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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00491

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00491

jeudi 3 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00491
TypeOrdonnance
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. I B E a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler les arrêtés du 13 janvier 2024 par lesquels le préfet d'Indre-et-Loire, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2400213, en date du 19 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté cette demande, après avoir admis l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2024, M. B E, représenté par Me Gentilhomme, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces arrêtés ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'une dénaturation des faits de l'espèce ;

- il est entaché d'erreurs de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le premier juge a inversé la charge de la preuve ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être préalablement entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est parent d'un enfant de nationalité française ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que sa présence soit constitutive d'une menace pour l'ordre public ;

- elle est dépourvue de base légale, dès lors qu'elle mentionne les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans mentionner celles du 3° de l'article L. 612-2 de ce même code ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que son éloignement soit une perspective raisonnable.

La requête a été communiquée le 29 mars 2024 au préfet d'Indre-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les () premiers vice-présidents des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A se disant I B E, alias G H, alias D F, ressortissant marocain, se déclarant né le 6 octobre 1994 à Tetouan (Maroc), déclare être entré en France en 2017. Il a été interpellé par les services de police d'Indre-et-Loire le 13 janvier 2024, puis placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales. Par deux arrêtés du 13 janvier 2024, le préfet d'Indre-et-Loire lui a, d'une part, fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours. M. B E fait appel du jugement du 19 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B E ne peut donc utilement se prévaloir sur le terrain de la régularité de ce que le premier juge aurait commis une dénaturation des faits, des erreurs de droit, une erreur manifeste d'appréciation ainsi qu'une inversion de la charge de la preuve pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur la légalité des arrêtés attaqués :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, M. B E reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le premier juge, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente. Il y'a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans au point 3 de son jugement.

5. En second lieu, d'une part, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel M. B E pourra être reconduit d'office vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, notamment ses articles L. 611-1 et L. 612-2. Il fait également état des considérations de fait propres à la situation personnelle de M. B E, notamment qu'il est entré en France irrégulièrement en 2017, qu'il a fait l'objet de plusieurs interpellations par les services de police, ainsi que de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, et enfin qu'il a déclaré être marié à une ressortissante française et être le père d'un enfant, né de leur union. D'autre part, l'arrêté portant assignation à résidence énonce également les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la circonstance qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, prise à son encontre le jour-même, et qu'il ne peut pas immédiatement quitter le territoire, mais que son éloignement demeure toutefois une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés seraient insuffisamment motivés doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, il ressort des termes des arrêtés litigieux, notamment des mentions de fait précises y figurant, que le préfet d'Indre-et-Loire a procédé à l'examen particulier de la situation de droit et de fait du requérant, notamment au regard de sa durée de séjour, des conditions de celui-ci et de sa situation familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que le rappelle la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans son arrêt du 5 novembre 2014, Mukarabega, aff. C-166-13, ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il doit préalablement être entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

8. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

9. Il ressort des termes du procès-verbal d'audition de M. B E par les services de police intervenue le 13 janvier 2024, que le requérant a été interrogé sur sa situation administrative au regard du séjour en France. Il a donc pu présenter des éléments relatifs à sa situation personnelle avant l'édiction de la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français, alors qu'il ressort des termes non-contestés de l'arrêté litigieux que l'intéressé a été informé, lors de son interpellation pour des faits de violences conjugales, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il lui était loisible de formuler des observations écrites. Dans ces conditions, le droit de M. B E à être préalablement entendu, qui relève des droits de la défense, n'a pas été méconnu. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B E a épousé, le 28 juin 2023 à Tours, une ressortissante de nationalité française, qui a donné naissance, le 27 juillet 2023, à leur fille C, de nationalité française. Toutefois, si l'intéressé allègue avoir résidé en leur compagnie, jusqu'à son placement en garde à vue pour des faits de violences conjugales le 13 janvier 2024, il ne l'établit par aucune pièce et ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant par la seule production d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 24 novembre 2023, soit moins de trois mois avant la décision attaquée, alors qu'aucune autre pièce du dossier n'est de nature à le démontrer. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code précité doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. B E se prévaut de son union avec une ressortissante française depuis le 28 juin 2023, de sa qualité de parent d'enfant français, ainsi que des démarches qu'il a entreprises pour régulariser sa situation administrative sur le territoire, par le dépôt d'une demande de titre de séjour le 4 octobre 2023. Il soutient, en outre, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent arrêt, M. B E n'établit pas contribuer de manière effective à l'éducation et à l'entretien de son enfant, et il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 13 janvier 2024 par les services de police à la suite d'un signalement de son épouse pour des faits de violences conjugales, leur union étant au demeurant récente à la date de la décision attaquée, l'intéressé ayant reconnu, lors de son audition, avoir proféré différentes insultes à son encontre et avoir adopté des comportements violents. En outre, il n'est pas contesté par l'intéressé qu'il est à l'origine de divers faits délictueux commis depuis juillet 2019, ayant donné lieu à plusieurs interpellations par les services de police, notamment pour conduite sans permis et en état d'ivresse le 10 décembre 2023, ainsi que pour des recels de vol et usage de faux documents le 22 novembre 2021. Par ailleurs, M. B E a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement, prononcées à son encontre les 8 juillet 2019, 28 février 2020 et 22 octobre 2021, à l'exécution desquelles il n'a pas déféré. Enfin, l'appelant ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière par la production d'un contrat de travail conclu le 24 novembre 2023, soit moins de deux mois à la date de la décision attaquée, et n'assortit l'allégation selon laquelle il serait dépourvu d'attaches d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention précitée en prenant la mesure d'éloignement litigieuse à l'encontre de M. B E. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

16. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que la décision portant refus de délai de départ volontaire est fondée sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent arrêt, il ressort des pièces du dossier que M. B E a été interpellé puis placé en garde à vue le 13 janvier 2024 à la suite d'un signalement de son épouse pour des faits de violences conjugales, et qu'il a reconnu, lors de son audition, avoir adopté un comportement violent à l'encontre de celle-ci. En outre, il n'est pas contesté par M. B E qu'il a été interpellé le 10 décembre 2023 pour des faits de conduite sans permis en état d'ivresse, et il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal en date du 22 octobre 2021, que l'intéressé a été interpellé pour des faits de recel de vol, violences commises sous l'empire d'un état alcoolique, ainsi que d'usage de faux documents administratifs. Ce même procès-verbal, signé par le requérant, mentionne également que M. B E était déjà connu des services de police sous deux autres identités, pour des faits de violence et outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique, ainsi que de violences par personne en état d'ivresse. Par suite, nonobstant la circonstance que ces comportements délictueux n'aient pas fait l'objet de condamnations pénales, eu égard à leur caractère réitéré, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le préfet d'Indre-et-Loire a pu considérer que la présence en France de M. B E était constitutive d'une menace à l'ordre public et lui appliquer les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code précité. En outre, la circonstance que l'arrêté fasse mention des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Les moyens tirés de ce que cette décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code précité ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, l'illégalité de la mesure d'éloignement n'étant pas établie, M. B E n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

19. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence serait illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

21. Si le requérant soutient que le préfet devait justifier que son éloignement demeurerait une perspective raisonnable ainsi que des diligences prises à cet effet, cette seule allégation n'est pas de nature à établir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation, alors que M. B E n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'absence de caractère raisonnable d'une telle perspective ou la preuve qu'il pourrait immédiatement quitter le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B E est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que celles présentées à fin d'injonction doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'au titre des dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. I B E et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire.

Fait à Versailles, le 3 avril 2025.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°24VE00491

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