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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02399

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02399

mardi 10 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02399
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Par un jugement n° 2209662 du 18 avril 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées le 27 octobre 2023 et le 14 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Gonidec, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les premiers juges ont entaché leur décision d'erreurs de qualification juridique des faits ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- il a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante algérienne née le 5 janvier 1986, entrée en France en dernier lieu, selon ses déclarations, le 3 novembre 2019, a présenté le 7 avril 2022 une demande de titre de séjour pour motif médical. Par l'arrêté contesté du 9 décembre 2022, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme B relève appel du jugement du 18 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, dans le cadre de l'effet dévolutif, le juge d'appel se prononce, non sur les motifs du jugement de première instance, mais sur les moyens mettant en cause la légalité des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré des erreurs de qualification juridique des faits dont le tribunal aurait entaché sa décision sont inopérants.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et mentionne, en se les appropriant, les motifs de l'avis rendu le 7 juillet 2022 par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). La décision portant refus de titre de séjour est, ainsi, suffisamment motivée. En outre, cet arrêté précise la date d'entrée en France de l'intéressée, à l'âge de trente-six ans, qu'elle est mariée et mère d'un enfant mineur, qu'elle est sans activité professionnelle, que son enfant et son époux en situation irrégulière résident sur le territoire national et que ses parents et sa fratrie résident en Algérie. Il ressort de ces motifs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. À cet égard, si le préfet n'a pas mentionné certains éléments de sa situation personnelle, notamment la scolarisation de sa fille à l'école élémentaire, la situation professionnelle de son époux ou les preuves de son intégration qu'elle aurait apportées, cette circonstance ne saurait, par elle-même, caractériser le défaut d'examen et l'insuffisance de motivation allégués, dès lors que l'intéressée a seulement sollicité son admission au séjour pour motif médical.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines, qui a notamment recherché s'il était porté une atteinte excessive à la vie privée et familiale de Mme B, se serait estimé lié, pour lui refuser un titre de séjour, par l'avis du collège de médecins de l'OFII.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / () ".

7. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour pour motif médical, le préfet des Yvelines s'est fondé sur l'avis du 7 juillet 2022 du collège de médecins du service médical de l'OFII, selon lequel, si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'une néphropathie, responsable d'une insuffisance rénale sévère et d'un syndrome anxiodépressif. Toutefois, ni les deux certificats médicaux d'un néphrologue de l'hôpital intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye, aux termes desquels elle fait tous les trois mois l'objet d'un suivi au sein du service de néphrologie, ce suivi doit se poursuivre en France et son inscription sur une liste de greffe est en cours, ni un certificat médical émanant d'un médecin du centre médico-psycho social de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre du 25 mars 2022 mentionnant que l'intéressée risque d'être privée d'une prise en charge médicale dans son pays d'origine, ni un certificat médical d'un médecin généraliste du 27 mai 2022 faisant état du suivi de la requérante pour un " syndrome anxiodépressif réactionnel", ni la documentation publique dont Mme B se prévaut dans sa requête en appel, ni les autres pièces du dossier ne permettent de tenir pour établi que, contrairement à l'avis du collège de médecins de l'OFII, l'intéressée ne pourrait pas bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant à Mme B la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Yvelines n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, ni méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

9. Mme B fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis 2019 avec son époux, que celui-ci justifie d'une activité professionnelle sous contrat de travail à durée indéterminée, et que leur fille, née en France en 2014, y est scolarisée depuis 2019. Toutefois, la requérante s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa de court séjour et son entrée en France était encore récente à la date de l'arrêté contesté. Elle n'établit pas la régularité du séjour en France de son époux, dont l'insertion professionnelle est également récente. Alors même que sa fille est née en France en septembre 2014 et y est scolarisée depuis 2019, rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de Mme B se poursuive hors de France, avec son époux et de leur enfant, notamment en Algérie, où résident ses parents et sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Yvelines n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de sa fille mineure protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

10. En sixième lieu, compte tenu de ce qui précède, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, devraient être annulées par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour, ne peuvent qu'être écartés.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas le pays de renvoi.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 10 décembre2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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