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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00173

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00173

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00173
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par une ordonnance n° 2313709 du 21 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis la demande de M. B au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par un jugement n° 2315615 du 22 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 19 et 22 janvier, 21 février, 28 mars, 11 avril, 10 mai et 14 octobre 2024, M. B, représenté par Me Balaya Gouraya, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans est insuffisamment motivée ;

- sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- marié à une ressortissante française et père d'un enfant français, il est éligible à plusieurs titres de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant turc, né le 6 septembre 1994, entré en France en 2019 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités néerlandaises, a présenté le 19 décembre 2019 une demande de protection internationale rejetée le 5 mai 2021 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 septembre 2022. Le 6 décembre 2022, l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par une ordonnance pénale du tribunal judiciaire de Bobigny du 13 mai 2022, M. B a été condamné pour des faits de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs constatant un droit ou une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et pour des faits de conduite sans permis et sans assurance. L'intéressé ayant de nouveau été interpellé, le 16 novembre 2023, pour des faits de conduite sans permis et sans assurance, par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 22 décembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis cinq ans, qu'il fréquente son épouse depuis décembre 2019, que leur premier enfant est né le 6 janvier 2024, qu'il a appris le français et est intégré à la société française, qu'il n'a plus de lien avec la Turquie, qu'il n'a pas reçu notification de la précédente obligation de quitter le territoire français et que sa présence en France ne représente pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'il n'a fait l'objet que d'une ordonnance pénale. Toutefois il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne justifie pas de sa date d'entrée en France, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile et d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 6 décembre 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qu'il n'a pas exécutée. Il a été condamné pour des faits de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs constatant un droit ou une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et pour des faits de conduite sans permis et sans assurance, par une ordonnance pénale du tribunal judiciaire de Bobigny du 13 mai 2022, et a de nouveau été interpellé le 16 novembre 2023 pour des faits de défaut de permis de conduire. S'il s'est marié le 24 novembre 2022 avec une ressortissante française, il ne justifie pas avec son épouse d'une communauté de vie antérieure à l'année 2023. Ce mariage, célébré depuis moins d'un an, était récent à la date de la décision contestée et la naissance de son enfant, le 6 janvier 2024, est postérieure. Par ailleurs, il n'établit pas être totalement dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent certains membres de sa famille selon ses déclarations et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans au moins. Si l'intéressé produit un contrat de travail à durée indéterminée pour le poste de menuisier, sans date ni signature, et des bulletins de salaire au titre du mois de décembre 2019, des années 2020, 2021 pour un emploi de commis de bar et de l'année 2022, pour un poste de second de cuisine dans un restaurant, il a exercé ces activités salariées sans autorisation préalable et ne justifie pas d'une insertion professionnelle ancienne et pérenne. Dans ces conditions, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé et au caractère récent de son mariage, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de M. B.

5. Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

6. M. B n'a contesté devant le tribunal que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Dès lors qu'il n'a présenté aucun moyen, en première instance, dirigés contre les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ses conclusions d'annulation dirigées contre ces décisions sont nouvelles en cause d'appel et, par suite, irrecevables.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Versailles, le 23 janvier 2025.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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