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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01429

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01429

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01429
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2208489 du 5 mai 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2023, M. B, représenté par Me Mopo Kobanda, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il s'est fondé sur des faits classés sans suite par le procureur de la République de Nanterre ;

- il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle et familiale ;

- aucune décision d'interdiction de circulation sur le territoire français ne pouvait être prise en application de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, bénéficiant d'un droit au séjour permanent en application de l'article L. 234-1 de ce code, l'article L. 251-2 de ce code s'oppose à son éloignement ;

- la décision portant rétention de ses documents d'identité est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable aux ressortissants de l'Union européenne ;

- le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur des faits classés sans suite par le procureur de la République et ne pouvait être prise sans méconnaître son droit de circuler librement au sein de l'espace Schengen en qualité de citoyen d'un État membre de l'Union européenne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant portugais et capverdien né le 25 juin 1971, qui déclare résider en France depuis plus de vingt ans, a été interpellé le 12 juin 2022, pour des faits de violence sur conjoint et menaces de mort réitérées. Par l'arrêté contesté du 13 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 5 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte, en toutes ses décisions, l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé à deux reprises, en 2018 et 2022, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, aggravée par une autre circonstance, de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de menace réitérée de destruction dangereuse pour les personnes, et de violence sur un mineur de quinze ans suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Si le requérant qualifie ces faits de " disputes familiales " et fait valoir qu'ils n'ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire, il n'en conteste pas la matérialité. Il ressort des procès-verbaux d'interpellation et d'audition de l'intéressé, du témoignage de sa fille et de la plainte de son épouse, recueillis par les services de police, que M. B a été interpellé et placé en garde à vue le 12 juin 2022 pour avoir violemment poussé et secoué son épouse, menacé celle-ci de mort à plusieurs reprises et menacé de brûler le domicile conjugal après l'y avoir enfermée. L'épouse et la fille du requérant ont également déclaré aux services de police que M. B s'alcoolisait à l'excès toutes les fins de semaine, qu'elles avaient déjà fait l'objet de menaces et de violences réitérées, ainsi que le fils mineur du couple, qu'elles avaient dû cacher les grands couteaux de cuisine et qu'elles craignaient pour leur vie en cas de retour de celui-ci au domicile familial. S'il soutient que sa vie privée et familiale se situe en France depuis plus de vingt ans, aux côtés de son épouse et de leurs enfants, qu'ils vivent ensemble sous le même toit et qu'il contribue aux charges du foyer, le requérant n'établit pas l'ancienneté de son séjour en France et de sa vie commune avec son épouse de nationalité portugaise sur le territoire français avant, au mieux, 2017. Seul le dernier enfant du couple, né le 11 juin 2005 et alors âgé de dix-sept ans, était encore mineur à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des faits ayant justifié son interpellation, de leur réitération et de la dangerosité de son comportement pour ses proches, alors même que le requérant exerce depuis plusieurs années en intérim le métier de maçon-plaquiste et qu'il dispose de revenus réguliers déclarés, en considérant que le comportement de M. B constituait, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, le préfet des Hauts-de-Seine, qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

6. En troisième lieu, aux termes de L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée ". Aux termes de l'article L. 251-2 de ce code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 251-4 de ce code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été mis en possession d'une carte de séjour de membre de famille d'un citoyen de l'Union/EEE/Suisse valable du 8 avril 2017 au 7 avril 2022. Toutefois, les preuves de présence les plus anciennes qu'il produit pour attester de sa résidence en France sont un contrat de location meublée du 25 mars 2017 et une carte professionnelle du 20 octobre 2017, ainsi qu'un avis d'imposition sur ses revenus de l'année 2018 dont il ressort que le couple n'a déclaré que la somme de 560 euros de salaires perçus par M. B et 7 780 euros de salaires perçus par son épouse, au titre de cette année d'imposition. Dans ces conditions, M. B ne justifiant pas, à la date de l'arrêté contesté, de sa résidence légale et ininterrompue en France au cours des cinq années précédentes, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, lui faire obligation de quitter le territoire français et assortir cette obligation d'une interdiction de circulation sur le territoire français.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Dans les circonstances rappelées aux points précédents, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale, ne sont pas fondés.

10. En cinquième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En sixième lieu, les moyens tirés de ce que le préfet s'est fondé à tort sur des faits classés sans suite par le procureur de la République et de la méconnaissance du droit de circuler librement au sein de l'espace Schengen sont inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi. En tout état de cause, ces moyens doivent être écartés pour les motifs exposés ci-dessus.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

13. D'une part, et contrairement aux affirmations du requérant, les dispositions précitées sont de portée générale et applicables à tout étranger en situation irrégulière, y compris les ressortissants d'un État membre de l'Union européenne. D'autre part, il résulte de ce qui précède que M. B, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, est en situation irrégulière en France. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 21 novembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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