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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00953

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00953

mardi 3 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00953
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Par un jugement n° 2214856 du 5 avril 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, M. A, représenté par Me Maimbourg, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, dans les mêmes conditions d'astreinte.

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-camerounaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Bruno-Salel, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant camerounais né le 31 août 1988, qui déclare être entré en France le 1er août 2015, a présenté une demande de titre de séjour le 2 décembre 2021 en qualité de salarié sur le fondement de l'article 4 de la convention franco-camerounaise relative au séjour et à la circulation des personnes. Par l'arrêté contesté du 3 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. A relève appel du jugement du 5 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, M. A reprend en appel le moyen soulevé en première instance tiré de ce que la décision de refus de séjour contestée serait insuffisamment motivée. Cependant, le requérant ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait nouveau, ni critique du jugement de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

4. En second lieu, si M. A a déposé une demande d'admission au séjour au titre du travail en justifiant d'une demande d'autorisation de travail de la SAS " Delizie Italiane ", il ressort des pièces du dossier, notamment d'un courriel de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales du 22 juillet 2022, que cette société, qui était immatriculée dans ses services en qualité d'employeur depuis le 20 novembre 2019, en a été radiée le 1er janvier 2022 suite à la fermeture de l'établissement. Ainsi, comme l'ont souligné les premiers juges, à date de la décision attaquée et nonobstant la liquidation de la société prononcé postérieurement par un jugement du 7 février 2023, le requérant ne justifiait pas occuper un emploi à la date d'édiction de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité. S'il se prévaut de l'obtention d'un contrat à durée indéterminé à compter du mois de mars 2023, cette circonstance, postérieure à la date de la décision attaquée, est sans incidence. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a entaché son refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France depuis août 2015, de sa relation avec une ressortissante italienne avec qui il a eu deux enfants nés sur le territoire en septembre 2020 et août 2022, ainsi que de son insertion professionnelle. Toutefois, le requérant, qui a déclaré être célibataire lors de dépôt de sa demande de titre de séjour en décembre 2021 et a toujours résidé à une adresse distincte de celle qu'il présente comme sa compagne, n'établit pas, par la seule production d'une attestation de celle-ci, de relevés bancaires montrant l'existence de trois virements de 980 euros effectués à son profit en janvier, février et mars 2022, et d'une attestation de scolarisation postérieure à la date de la décision attaquée, la réalité et la stabilité de la cellule familiale qu'il formerait avec celle-ci, dont il ne justifie en outre pas de la régularité du séjour, et leurs deux enfants mineurs, ni l'intensité de ses liens avec ces derniers. Il ne fait en tout état de cause valoir aucune circonstance qui l'empêcherait de reconstituer cette cellule familiale hors de France, et notamment dans son pays d'origine où résident ses parents, ainsi que quatre frères et sœurs et où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Dans ces circonstances, et même si M. A justifie de son insertion professionnelle par la production de bulletins de salaire de diverses sociétés pour la période de mai 2018 à mars 2021, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise, ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs de fait, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa mesure d'éloignement d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation doit également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 3 décembre 2024.

La magistrate désignée,

C. BRUNO-SALEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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