mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00967 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ROMERO CHARLOTTE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C E et Mme B D épouse E ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler les arrêtés du 12 octobre 2022 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits.
Par un jugement nos 2215670, 2215671 du 6 avril 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
I. Sous le n° 23VE00967, par une requête enregistrée le 9 mai 2023, Mme D épouse E, représentée par Me Romero, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnait les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
II. Sous le n° 23VE00968, par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. E, représenté par Me Romero, avocate, demande à la cour, par les mêmes moyens que ceux exposés par Mme D épouse E dans la requête n° 23VE00967 :
1°) d'annuler le même jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. E et Mme D épouse E, ressortissants arméniens nés le 10 mars 1981 et le 4 octobre 1985, entrés sur le territoire français, en dernier lieu, le 24 octobre 2007, ont chacun sollicité, respectivement le 23 août 2018 et le 19 mars 2019, leur admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 12 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits. Par deux requêtes dirigées contre le même jugement, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par une seule décision, M. et Mme E relèvent appel du jugement du 6 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, après les avoir jointes, a rejeté leurs demandes d'annulation de ces arrêtés.
3. En premier lieu, par un arrêté du 28 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, pour signer les décisions contestées. Dès lors que cet arrêté a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, eu égard au caractère réglementaire de cet acte, la circonstance que cet arrêté a été produit en première instance par le préfet après clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué, est sans incidence sur la compétence du signataire des arrêtés contestés. Il s'ensuit que le moyen d'incompétence peut être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. et Mme E se prévalent de l'ancienneté de leur résidence en France depuis plus de dix ans et de la présence avec eux de leurs trois enfants, dont deux sont nés en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse E, revenue en France après le rejet de la demande d'asile qu'elle avait introduite en France sous un autre nom, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'un arrêté du 30 juin 2016 lui faisant obligation de quitter le territoire français, qu'elle a été condamnée le 28 juin 2018 par le tribunal correctionnel de Senlis pour des faits de vol en réunion et qu'elle ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. De même, M. E, a fait l'objet de précédentes obligations de quitter le territoire français le 22 mars 2012, suite au rejet de sa demande d'asile, le 4 septembre 2014 et le 22 mars 2016, et de multiples condamnations pour des faits de vol, vol en réunion, conduite sans permis et sans assurance et usage illicite de stupéfiants. Il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, hormis une période d'emploi de 2015 à 2018. Les trois enfants du couple, nés en septembre 2004, avril 2007 et juin 2008, dont l'aîné était majeur à la date de l'arrêté contesté, ont fait l'objet de placements à l'aide sociale à l'enfance. Enfin, M. et Mme E sont hébergés par le 115. La commission du titre de séjour a d'ailleurs émis un avis défavorable le 23 septembre 2022. Dans ces conditions, en refusant de leur délivrer un titre de séjour et en leur faisant obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont ils ont la nationalité ou de tout pays dans lequel ils seraient légalement admissibles, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
7. Dès lors que les arrêtés contestés n'ont pas pour effet de séparer la famille, alors même que deux des enfants A et Mme E, nés en France, ne seraient jamais allés en Arménie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. E et Mme D épouse E n'établissent pas que les décisions portant refus de titre de séjour seraient entachées d'illégalité. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français doivent être annulées par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour.
9. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées depuis le 1er mai 2021, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Les requérants se borne à alléguer que M. E à quitter l'Arménie pour des raisons politiques sans assortir son assertion de la moindre précision et justification circonstanciée des risques auxquels il serait personnellement exposé au cas de retour dans son pays d'origine. Les demandes d'asile présentées par M. et Mme E ont d'ailleurs été rejetées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes d'appel A E et de Mme D épouse E sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes A E et Mme D épouse E sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C E et à Mme B D épouse E.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Versailles, le 8 octobre 2024.
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Nos 23VE00967
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026