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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01338

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01338

mardi 22 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01338
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP GUILLEMIN & MSIKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par un jugement n° 2216759 du 9 juin 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées les 17 juin, 7 juillet et 20 octobre 2023, M. A, représenté par Me Msika, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, dès lors que l'arrêté contesté mentionne une délégation de signature sans préciser sa date et qu'il n'est pas établi que le préfet était absent ou empêché ; la délégation consentie présente un caractère général ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé, notamment au regard de l'intérêt supérieur de son enfant mineur ;

- il est entaché de plusieurs erreurs de fait, quant à l'attestation du 7 novembre 2022 selon laquelle il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant qu'il n'a pas rédigée de sa main, et quant à la présence de sa mère dans son pays d'origine, alors qu'il est orphelin depuis l'âge de six ans ;

- son droit d'être entendu a méconnu ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des critères fixés aux articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations des articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de la transposition tardive de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant ghanéen né le 21 mai 1990, entré en France le 14 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes, a présenté le 11 août 2022 une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant de sa qualité de père d'un enfant scolarisé en France. Par l'arrêté contesté du 28 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. A relève appel du jugement du 9 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté contesté a été signé par M. B, directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 22-128 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 19 septembre 2022. Cette délégation ne présente pas un caractère général. La circonstance que cet arrêté de délégation de signature n'est pas visé dans l'arrêté contesté, ni joint à celui-ci, est sans conséquence sur la compétence de M. B pour signer cet arrêté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'était pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de ce que ces arrêtés auraient été signés par une autorité qui n'avait pas compétence pour ce faire manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et énonce, par des motifs non stéréotypés, que M. A a déclaré ne pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside sa mère, et qu'il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant. La circonstance qu'il ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant est sans incidence sur sa légalité, dès lors qu'il ressort des termes de l'arrêté que le préfet du Val-d'Oise a tenu compte des déclarations du requérant selon lesquels il ne contribuait pas à l'entretien et à l'éducation de son fils mineur. Le respect de l'exigence de motivation des décisions contestées est satisfait indépendamment du bien-fondé de ces motifs. L'arrêté contesté comporte, ainsi, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas eu la possibilité, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens des décisions portant refus de séjour et éloignement. Le requérant ne précise d'ailleurs pas les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

8. M. A se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de sa résidence habituelle avec son fils, né et scolarisé en France, à l'entretien et l'éducation duquel il contribue, et de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, M. A s'est maintenu irrégulièrement en France à l'expiration de son visa court séjour valable jusqu'au 18 janvier 2017, sans chercher à régulariser sa situation avant le dépôt de sa première demande de titre de séjour le 11 août 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mère de l'enfant dont M. A est le père, également de nationalité ghanéenne, réside régulièrement sur le territoire français, de sorte que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale se poursuive hors de France. La circonstance que cet enfant, âgé de seulement deux ans à la date de l'arrêté contesté, est né en France et y sera scolarisé, ne confère aucun droit au séjour à ses parents. M. A n'établit pas être totalement dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans et où il déclare avoir suivi des études jusqu'au baccalauréat avant de travailler dans le domaine de la haute couture. Il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale en France. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé au regard des critères fixés à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le refus de séjour et la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'ont pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, dès lors que rien ne s'oppose à ce que son enfant le suive, éventuellement accompagné de sa mère, dans son pays d'origine dont les deux parents ont la nationalité, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de son enfant mineur, protégé par l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

9. En cinquième lieu, pour soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché ses décisions de plusieurs erreurs de fait, le requérant fait valoir que l'attestation du 7 novembre 2022 déclarant qu'il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant n'a pas été rédigée de sa main, que la fiche de salle mentionnant la présence de sa mère dans son pays d'origine malgré son décès en 1995 a également été complétée par un agent de la préfecture alors qu'il souhaitait seulement indiquer son lien de filiation, et qu'il est bien dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors qu'il est fils unique et orphelin depuis l'âge de six ans. Toutefois, à les supposer établies, dans les circonstances rappelées au point précédent, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision alors même qu'il serait établi que l'intéressé contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils et que sa mère est décédée.

10. En sixième lieu, si M. A soutient que les décisions contestées ont été prises en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. En dernier lieu, dès lors que l'arrêté contesté accorde à M. A un délai de départ volontaire de trente jours, les moyens tirés de la méconnaissance de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 sont inopérants.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 22 octobre 2024

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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