mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02665 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ROUHIER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
Par un jugement n° 2306405 du 20 novembre 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. B, représenté par Me Netry, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le délai d'un mois et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;
- le tribunal a méconnu l'article 7 b) de l'accord franco-algérien et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;
- le préfet ne peut fonder un refus de séjour sur la seule absence d'une autorisation de travail, dès lors qu'une demande d'autorisation de travail lui a été présentée ; la demande d'autorisation de travail présentée en sa faveur par son employeur n'a pas été examinée ;
- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant algérien né le 28 septembre 1992, entré en France en 2019, selon ses déclarations, a présenté le 14 avril 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté contesté du 9 juin 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il sera reconduit. M. B relève appel du jugement du 20 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. "
4. Il ressort des termes du jugement attaqué que le tribunal, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par le requérant, s'est prononcé de façon suffisamment précise et circonstanciée sur les moyens soulevés en première instance par M. B. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation du jugement attaqué doit être écarté.
5. En second lieu, dans le cadre de l'effet dévolutif, le juge d'appel se prononce, non sur les motifs du jugement de première instance, mais sur les moyens mettant en cause la légalité des décisions contestées. Par suite, les moyens tirés de ce que le tribunal a méconnu l'article 7 b) de l'accord franco-algérien et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, sont inopérants.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
7. L'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, précise que si l'intéressé ne peut se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande doit toutefois être examinée dans le cadre du pouvoir général d'appréciation sans texte que détient le préfet, et mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment le fait qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'un précédent refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français du préfet de la Seine-Saint-Denis le 31 janvier 2019, que s'il justifie d'une activité professionnelle d'octobre 2019 à mars 2023, il ne présente pas assez de bulletins de salaire sur la période, une partie de ces bulletins sont inférieurs à un mi-temps mensuel et ils ne sont pas tous corroborés par les relevés de compte ni par les avis d'imposition, que le seul fait de disposer d'une promesse d'embauche pour le métier de coiffeur et de bulletins de salaire ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel de délivrance d'un titre de séjour " salarié " et que, célibataire et sans enfant à charge, il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où résident ses parents. La décision portant refus de séjour est, ainsi, suffisamment motivée, alors même qu'elle ne fait pas mention de la demande d'autorisation de travail présentée en faveur de M. B par son employeur.
8. En deuxième lieu, M. B, qui a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il n'a pas présenté sa demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet de l'Essonne n'a pas examiné d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en application de ces stipulations. En tout état de cause M. B ne justifie ni du contrat visé, ni du visa de long séjour, exigés par ces stipulations.
9. En troisième lieu, la procédure permettant d'obtenir une carte de séjour pour motif exceptionnel est distincte de celle de l'article L. 5221-2 du code du travail, de sorte qu'il n'est pas nécessaire que l'autorisation de travail soit délivrée préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire. Il s'ensuit que le préfet n'était pas tenu, en tout état de cause, de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée en faveur de M. B avant d'examiner l'opportunité de sa régularisation exceptionnelle au titre de son activité salariée.
10. En quatrième lieu, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire français dès lors que sa situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, bien que l'accord franco-algérien ne prévoie pas des modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
11. M. B se prévaut de son emploi salarié depuis le 1er octobre 2019 chez le même employeur, qui a présenté une demande d'autorisation de travail en sa faveur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une mesure de refus d'entrée et France et qu'il a fait l'objet d'un refus de séjour pris le 31 janvier 2019 par le préfet de la Seine-Saint-Denis et assorti d'une obligation de quitter le territoire français, à laquelle l'intéressé n'a pas déféré. S'il a occupé un emploi salarié, à temps partiel 40 heures par mois du 1er octobre 2019 au 31 mars 2020, rémunérés en espèces, puis à mi-temps 75 heures par mois à compter du 1er avril 2020, il n'exerce cette activité à plein temps que depuis le 1er juin 2021. Ainsi que l'a relevé le préfet, il ne justifie pas avoir déclaré ses revenus. Dans ces conditions, en refusant d'admettre au séjour M. B en qualité de " salarié " au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
13. M. B est célibataire sans charge de famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Son insertion professionnelle dans un emploi lui procurant des ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins était encore récente à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise cette décision, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Ainsi qu'il a été dit au point 7 de la présente ordonnance, l'arrêté contesté mentionne que M. B ne justifie pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour. En outre, le préfet a précisé qu'en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen d'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
16. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ne peut qu'être écarté
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
17. La décision contestée mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 5 novembre 2024.
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026