manière frauduleuse et qu'elle a été condamnée pour ce motif par un jugement du 14 janvier 2021 du tribunal correctionnel de Paris à six mois d'emprisonnement avec sursis. L'intéressée ne justifie pas de son insertion professionnelle et occupe un logement du parc social dont elle est redevable d'arriérés de loyers. Rien ne s'oppose à ce que sa vie familiale avec ses trois enfants mineurs se poursuive hors de France. L'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et une de ses sœurs et où elle-même a vécu, avant son départ en Belgique pour études, jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour en France de Mme D, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs.
7. En quatrième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire étant écartés, Mme D n'est pas fondée à exciper, à l'encontre des décisions portant refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi, de l'exception d'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire.
8. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que la requérante serait exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. D'une part, le préfet de l'Essonne n'a accordé à Mme D aucun délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre. Si la requérante se prévaut de la présence de ses trois enfants en France, elle n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dès lors, en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en assortissant cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français.
11. D'autre part, dans les circonstances rappelées aux points précédents, alors que Mme D a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, en l'occurrence du fait d'une reconnaissance frauduleuse de paternité de l'un de ses enfants, alors même qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre, le préfet de l'Essonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 3 octobre 2024
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026