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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01198

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01198

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01198
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour.

Par un jugement n° 2109823 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 2 juin 2023, 11 octobre 2023, le 2 mai 2024 et le 25 juin 2024, M. B, représenté par Me Ivaldi, avocat, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- il procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreurs de fait dès lors qu'il y est indiqué, à tort, qu'il serait célibataire et ne participerait pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 426-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant marocain né le 16 janvier 1979, entré en France en 1981, a sollicité le 27 mars 2019 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 28 mai 2021, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour. M. B relève appel du jugement du 4 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment les circonstances que M. B, entré en France en 1981, s'y est maintenu plus de dix ans, qu'il a fait l'objet de plusieurs passages devant la commission du titre de séjour entre 2002 et 2009, qu'il a gravement troublé l'ordre public au cours des années 1997 à 2020, qu'il a été condamné à de multiples reprises et incarcéré du 22 août 2002 au 5 mai 2004 et du 13 novembre 2017 au 6 février 2019 et que, célibataire, père d'un enfant français avec lequel il ne vit pas et non dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, il ne justifie pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il est, ainsi, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ressort de ces motifs que le préfet a procédé à un examen sérieux de la demande de l'intéressé.

5. En troisième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 426-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 %, dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été présentée sur ce fondement et que le préfet, qui n'était pas tenu de le faire, n'a pas examiné d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application de ces dispositions.

6. En quatrième lieu, M. B soutient qu'en indiquant qu'il est célibataire et ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur, alors qu'il est toujours en couple avec sa compagne et s'occupe au quotidien de son enfant, l'arrêté qu'il conteste est entaché d'erreurs de fait. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier, que M. B a, à plusieurs reprises, déclaré être célibataire, tant au moment du dépôt de sa demande de renouvellement de titre, ainsi qu'il ressort de la fiche de salle produite par le préfet en première instance, qu'auprès du service pénitentiaire d'insertion et de probation, ainsi qu'il ressort du rapport datant d'octobre 2021 produit par l'intéressé. De plus, il ressort des pièces du dossier que M. B ne réside pas à la même adresse que la mère de son fils et qu'il ne le pourrait pas, dès lors qu'il est interdit de séjour dans la ville où celle-ci demeure. D'autre part, l'arrêté en litige ne mentionne pas, contrairement à ce que soutient le requérant, qu'il ne justifierait pas de participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, puisqu'il se borne à indiquer qu'il ne vit pas avec cet enfant. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait dont serait entaché l'arrêté du préfet du Val-d'Oise doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B réside en France depuis 1981, où résident également sa mère, titulaire d'une carte de résident de dix ans, ainsi que ses deux sœurs, de nationalité française. L'intéressé se prévaut également de ce qu'il est le père d'un enfant français, âgé de dix ans à la date de l'arrêté contesté. Il soutient être pourtant très proche de cet enfant, et produit plusieurs attestations, dont deux de la mère de ce dernier, témoignant de ce qu'il réalise régulièrement des achats pour son fils, qu'il l'héberge et l'emmène occasionnellement en vacances, ainsi que des photographies du père et du fils à différents âges de ce dernier et des lettres qu'il lui a adressées, notamment lorsqu'il était incarcéré. Cependant, il ressort des pièces du dossier que cet enfant vit chez sa mère, dont le requérant était alors séparé depuis plusieurs années, dans une ville où il lui a été fait interdiction de paraître par une décision judiciaire. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de quatorze condamnations mentionnées au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, entre janvier 1998 et novembre 2019, pour des faits délictueux d'acquisition, détention et transport non autorisés de stupéfiants, cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle, usage illicite de stupéfiants, conduite sous l'emprise d'un état alcoolique, avec récidive, conduite non autorisée avec refus d'obtempérer, rébellion, faux et usage de faux, vols et recels de biens provenant d'un vol, menace de mort réitérée, et des faits de violences sur personne dépositaire de l'autorité publique. Le requérant, qui a été incarcéré entre le 22 août 2002 et le 5 mai 2004 et entre le 13 novembre 2017 et le 6 février 2019, a encore fait l'objet de plusieurs signalisations au sein du fichier automatisé des empreintes digitales, dont deux en 2020, pour des faits de destruction ou dégradation de véhicule privé et de menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique. S'il justifie respecter les obligations qui lui ont été faites dans le cadre d'une mesure de sursis avec mise à l'épreuve, il n'apporte pas suffisamment d'éléments relatifs aux efforts de réinsertion qu'il allègue, alors qu'il est constant qu'il a été licencié, en mars 2021, du poste d'employé polyvalent de restauration qu'il occupait depuis le mois d'août 2019, en raison d'un nombre d'absences trop important. Il suit de là, contrairement à ce que soutient M. B, qu'eu égard à la multiplicité des faits qui lui sont reprochés, à leur caractère récurrent pendant près de vingt années et à la perpétuation de signalements dans une période récente, et notamment pendant l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans erreur d'appréciation considérer que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public à la date de l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, en dépit de l'ancienneté du séjour régulier de M. B et de la présence de son enfant de nationalité frnaçaise, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour, qui au demeurant n'est pas assortie d'une mesure d'éloignement, n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis.

9. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 8 de la présente ordonnance, si M. B fait valoir qu'il entretient un lien proche avec son fils, de nationalité française, qui était âgé de dix ans à la date de l'arrêté contesté, il ressort des pièces du dossier que cet enfant est à la charge de sa mère, chez qui il vit, qui était séparée du requérant depuis plusieurs années à la date de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, et alors que le refus de renouvellement de titre de séjour contesté n'est pas assorti d'une mesure d'éloignement, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant en prenant cette décision.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de M. B doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 10 octobre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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