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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01228

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01228

mardi 8 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01228
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par un jugement n° 2202568 du 9 mai 2023, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. B, représenté par Me Cesso, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il ne vise pas les stipulations des conventions franco-togolaises du 13 juin 1996 ;

- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, il ne peut être éloigné ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant togolais né le 31 décembre 1968, entré en France le 19 octobre 2014, selon ses déclarations, a présenté le 6 décembre 2021 une demande de titre de séjour en se prévalant de sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté contesté du 29 juin 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. M. B relève appel du jugement du 9 mai 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'arrêté portant délégation de signature de la préfète du Loiret a été produit en défense en première instance. Il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté pour les motifs cités au point 2 du jugement attaqué, qu'il convient d'adopter.

4. En deuxième lieu, la convention franco-togolaise relative à la circulation et au séjour des personnes et la convention d'établissement franco-togolaise du 13 juin 1996 ne comportent pas de dispositions dont M. B serait fondé à se prévaloir. Il s'ensuit que le moyen d'erreur de droit ne peut qu'être écarté. La circonstance que l'arrêté contesté ne vise pas ces conventions est en tout état de cause sans incidence sur la légalité des décisions contestées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

6. M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France et de son mariage célébré le 15 mai 2021 avec une ressortissante française. Toutefois, entré irrégulièrement en France, il s'y est maintenu en dépit du rejet définitif de sa demande d'asile par une décision du 15 juin 2016 de la Cour nationale du droit d'asile et d'un arrêté du 9 juin 2020 de la préfète de la Gironde lui faisant obligation de quitter le territoire français. S'il a épousé le 15 mai 2021 une ressortissante française, il ne justifie pas d'une vie commune antérieure à ce mariage et celui-ci était récent à la date de l'arrêté contesté. Par ailleurs, M. B ne justifie d'aucune insertion professionnelle depuis son entrée en France, hormis une promesse d'embauche pour un emploi de carrossier. Il n'est pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident encore son père, deux de ses frères ainsi que ses deux enfants nés en 2000 et 2003, et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer le titre de séjour, et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Loiret n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas davantage fait une application manifestement erronée des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance de plein droit d'un titre de séjour et que cette circonstance faisait obstacle à son éloignement.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.

Fait à Versailles, le 8 octobre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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