mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00962 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2022 en tant que la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de son renvoi.
Par un jugement n° 2202383 du 13 avril 2023, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa requête.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 6 mai 2023, M. C, représenté par Me Rouille-Mirza, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; les premiers jugent aurait dû sur ce point tenir compte de l'autorité de la chose jugée par l'ordonnance du 4 mars 2021 du tribunal administratif de Rennes ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Bruno-Salel, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B C, ressortissant géorgien né le 22 mars 1989, déclare être entré en France irrégulièrement en 2004 avec ses parents, à l'âge de seize ans, et avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutée le 13 mars 2009 après une période de détention, avant de revenir en France environ un an après. Le 6 février 2018, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa " vie privée et familiale ", qui a été rejetée par un arrêté du 26 juillet 2018 du préfet d'Indre-et-Loire, confirmé par un jugement du tribunal administratif d'Orléans du 24 janvier 2019. Il a renouvelé sa demande le 10 février 2020, et a essuyé un nouveau rejet par un arrêté du 29 juin 2020 de la préfète d'Indre-et-Loire, confirmé par un jugement du même tribunal du 9 décembre 2021, puis par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Versailles du 11 mai 2023. Dès le 29 juin 2020, M. C avait une nouvelle fois renouvelé sa demande, qui a été rejetée par un arrêté du 24 février 2021 du préfet d'Eure-et-Loir, assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai validée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 18 novembre 2021, qu'il n'a pas exécutée. Il a été interpellé le 5 juin 2022 et placé en garde à vue pour tentative de meurtre aggravé. Par l'arrêté contesté du 6 juillet 2022, la préfète d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de renvoi. M. C relève appel du jugement du 13 avril 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et fixe le pays de son renvoi.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
4. M. C n'établit ni son entrée irrégulière en France en 2004, ni qu'il y réside habituellement depuis, d'autant qu'il admet en avoir été éloigné le 13 mars 2009 en exécution d'une interdiction du territoire français pendant un an et ne justifie pas de la date à laquelle il y est, irrégulièrement, revenu. Si ses parents résident régulièrement en France sous couvert de titres de séjour valables du 22 décembre 2019 au 21 décembre 2021, il n'établit pas que ses deux sœurs y vivent également de manière régulière et lui-même s'y maintient sans titre de séjour et sans justifier d'une insertion professionnelle ou sociale particulière. Sa fille A, née le 26 novembre 2014 de sa relation avec une première compagne de nationalité géorgienne dont il est séparé, a été placée dès l'âge d'un mois à l'aide sociale à l'enfance, et s'il établit qu'il bénéficie d'un droit de visite en lieu neutre et partiellement encadré et qu'il l'exerce, c'est seulement depuis mars 2020 et dans des conditions qui ne permettent pas d'établir la stabilité et l'intensité des liens qu'il entretient avec elle. S'il se prévaut par ailleurs de deux autres enfants nés le 24 janvier 2023 de sa relation avec une nouvelle compagne de nationalité géorgienne, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en juin 2026, il n'établit pas la durée et la stabilité de cette relation et ces naissances sont survenues après la date d'édiction de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité. Enfin, si M. C fait valoir ne plus avoir de lien dans son pays d'origine, il n'apporte au soutien de son allégation aucun élément pour le prouver alors qu'il admet y être retourné au moins un an dans le cadre de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français, sans qu'il ne justifie de difficultés particulières d'adaptation. Il ressort en outre des écritures en défense, non contredites sur ce point, ainsi que des décisions de la juridiction administrative devenues définitives dont il a déjà fait l'objet, que M. C a été condamné à de nombreuses reprises, notamment le 15 juin 2006 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour violence commise en réunion sans incapacité et vol en réunion, refus d'embarquer, dégradation et vol aggravé avec interdiction de territoire, le 7 février 2007 à trois mois d'emprisonnement et à une interdiction du territoire français pendant un an pour soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière, entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, dégradation d'un monument ou objet d'utilité publique et vol aggravé par deux circonstances (récidive), le 25 mai 2010 à deux ans d'emprisonnement pour refus de se prêter aux prises d'empreintes digitales ou de photographies lors d'une vérification d'identité, fourniture d'identité imaginaire, obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité et entrée et ou séjour irrégulier d'un étranger en France (récidive), le 15 avril 2014 à quatre mois d'emprisonnement pour violence sur une personne chargée de mission de service public suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 25 septembre 2015 à quatre mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances (récidive) et vol en réunion (récidive) et le 1er juillet 2020, à douze mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants, récidive et vol par effraction dans un local d'habitation ou un entrepôt, tentative (récidive) et vol aggravé par deux circonstances (récidive). Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France et de ses nombreuses condamnations pénales et incarcérations qui révèlent la menace à l'ordre public qu'il représente, et même si des membres de sa famille y résident régulièrement, la préfète d'Indre et Loire, en prenant la mesure d'éloignement attaquée, n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuivait, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'autorité de la chose jugée par le jugement n° 2101055 du 4 mars 2021 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes, qui a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes n° 21NT00964 du 18 novembre 2021 devenu définitif. Pour les mêmes motifs de fait que ceux précédemment énoncés concernant notamment la situation des enfants de M. C, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à des traitements inhumains ou dégradants. ".
6. Si le requérant soutient qu'un éloignement à destination de son pays d'origine l'exposerait à un risque de traitements inhumains et dégradants au motif qu'il y aurait été enlevé à l'âge de sept ans en échange d'une rançon, et qu'à l'occasion d'un précédent éloignement, il y aurait été arbitrairement emprisonné et maltraité, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce au soutien de ses allégations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés comme non fondés.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.
Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire.
Fait à Versailles, le 3 décembre 2024.
La magistrate désignée,
C. BRUNO-SALEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026