mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02698 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2309164 du 15 novembre 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, M. B, représenté par Me Bouquet, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé, en ce que le préfet n'a pas examiné la situation, ni visé l'accord franco-tunisien ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il a méconnu les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien dès lors que sa présence en France ne représente pas une menace actuelle pour l'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant tunisien né le 12 avril 1973, entré en France en novembre 1991 au titre du regroupement familial, y a résidé régulièrement à la faveur de cartes de résident jusqu'au 15 février 2022, puis sous récépissés. Il a présente le 16 février 2022 une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté contesté du 3 octobre 2023, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 15 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ". L'article L. 432-1 du même code dispose : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "
4. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et énonce, par des motifs non stéréotypés, que M. B a fait l'objet, le 21 juillet 2023, d'une condamnation à une peine d'emprisonnement délictuel de dix-huit mois, dont douze mois avec sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en état de récidive, par un jugement du tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes, que la consultation du fichier des antécédents judiciaire fait apparaître vingt-deux signalements, de septembre 1992 à juillet 2023, pour des faits de vol, chantage, violences, agressions sexuelles, port d'arme, importation, détention et usage illicite de stupéfiants, recel et menace de mort, et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. L'arrêté contesté comporte, ainsi, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé, alors même qu'il ne vise pas l'accord franco-tunisien.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () f) Au ressortissant tunisien qui est en situation régulière depuis plus de dix ans () ". Selon l'article 11 de ce même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ". L'article 10 de l'accord franco-tunisien ne prive pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser la délivrance d'une carte de résident en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour pour un motif d'ordre public, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur de droit.
6. En troisième lieu, compte tenu de la gravité des faits pour lesquels M. B a été condamné en dernier lieu le 21 juillet 2023, de la réitération de faits délictueux qu'il a commis depuis son entrée en France, sur une longue période de temps et encore récemment, en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public de nature à faire obstacle au renouvellement de sa carte de résident, le préfet de l'Essonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions rappelées au point 3 de la présente ordonnance.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
8. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour régulier en France, de la présence de sa fille née le 7 janvier 2017 et de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le jugement correctionnel du tribunal judiciaire a interdit à M. B d'entrer en contact avec son épouse et que le couple est séparé. M. B ne justifie pas des conditions dans lesquelles il entend maintenir le lien avec sa fille. En outre, son épouse de même nationalité, entrée irrégulièrement en France le 29 décembre 2016, ne réside en France qu'à la faveur d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans délivrée le 28 décembre 2021 et rien ne s'oppose à ce que M. B s'organise pour voir sa fille en Tunisie. Par ailleurs, s'il produit un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein pour occuper un emploi de coiffeur à compter du 1er juin 2023, M. B ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne. Il n'établit pas être totalement dépourvu d'attaches en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans et où il s'est marié le 13 août 2013. Dans ces conditions, alors qu'ainsi qu'il a été dit la présence en France de M. B constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, en dépit de l'ancienneté de son séjour régulier et de la présence de sa fille mineure, de ses parents et de ses frères et sœurs, en refusant de renouveler son titre de séjour, en lui faisant obligation de quitter le territoire français et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de l'Essonne n'a pas porté, au regard du but poursuivi, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de sa fille mineure, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale pour la protection de l'enfant. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet de l'Essonne n'a pas davantage entaché ses décisions de refus de séjour et d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. B, ni fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 5 novembre 2024.
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026