jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02826 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | LEXGLOBE SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera conduit.
Par un jugement n° 2305879 du 27 novembre 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 22 décembre 2023 et les 9 janvier, 18 avril et 13 mai 2024, M. A, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination de sa reconduite ;
4°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;
- le tribunal a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- la décision contestée porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle repose sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant ivoirien, né le 7 août 1984, entré en France le 7 mai 2012 muni d'un visa de court séjour, titulaire d'un titre de séjour pour motif médical, du 12 janvier 2016 au 11 janvier 2017, a fait l'objet, par un arrêté du 30 octobre 2019 du préfet de l'Essonne, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, annulée par un jugement du 24 janvier 2020 du tribunal administratif de Versailles, assorti d'une injonction au préfet de réexaminer la situation de M. A. Par l'arrêté contesté du 13 juin 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. A relève appel du jugement du 27 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. "
4. Il ressort des termes du jugement attaqué que le tribunal, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par le requérant, s'est prononcé de façon suffisamment précise et circonstanciée sur les moyens soulevés en première instance par M. A. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation du jugement attaqué doit être écarté.
5. En second lieu, dans le cadre de l'effet dévolutif, le juge d'appel se prononce, non sur les motifs du jugement de première instance, mais sur les moyens mettant en cause la légalité des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dont serait entaché le jugement attaqué, est inopérant.
Sur la légalité des décisions contestées :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les conditions de l'entrée et du séjour en France de M. A, la condamnation prononcée le 30 janvier 2019 par le tribunal correctionnel de Paris à trente mois d'emprisonnement pour blanchiment aggravé, concours en bande organisée à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit et escroquerie réalisée en bande organisée, la situation professionnelle et familiale en France du requérant et l'avis défavorable émis le 25 juillet 2022 par la commission du titre de séjour. Il comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen d'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour manque en fait. Il ressort de ces motifs que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A.
7. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement soutenir que le refus de titre de séjour contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles l'étranger qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été présentée, ni examinée d'office par le préfet, sur ce fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce qu'en opposant la réserve d'ordre public à la demande de titre de séjour de M. A, le préfet aurait entaché sa décision de refus de séjour une erreur d'appréciation, ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "
9. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis onze ans, qu'il vit en concubinage depuis 2015 avec une ressortissante ivoirienne munie d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qu'il est père de deux enfants nés en France, le premier né le 28 juillet 2017 qu'il a reconnu le 12 juin 2017, et le second, né le 7 octobre 2022 qu'il a reconnu le 20 juillet 2022, qu'il attend un troisième enfant et prend en charge un enfant de sa concubine né d'une précédente union le 27 janvier 2014 en France, que sa fille aînée est scolarisée, qu'il justifie d'une bonne intégration professionnelle et que sa présence en France ne constitue plus une menace d'ordre public. Toutefois, M. A, qui n'a résidé régulièrement en France qu'au cours de la période du 12 janvier 2016 au 11 janvier 2017, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son titre de séjour. Il a été condamné le 30 janvier 2019, par le tribunal correctionnel de Paris, à trente mois d'emprisonnement pour blanchiment aggravé, concours en bande organisée à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit et escroquerie réalisée en bande organisée. M. A ne produit aucune pièce permettant d'établir sa communauté de vie avec sa concubine titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, tandis qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est hébergé par une cousine. La production de virements d'argent au profit de la mère de ses deux enfants ne permet pas de tenir pour établie la réalité des liens qu'il dit avoir conservés avec eux. Le requérant ne justifie pas davantage d'une insertion professionnelle stable et ancienne, par la production d'un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de chauffeur-livreur qu'il occupe depuis le 14 juin 2021, soit depuis deux ans à la date de l'arrêté contesté. Si certains membres de sa famille résident en France, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, au vu de l'ensemble de ces éléments, en estimant que le requérant ne pouvait être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels d'admission au séjour ou de considérations humanitaires, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
11. Dans les circonstances rappelées aux points précédents, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A, et en assortissant ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni insuffisamment pris en considération l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet n'a pas davantage entaché ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En dernier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que le refus de titre de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 24 octobre 2024.
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026