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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01470

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01470

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01470
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

Par deux instances distinctes, M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'une part, d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2023 par lequel la préfète d'Eure et Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et d'autre part, d'annuler l'arrêté du même jour par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter du lundi au vendredi à la brigade de gendarmerie d'Illiers-Combray.

Par un jugement n°2302214 et n°2302215 du 21 juin 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, M. B, représenté par Me Hagege, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés du 14 juin 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 dès lors qu'il justifie d'une présence de neuf ans et d'un travail sous contrat à durée indéterminée depuis 2022 ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de se présenter chaque jour de la semaine à la Gendarmerie Nationale d'Illiers-Combray contrevient à sa liberté d'aller et venir telle que protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et par l'article 2 du Protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- l'accord cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, le protocole relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire, signés entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008, ratifiés par la France par la loi n° 2009-586 du 25 mai 2009 et publiés par le décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles, a désigné Mme Danielian, présidente-assesseure de la 3ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ".

2. M. B, ressortissant tunisien né le 20 novembre 1990, est régulièrement entré en France le 26 juillet 2014 sous couvert d'un visa. Interpellé sur son lieu de travail pour exercice irrégulier d'une activité salariée, la préfète d'Eure et Loir lui a, par deux arrêtés distincts du 14 juin 2023, d'une part, fait obligation de quitter le territoire sans délai et fixé le pays de destination et l'a d'autre part, assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, et l'a obligé à se présenter du lundi au vendredi à la brigade de gendarmerie d'Illiers-Combray. M. B fait appel du jugement du 21 juin 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire :

3. En premier lieu, le requérant reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire sont insuffisamment motivées. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le juge de première instance au point 6 du jugement.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté en litige, que la préfète d'Eure et Loir n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, M. B ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, lesquelles ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, ni se prévaloir de la méconnaissance de celles de la circulaire du 28 novembre 2012. Ce moyen est inopérant et doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

7. Si M. B, qui est entré régulièrement en France le 27 juillet 2014, se prévaut de sa présence sur le territoire depuis près de neuf ans, il ne justifie toutefois pas, par les seuls documents qu'il produit, de la continuité de son séjour depuis lors. Par ailleurs, il n'établit ni même n'allègue être isolé dans son pays d'origine où résident, selon les indications non contestées mentionnées dans l'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir, ses parents et un de ses frères, et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. S'il fait valoir, pour la première fois en appel, qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française, attestée par cette dernière, depuis mai 2023, cette relation, à la supposer établie, est très récente et ne revêt pas un caractère suffisamment stable et notoirement établi. Enfin, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle, en qualité de pizzaïolo, depuis le 1er février 2022 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'a exercé cet emploi que seize mois à la date de la décision attaquée, sans autorisation de travail et grâce à une fausse carte d'identité italienne ainsi qu'il résulte d'un courrier de son employeur en date du 1er février 2022. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé en France, où il s'est irrégulièrement maintenu sans entreprendre aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation, l'arrêté en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté contesté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander, par la voie de l'exception d'illégalité de cette décision, l'annulation de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. ()".

10. D'une part, l'arrêté attaqué, qui cite les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. B, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. L'arrêté est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait.

11 D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à la situation du requérant, qui, ainsi que l'a souligné la préfète d'Eure-et-Loir, n'a aucune personne à charge sur le territoire français, que la décision d'assignation à résidence et fixant des obligations de présentation du lundi au vendredi, serait disproportionnée dans son principe ou dans ses modalités et porterait une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou serait contraire aux stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Fait à Versailles, le 16 octobre 2024.

La présidente-assesseure de la 3ème chambre,

Isabelle Danielian

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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