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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02381

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02381

lundi 16 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02381
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARL JOVE-LANGAGNE-BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi et d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, et à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Par un jugement n° 2306914 du 12 octobre 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Langagne, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

La requête a été communiquée le 24 novembre 2023 au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (). ".

2. Mme D B, ressortissante kosovare, née le 23 novembre 1959 à Verbnice, est entrée en France le 27 février 2016 munie d'un visa court séjour. Elle a sollicité un titre de séjour en invoquant le bénéfice des dispositions énoncées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B fait appel du jugement du 12 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur la légalité de l'arrêté du 28 avril 2023 :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de séjour contestée a été signée par M. C A, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 23-014 du 22 février 2023 publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise le même jour, notamment à effet de signer les décisions relatives au titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Mme B établit être entrée en France en 2016 à la suite du décès de son époux, et s'y maintenir depuis lors auprès de ses trois fils, dont deux sont régulièrement présents en France et le troisième, chez lequel elle réside, bénéficie de la nationalité française. Elle soutient également qu'elle n'a plus d'attaches familiale au Kosovo, y est sans ressource et qu'elle souffre de plusieurs pathologies ainsi que de dépression. Toutefois, Mme B a vécu jusqu'à l'âge de 56 ans dans son pays d'origine, éloignée de ses enfants, et n'allègue pas y être dépourvue d'attaches. Il ressort également des pièces du dossier que deux de ses filles résident en Allemagne et la troisième en Finlande. Si elle produit un document émanant du centre des affaires sociales de la municipalité de Vushtrri du 5 décembre 2019 indiquant qu'elle ne bénéficie pas d'aides sociales de leur part, ainsi que des engagements sur l'honneur établis par deux de ses fils de prise en charge financière de leur mère, postérieurs à la décision en litige, ces documents ne permettent pas d'établir qu'elle serait dépourvue de ressources et, en tout état de cause, que cela ferait obstacle à ce qu'elle poursuive sa vie à l'étranger auprès de ses filles, ni que ses enfants ne seraient pas en mesure de continuer de lui apporter une aide matérielle et financière au Kosovo. Enfin, si elle produit un certificat médical du 9 septembre 2023, postérieur à la décision attaqué, faisant état de la nécessité " d'un suivi et des soins spécialisés tous les trois mois en raison de pathologies chroniques " et de la présence de ses enfants âgés de 27 à 44 ans afin de bénéficier d'un soutien psychologique et d'être accompagnée par eux pour la gestion des soins et traitements médicaux, il n'est pas suffisamment circonstancié pour établir un état de dépendance alors qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Val-d'Oise, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'appelante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. En l'absence de considérations exceptionnelles ou de motifs exceptionnels ressortant des pièces du dossier de nature à justifier l'admission au séjour de l'intéressée, le refus de titre de séjour contesté n'a pas non plus méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. En outre, Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement et doit, en application de l'alinéa précité de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles afférentes aux frais de justice.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 16 décembre 2024.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. Even

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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