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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02803

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02803

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02803
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en l'informant de ce qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par une ordonnance du 10 octobre 2023, le magistrat honoraire désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a transmis la demande de M. C au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par un jugement n° 2313477 du 20 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, M. C, représenté par Me Weinberg, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions contestées ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ; la délégation de signature présente un caractère général ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, alors qu'il a apporté la preuve de sa présence continue sur le territoire français depuis l'année 2018 et de son intégration professionnelle ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il a porté une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et disproportionnée ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans est insuffisamment motivée, au regard des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C, ressortissant marocain, né le 29 octobre 1998, entré en France en 2018 selon ses déclarations, a été interpellé le 4 octobre 2023, lors d'un contrôle routier, par les services de la police aux frontières du Perthus (66). Par l'arrêté contesté du 5 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans. M. C relève appel du jugement du 20 novembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté du 5 octobre 2023 a été signé par M. D B, directeur de la citoyenneté et de la migration qui disposait d'une délégation de signature, consentie par l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales n° PREF/SCPPAT/2023254-0008 du 11 septembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Si M. C fait valoir que la délégation de signature est imprécise, l'article 1er de l'arrêté du 11 septembre 2023 dispose que " Délégation de signature est donnée à Monsieur D B, directeur de la citoyenneté et de la migration, en ce qui concerne les attributions de la direction de la citoyenneté et de la migration, telles qu'elles résultent de l'arrêté préfectoral susvisé du 21 avril 2023 portant organisation de la préfecture des Pyrénées-Orientales, pour les bureaux suivants : A- Bureau de la migration et de l'intégration () Les décisions, actes, correspondances et documents relatifs aux missions suivantes : () - Section asile-éloignement-contentieux : () * mise en œuvre des mesures concernant les ressortissants étrangers en situation irrégulière : éloignement, requêtes adressées au juge des libertés et de la détention aux fins de prolongation de la rétention administrative () ", ce qui conférait à M. B une délégation de signature dépourvue de caractère général, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, mesures d'éloignement en vertu de l'article L. 611-1 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise, notamment, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié et les 1° et 5° de l'article L. 611-1 et l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. C, notamment les circonstances de son interpellation, les conditions de son entrée et de son séjour irrégulier sur le territoire français, et les circonstances qu'il est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, de conduite d'un véhicule sans permis et de faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que des risques de fuite sont arrivés au regard des éléments de la procédure. Il est, ainsi, suffisamment motivé. Il ressort de ces motifs que le préfet des Pyrénées Orientales a procédé à un examen particulier de la situation de M. C.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, le requérant n'établit pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration des informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Au surplus, il ressort du procès-verbal de fin de retenue pour vérification du droit au séjour que M. C a été mis à même de justifier de sa situation avant que ne soit prise à son encontre la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. M. C se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France depuis cinq ans, de la présence de son grand-père et de son oncle, de ce que son père y a été enterré en 2015 et de son insertion professionnelle et sociale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui ne justifie pas de l'ancienneté de sa présence en France depuis 2018, y séjourne irrégulièrement, en dépit d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 23 avril 2022 par le préfet de police de Paris, assortie d'une interdiction de retour de deux ans. Sans charge de famille, il a déclaré être " marié en Espagne " et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère et sa sœur et où lui-même a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt ans. S'il a déclaré travailler sur les marchés depuis plus de deux ans, l'intéressé ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation. Il produit en revanche un contrat de travail à durée indéterminée du 10 septembre 2022 pour un poste d'assistant dans le bâtiment et un bulletin de paie du mois d'octobre 2022, qui ne caractérisent pas une insertion professionnelle ancienne, ni pérenne. En outre, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que le requérant est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, de conduite d'un véhicule sans permis et de faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation. Dans ces conditions, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. L'arrêté contesté vise les 1° et 3° de l'article L. 612-2 et les 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, notamment, que M. C n'est pas en mesure de démontrer son entrée régulière en France, n'a jamais effectué de démarche en vue de régulariser sa situation et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. La décision lui refusant un délai de départ volontaire est, ainsi, suffisamment motivée. Il ressort de ces motifs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

9. M. C, qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 23 avril 2022 par le préfet de police de Paris à l'exécution de laquelle il s'est soustrait, se trouvait dans le cas où le risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet est présumé. Le préfet des Pyrénées-Orientales était dès lors légalement fondé, pour ce seul motif, à lui refuser un délai de départ volontaire, alors même qu'il justifierait de garanties de représentation. Dans les circonstances rappelées aux points précédents, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. C n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

12. En premier lieu, la décision contestée mentionne la situation irrégulière en France de l'intéressé, ses déclarations quant à ses conditions d'entrée et de séjour en France, et les circonstances que sa présence en France constitue un trouble à l'ordre public et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux et de l'insuffisance de motivation de cette décision doivent être écartés. À cet égard, si le préfet n'a pas mentionné la présence en France du grand-père et de l'oncle du requérant, cette circonstance ne saurait, par elle-même, caractériser le défaut d'examen et l'insuffisance de motivation allégués, d'autant plus que l'intéressé ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations et ne précise pas les liens qu'il a conservés avec eux.

13. En second lieu, dans les circonstances rappelées aux points précédents, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour de M. C et à la précédente mesure d'éloignement, prise à son encontre par le préfet de police le 23 avril 2022, prononçant déjà une interdiction de retour durant deux ans, en assortissant l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français sans délai d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Versailles, le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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