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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01752

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01752

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01752
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2301962 du 28 juin 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, Mme A, représentée par Me Rouillé-Mirza, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est en France depuis quatre ans, que son fils et elle se sont intégrés à la société, qu'elle est bénévole, qu'elle parle français, qu'elle est fiancée à un ressortissant français et qu'elle n'a plus d'attaches réelles dans son pays d'origine ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que son enfant encourt des risques en cas de retour au Tchad, qu'il serait exposé à des conditions de vie dégradantes, qu'il ne pourrait pas être scolarisé au Tchad et qu'il est très bien intégré en France ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet ne s'est pas assuré de ce qu'un retour dans son pays d'origine ne l'exposerait pas à des risques de traitements inhumains ou dégradants ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève, dès lors qu'elle encourt des risques de traitement inhumain en cas de retour dans son pays d'origine et qu'elle y serait sans ressources ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est en France depuis quatre ans et qu'elle a en France des attaches, qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante tchadienne née le 1er mai 1988, entrée en France le 26 septembre 2018 munie d'un visa de court séjour avec son fils né le 20 novembre 2012, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 4 décembre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 21 avril 2020, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 mai 2021. Elle a ensuite présenté une demande d'asile au nom de son fils mineur. La demande d'asile présentée pour son fils a également été rejetée le 11 février 2021 par l'OFPRA, décision confirmée le 13 mars 2023 par la CNDA. Par l'arrêté contesté du 13 avril 2023, le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme A relève appel du jugement du 28 juin 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. Mme A fait valoir qu'elle réside en France depuis quatre ans à la date de la décision contestée, que réside avec elle en France, de façon habituelle, son fils âgé de dix ans, qu'elle exerce une activité à titre bénévole au sein d'une association, qu'elle est fiancée à un ressortissant français, qu'elle n'a plus d'attaches dans son pays d'origine et qu'en cas de retour au Tchad, elle et son fils se trouveraient isolés et dans une situation de grande vulnérabilité. Toutefois, les demandes d'asile de Mme A et de son fils ont été définitivement rejetées. Mère d'un enfant de même nationalité, elle n'établit pas, par la production de deux attestations, sa relation avec un ressortissant français, alors que celui-ci réside en région parisienne et elle à Tours, où son fils est scolarisé. Elle n'établit pas davantage être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside au moins l'une de ses sœurs et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Par ailleurs, si elle fait valoir être bien intégrée à la société française, en se prévalant de sa maîtrise de la langue française ainsi que de son expérience bénévole, elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle. Enfin, elle ne produit aucune pièce de nature à établir que la scolarité de son fils ne pourrait se poursuivre hors de France, notamment au Tchad, pays dont ils ont la nationalité, au Cameroun où Mme A a fait ses études ou au Canada où réside le père de son fils. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. Dans les conditions rappelées aux points précédents, alors qu'il n'est pas établi que la vie familiale de Mme A et de son fils et la scolarité de ce dernier ne pourraient se poursuivre hors de France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que Mme A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi et celle lui interdisant un retour sur le territoire français d'une durée d'un an devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

8. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet a examiné si un retour dans son pays d'origine exposerait Mme A à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

10. Mme A fait valoir qu'elle subirait des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, qu'elle a été mariée de manière précoce, que les autorités ne lui seraient d'aucun secours du fait de la légitimité de l'autorité de l'époux sur ses épouses dans ce pays et qu'elle et son fils y seraient sans ressources ni attaches. Toutefois, les rapports et articles de presse d'ordre général sur la situation humanitaire au Tchad qu'elle produit ne sont pas de nature à établir la réalité des risques actuels et personnels auxquels elle et son fils seraient exposés en cas de retour dans ce pays, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 21 avril 2020 de l'OFPRA confirmée par une décision du 25 mai 2021 de la CNDA, et que la demande déposée par Mme A pour son fils mineur a été rejetée par une décision du 11 février 2021, confirmée par une décision du 13 mars 2023 par la CNDA. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance, par la décision fixant le pays de renvoi, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés, ainsi que, en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

11. Dans les circonstances rappelées au point 4, eu égard notamment à la durée de présence en France de l'intéressée, à ses conditions de séjour, en assortissant l'obligation faite à Mme A de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, et en fixant à un an la durée de cette interdiction, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire.

Fait à Versailles, le 28 novembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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