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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00105

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00105

mardi 7 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00105
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantMASILU-LOKUBIKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2309635 du 1er décembre 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, M. B, représenté par Me Masilu, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait en ce qu'il est père de trois enfants et non de deux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à son éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur de droit et est disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant sénégalais né le 30 août 1987, entré en France le 22 septembre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour valable du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2022, suite à son mariage avec une ressortissante française célébré le 21 mai 2021 au Sénégal, a été mis en possession d'un récépissé valable jusqu'au 19 décembre 2022, qui n'a pas été renouvelé. Il a été interpellé le 22 novembre 2023 et gardé à vue pour des faits de de menace réitérée de délit contre les personnes dont la tentative est punissable, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, commis le 12 décembre 2021 et le 11 mars 2023. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 1er décembre 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

4. Si le requérant soutient qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français nés en 2019 et 2021, il ne l'établit pas en se bornant à produire un récépissé pour un transfert d'argent effectué le 3 juillet 2022, d'un montant de 100 euros. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis septembre 2021, qu'il est le père de deux enfants de nationalité française nés en 2019 et 2021, qu'il entretient une relation avec une ressortissante malienne titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et qu'un enfant est né de cette relation le 3 novembre 2023, qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, qu'il est intégré et parle parfaitement le français. Toutefois, le requérant, entré récemment en France, se trouve en situation irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son dernier récépissé le 19 décembre 2022. Séparé de son épouse depuis le 12 décembre 2021, il ressort de ses propres déclarations qu'il n'a pas pu conserver de liens avec ses deux enfants de nationalité française, du fait de l'opposition de leur mère. M. B n'établit d'ailleurs pas que ses enfants résident toujours en France, alors qu'il a déposé une main courante le 12 décembre 2022 se plaignant de ce qu'ils seraient partis avec leur mère au Mali. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 22 novembre 2023 pour des faits de menace réitérée de délit contre les personnes dont la tentative est punissable, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, commis le 12 décembre 2021 et le 11 mars 2023. S'agissant de son troisième enfant, né le 3 novembre 2023, de sa relation avec une ressortissante malienne en séjour régulier, au sujet duquel il se borne à produire un acte de naissance, une attestation de sa compagne non datée, non signée et peu circonstanciée, et le titre de séjour pluriannuel de celle-ci, il ne justifie pas d'une communauté de vie avec la mère et l'enfant, ni n'établit pas que sa vie familiale ne pourrait se poursuivre hors de France. M. B ne justifie pas davantage de son insertion professionnelle par la production d'un bulletin de paie et de contrats de mission relatifs au seul mois de novembre 2022, ni de l'intensité de ses relations avec les personnes résidant régulièrement en France qu'il présente comme ses frères et sœur. Enfin, s'il soutient qu'il parle parfaitement le français, il ressort des visas du jugement attaqué qu'il était assisté d'un interprète en langue wolof lors de l'audience publique du 1er décembre 2023. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

7. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet des Hauts-de-Seine s'est mépris sur sa situation familiale, en ce qu'il est le père de trois enfants, alors que l'arrêté contesté n'en mentionne que deux. Toutefois, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police le 22 novembre 2023 qu'il a déclaré à trois reprises être le père de deux enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. B doit être écarté. Par ailleurs, dans les circonstances rappelées au point précédent, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait pris la même décision s'il avait été informé de ce que M. B était le père d'un troisième enfant né quelques jours avant l'arrêté contesté.

8. En dernier lieu, dans les circonstances rappelées au point précédent, en assortissant la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai d'une interdiction de retour, et en fixant à un an la durée de cette interdiction, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 7 janvier 2025.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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