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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01670

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01670

mardi 26 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01670
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par un jugement n° 2208913 du 14 mars 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2023, M. A, représenté par Me Mendy, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé dès lors que la préfète n'a pas pris en compte l'ensemble des éléments caractérisant sa situation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnait les stipulations du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son épouse et ses trois enfants résident en France et qu'il y travaille ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants ont l'ensemble de leurs repères sociologiques et culturels sur le territoire français ;

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 6 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant sénégalais né le 22 avril 1979, entré en France le 11 juin 2017, selon ses déclarations, a présenté le 16 août 2022 une demande de titre de séjour en se prévalant de sa qualité de salarié. Par l'arrêté contesté du 26 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. M. A relève appel du jugement du 14 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par M. C B, directeur de l'immigration et de l'intégration au sein de la préfecture de l'Essonne qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu de l'arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne le même jour, à l'effet de signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, notamment, tous arrêtés relevant du ministère de l'intérieur, à l'exclusion d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions individuelles prises en matière de police administrative des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et énonce, par des motifs non stéréotypés, que M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour dès lors qu'il est entré en France le 11 juin 2017, selon ses déclarations, que les documents qu'il produit au titre des années 2018, 2020 et 2021 ne sont pas de nature à justifier de façon probante de sa présence ininterrompue en France, qu'il travaille, qu'il est marié depuis le 27 décembre 2013 à une compatriote sénégalaise dépourvue de titre de séjour, qu'ils ont, ensemble, deux enfants nés le 7 juillet 2015 en Italie et le 7 avril 2018 en France et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. La décision portant refus de séjour est, ainsi, suffisamment motivée. Il ressort de ces motifs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. M. A se prévaut de son intégration professionnelle et de sa vie commune avec son épouse et leurs deux enfants scolarisés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France, s'y est maintenu et a travaillé, sans être titulaire d'une autorisation de travail et de séjour. Son épouse, de même nationalité, étant également en situation irrégulière sur le territoire français, rien ne fait obstacle à ce que la vie familiale du couple et les trois enfants du couple nés en 2015, en 2018 et le dernier né postérieurement à la décision de refus de séjour contestée, se poursuive hors de France, notamment dans le pays dont ils ont la nationalité. Si M. A a occupé un emploi en qualité de préparateur de commandes et d'agent de service dans une société de nettoyage, et obtenu un certificat d'aptitude à la conduite en sécurité, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire national. Dans ces conditions, en estimant que M. A ne pouvait être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels d'admission au séjour ou de considérations humanitaires, au sens de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs de fait, il n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

8. Dans les conditions rappelées aux points précédents, l'arrêté contesté n'ayant pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 26 novembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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