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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01325

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01325

mardi 22 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01325
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler les arrêtés du 31 mars 2023 par lesquels la préfète d'Eure-et-Loir, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2301585-2301586 du 3 mai 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et rejeté les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, ainsi que la requête dirigée contre l'arrêté portant assignation à résidence.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 au greffe de la cour administrative d'appel de Nantes et transmise à la cour administrative d'appel de Versailles par une ordonnance de renvoi du 7 juin 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 16 février 2024, M. B, représenté par Me Pigot, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les arrêtés contestés ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- le premier juge n'a pas procédé à un examen personnalisé et suffisamment approfondi de sa demande de titre de séjour, a entaché son jugement d'une erreur d'appréciation de sa situation professionnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle, et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ; cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elles sont entachées des mêmes illégalités ;

- la décision fixant le pays de destination de sa reconduite l'expose à un risque de traitements inhumains et dégradants en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant assignation à résidence dans le département durant quarante-cinq jours et l'obligeant à se présenter aux services de police est illégal par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché des mêmes illégalités ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant mauritanien né le 10 décembre 1982, entré en France le 25 décembre 2016, selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 27 février 2017, rejetée le 30 juin 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée le 17 novembre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), et a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 12 février 2018. Le 1er décembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de sa qualité de salarié. Par deux arrêtés du 31 mars 2023, le préfet d'Eure-et-Loir, d'une part, a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours. M. B relève appel du jugement du 3 mai 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. "

4. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens relatifs aux décisions qui relevaient de sa compétence. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En second lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut, par suite, utilement se prévaloir du défaut d'examen particulier et suffisamment approfondi de sa demande de titre de séjour, de l'erreur d'appréciation de sa situation professionnelle, de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le premier juge aurait entaché sa décision.

Sur la légalité de l'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination de sa reconduite :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 (), le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 de ce code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours ".

7. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont placés en rétention ou assignés à résidence. A cet effet, il a prévu que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il délègue statue en quatre-vingt-seize heures sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions qui lui sont soumises, à l'exception de la décision portant refus de séjour.

8. Conformément à ces dispositions, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions de la demande de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour. Par suite, les moyens dirigés contre le refus de séjour sont inopérants dans la présente instance.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et énonce notamment, par des motifs non stéréotypés, que M. B a été définitivement débouté de sa demande d'asile, qu'il fournit des justificatifs de son activité professionnelle au sein de la société " Facilybat " à partir de l'année 2020, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à l'exécution de laquelle il n'a pas déféré, qu'il est célibataire et père de deux enfants de nationalité mauritanienne qui résident dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et qu'il ne justifie pas de relations suffisamment anciennes, stables et intenses en France. Dès lors, l'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé. Il ressort de ces motifs que le préfet d'Eure-et-Loir a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

10. En deuxième lieu, le refus de séjour n'étant pas en litige dans la présente instance, M. B ne peut utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

12. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2016, que résident avec lui en France, de façon habituelle, son épouse et leur enfant, né le 27 avril 2023, qu'il occupe un emploi depuis le mois d'août 2018, que son demi-frère réside en France, de façon régulière, et qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dès lors que son père est décédé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'entré irrégulièrement en France, M. B s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour et qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 12 février 2018 par le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas été exécutée. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse, de nationalité mauritanienne, il n'établit ni même n'allègue que son épouse se trouve en situation régulière sur le territoire national ou que la cellule familiale ne pourrait se recomposer dans leur pays d'origine. La naissance de leur enfant le 27 avril 2023, postérieurement à l'arrêté contesté, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cet arrêté, qui s'apprécie à la date à laquelle il a été pris. M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses deux enfants et où lui-même a vécu, au moins, jusqu'à l'âge de trente-six ans. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son insertion professionnelle au sein de la société " Facilybat " était récente à la date de l'arrêté contesté, que la régularisation de son autorisation de travail par son employeur tout comme la lettre de recommandation dont il se prévaut sont postérieures à cette date et que, en tout état de cause, l'activité professionnelle dont il fait état entre 2018 et 2020 n'est ni stable, ni ancienne. Dans ces conditions, en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de fait, à supposer soulevé le moyen d'exception d'illégalité du refus de séjour, en estimant que M. B ne justifiait pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour, ni de considérations humanitaires, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle du requérant.

13. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son appartenance ethnique, M. B n'établit pas qu'il serait exposé à des risques actuels, personnels et réels de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Mauritanie. La demande d'asile qu'il a présentée a, au demeurant, été rejetée par une décision du 30 juin 2017 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 novembre 2017. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence dans le département durant quarante-cinq jours et l'obligeant à se présenter aux services de police :

14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

15. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence avec obligation de se présenter aux services de police devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

16. En deuxième lieu, en se bornant à soulever les mêmes moyens à l'encontre des décisions l'assignant à résidence et l'obligeant à se présenter aux services de police que ceux soulevés à l'encontre du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant ne permet pas à la cour d'apprécier le bien-fondé de ces moyens.

17. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision assignant à résidence M. B dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des buts dans lesquels elle a été prise. Le moyen, qui n'est au demeurant assorti d'aucune précision, ne peut qu'être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet d'Eure-et-Loir.

Fait à Versailles, le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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