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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02548

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02548

jeudi 13 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02548
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Par un jugement n° 2309095 du 15 novembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 21 novembre et 17 décembre 2023, le 8 novembre 2024 et le 21 janvier 2025, M. A, représenté par Me Namigohar, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité, à défaut pour la magistrate désignée d'avoir ordonné au préfet la communication de son entier dossier administratif, en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur dans l'application du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur leur fondement ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite, et méconnaît le considérant 10 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision fixant le pays de renvoi ;

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que ses modalités d'exécution ne lui ont pas été notifiées ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dorion,

- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 4 juin 1994, qui déclare être entré en France en 2019, a été interpellé le 4 novembre 2023 pour des faits de violences aggravées. Par l'arrêté contesté du 5 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. A relève appel du jugement du 15 novembre 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

2. Pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur les circonstances que l'intéressé n'a pas effectué de démarches pour régulariser sa situation, qu'il a été interpellé pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour d'autres faits qu'il liste, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il n'a pas déclaré le lieu de sa résidence et qu'il n'est pas porté une atteinte excessive à sa vie privée et familiale dès lors que, s'il indique être marié et père d'un enfant, il n'en justifie pas. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, qui justifie de sa résidence habituelle sur le territoire depuis le mois d'août 2019, a déclaré lors de son audition par les services de police, et établit par les pièces qu'il produit, avoir un logement à Aubervilliers (93), être marié depuis le 5 novembre 2022 avec une ressortissante française, avec laquelle il établit une communauté de vie au moins depuis le mois d'août 2022, être le père d'un enfant de nationalité française né le 25 janvier 2023, à l'entretien et à l'éducation duquel il établit contribuer depuis sa naissance, un second enfant étant d'ailleurs né postérieurement à l'arrêté contesté, et avoir déposé une pré-demande de titre de séjour enregistrée le 21 septembre 2023. S'il est constant qu'il a été interpellé, le 4 novembre 2023, pour des faits de violence, il ressort notamment des procès-verbaux d'audition produits par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qu'il n'a pas été mis en cause en qualité de conjoint de la victime, mais en tant que frère de l'auteur des violences. En outre, si l'arrêté contesté indique que M. A est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour plusieurs autres faits délictueux, qu'il liste, il ressort de l'extrait de ce fichier produit par le préfet que M. A n'est connu que pour des faits de recel de biens issus d'un délit ayant été commis au mois de décembre 2020. Dans ces conditions, eu égard au grand nombre d'inexactitudes dont est entaché l'arrêté contesté, M. A est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

5. Le présent arrêt implique nécessairement que le préfet compétent procède au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois, et à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2309095 du 15 novembre 2023 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles et l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 5 novembre 2023 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, et à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, au ministre d'État, ministre de l'intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Dorion, présidente de la formation de jugement,

Mme Bruno-Salel, présidente-assesseure,

M. Ablard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025

La présidente-assesseure,

C. BRUNO-SALEL La présidente-rapporteure,

O. DORION

La greffière,

T. RENE-LOUIS-ARTHUR

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

3

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