lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE00086 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2308592 du 14 décembre 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
I. - Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024 sous le n° 24VE00086, Mme A, représentée par Me Roch, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à Me Roch au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité dès lors que les premiers juges se sont abstenus de soulever un moyen d'ordre public, tiré de la méconnaissance par la décision portant obligation de quitter le territoire français des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le signataire de l'arrêté contesté n'était pas compétent ;
- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, le préfet ayant omis de consulter la commission du titre de séjour préalablement à son édiction ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne qu'elle " n'exerce plus d'activité professionnelle depuis 2019 " alors qu'elle a travaillé en contrat à durée déterminée en 2022 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur le refus de renouvellement de titre de séjour qui est lui-même illégal ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant fixation du pays de destination est illégale dès lors qu'elle se fonde sur le refus de renouvellement de titre de séjour et sur l'obligation de quitter le territoire français qui sont eux-mêmes illégaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés et renvoie à ses écritures de première instance.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 mars 2024.
II. - Par une requête enregistrée le 5 février 2024 sous le n° 24VE00299, Mme A, représentée par Me Roch, avocat, demande à la cour :
1°) d'ordonner le sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 2308592 du 14 décembre 2023 ;
2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Roch au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'exécution du jugement attaqué risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables pour elle et que les moyens invoqués dans sa requête n° 24VE00086, qu'elle présente à nouveau, sont sérieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés et renvoie à ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents () des cours () peuvent, par ordonnance : () / 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () / Les () premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 19 avril 1977 à Abidjan, qui est entrée en France le 7 octobre 2010 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant ", a bénéficié, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable du 31 août 2020 au 30 août 2021. Elle a sollicité, le 8 décembre 2021, le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 28 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête n° 24VE00086, Mme A fait appel du jugement du 14 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Par la requête n° 24VE00299, elle sollicite le sursis à exécution de ce jugement. Les deux requêtes de Mme A tendent à l'annulation et au sursis à exécution d'un même jugement. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'une même décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :
3. Si Mme A soutient que les premiers juges ont omis de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de la méconnaissance, par la décision portant obligation de quitter le territoire français, des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un tel moyen, qui concerne le bien-fondé du jugement attaqué, ne peut en tout état de cause être utilement invoqué pour contester sa régularité.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté contesté :
S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble de l'arrêté :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté contesté a été signé par M. C B, directeur des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 22-181 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 30 novembre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
5. En premier lieu, si Mme A soutient que cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que l'arrêté contesté mentionne qu'elle " n'exerce plus d'activité professionnelle depuis 2019 ", alors qu'elle a été employée, du 11 au 22 avril 2022, en qualité d'assistante approvisionnement, elle n'établit pas en avoir informé les services de la préfecture. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait pris une autre décision si elle avait pris en compte cette courte expérience professionnelle.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été licenciée pour cause économique le 29 novembre 2017. Si elle se prévaut de ce licenciement pour soutenir qu'elle se trouve involontairement privée d'emploi depuis cette date, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation Pôle emploi qu'elle a produite en première instance, qu'elle a perçu une indemnisation en 2022 au titre de l'allocation de solidarité spécifique, qui constitue une allocation pouvant être versée aux personnes ayant épuisé leurs droits à bénéficier de l'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. Dès lors, à la date de la décision contestée, ses droits à l'allocation d'assurance mentionnée à cet article étaient épuisés. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision portant refus de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " méconnaîtrait les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A ne présentant pas de contrat de travail à durée indéterminée ayant fait l'objet d'une autorisation de travail, elle ne remplit pas davantage les conditions permettant de se voir délivrer une telle carte de séjour temporaire de plein droit sur le fondement des deux premiers alinéas de ce même article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est entrée sur le territoire français le 7 octobre 2010 munie d'un visa " étudiant ", y a résidé régulièrement jusqu'à l'expiration de sa dernière carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", le 30 août 2021, puis de nouveau, sous couvert de récépissés de demande de titre de séjour, à compter du 9 décembre 2021. Si elle se prévaut de sa relation avec un ressortissant français, et de ce que le couple a entamé un protocole de procréation médicalement assistée en 2018, elle n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses allégations relatives à l'ancienneté et à la stabilité de sa relation avec ce ressortissant français, avec qui elle n'est ni pacsée ni mariée, et elle n'établit ni même n'allègue qu'ils partageraient une communauté de vie. Par ailleurs, si elle soutient que quatre de ses frères et sœurs ainsi que leurs enfants résident en France et que deux d'entre eux et l'ensemble de ses neveux sont de nationalité française, d'une part, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle entretiendrait des liens intenses et stables avec ces membres de sa famille et, d'autre part, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident encore ses parents et deux autres de ses sœurs. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A a suivi des études en France, pendant lesquelles elle a travaillé à temps partiel en tant qu'employée de caisse, et à la suite desquelles elle a exercé le métier d'acheteuse-approvisionneuse, à temps complet, du 19 septembre 2016 au 29 novembre 2017, date de son licenciement pour motif économique, l'intéressée n'a donc plus exercé d'activité professionnelle depuis plus de cinq ans à la date de la décision contestée, à l'exception d'une expérience de deux semaines en tant qu'assistante approvisionnement en avril 2022. Si elle soutient que ses difficultés de retrouver un emploi à plus long terme sont dues en partie à l'instabilité de sa situation administrative, elle se borne à produire des courriels, faisant état de réponses à des offres d'emploi et de rendez-vous pour des entretiens d'embauche. Dans ces conditions, et en dépit de la longue durée de sa présence en France, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts poursuivis par cette décision. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions énoncées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
10. En dernier lieu, aux termes de L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention du titre de séjour sollicité auxquels il envisage de refuser ce titre de séjour et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que Mme A ne justifie pas satisfaire aux conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
13. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union.
14. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger à même de présenter, de manière utile et effective, les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par suite, le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait été empêchée, lors du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour ou au cours de son examen, avant que n'intervienne la décision portant obligation de quitter le territoire français, de faire valoir les motifs susceptibles de justifier que celle-ci ne soit pas édictée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ". L'article R. 431-5 du même code dispose que : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".
17. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A a séjourné régulièrement sur le territoire français, sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant " puis " salarié ", après être entrée régulièrement en France le 7 octobre 2010, la validité de son dernier titre de séjour expirait le 30 août 2021. Le 8 décembre 2021, soit postérieurement à l'expiration de son précédent titre, elle a présenté aux services de la préfecture du Val-d'Oise une demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " salarié ". Un récépissé de demande de titre de séjour lui a été délivré le 9 décembre 2021. Dès lors, et au regard des dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entre le 31 août et le 8 décembre 2021, l'intéressée se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme A ne se trouvait pas en situation régulière depuis dix ans à la date de la décision contestée. Elle ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance, les moyens tirés de ce qu'en obligeant Mme A à quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.
S'agissant du moyen dirigé contre la décision portant fixation du pays de renvoi :
19. Compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A, enregistrée sous le n° 24VE00086, est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation ainsi que celles présentées à fin d'injonction doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité.
Sur les conclusions à fin de sursis à exécution :
21. Le présent arrêt statue sur les conclusions à fin d'annulation du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 14 décembre 2023. Par suite, les conclusions à fin de sursis exécution de ce jugement, présentées par Mme A dans sa requête n° 24VE00299, sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les frais du litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, une somme sur leur fondement.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 24VE00299 tendant au sursis à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 2308592 du 14 décembre 2023.
Article 2 : La requête n° 24VE00086 et le surplus de la requête n° 24VE00299 sont rejetés.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Versailles, le 21 octobre 2024.
Le premier vice-président de la cour,
président de la 2ème chambre
B. EVEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Nos 24VE00086, 24VE00299
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026