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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00624

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00624

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00624
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler les décisions du préfet de l'Essonne du 4 octobre 2023 rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Par un jugement n° 2309162 du 15 février 2024, le tribunal administratif de Versailles a annulé la décision du préfet de l'Essonne du 4 octobre 2023 fixant le pays de destination et a rejeté le surplus des conclusions de la demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2024, M. B, représenté par Me Coquery, avocate, demande à la cour :

1°)d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus des conclusions de sa demande ;

2°)d'annuler ces décisions ;

3°)d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, dans l'attente de réexamen de sa situation, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°)de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus d'admission au séjour est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa demande ;

- les condamnations dont il a fait l'objet ne peuvent à elles seules servir de fondement aux décisions contestées ;

- les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles, a désigné M. Camenen, président assesseur de la 5ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

2. M. B, ressortissant ukrainien né le 10 septembre 1984, relève appel du jugement du tribunal administratif de Versailles du 15 février 2024 en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du préfet de l'Essonne du 4 octobre 2023 rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

3. En premier lieu, la décision contestée indique que M. B a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais qu'il ne présente pas assez de bulletins de salaire sur la période de juillet 2016 à novembre 2021, qu'il ne justifie pas d'une promesse d'embauche et que les éléments présentés à l'appui de sa demande ne peuvent être regardés comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Alors même qu'elle ne ferait pas état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, cette décision est ainsi suffisamment motivée en fait et en droit.

4. En deuxième lieu, cette motivation révèle un examen individuel et complet de la situation de M. B.

5. En troisième lieu, la décision contestée fait état de deux condamnations pénales et d'un signalement dont M. B a fait l'objet en 2020 et 2021 pour conduite d'un véhicule sans permis et conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule utilisé et en faisant usage d'un permis faux ou falsifié. Si M. B fait valoir qu'étant en situation irrégulière, il ne pouvait obtenir un permis de conduire en France, qu'il a besoin de conduire un véhicule pour travailler et subvenir aux besoins de sa fille et qu'il n'est pas même allégué que son comportement menace l'ordre public, le préfet pouvait cependant prendre en compte ce motif, parmi ceux qu'il a retenus, pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, sans entacher ses décisions d'erreur de droit.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sureté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. B est entré en France en 2014 muni d'un visa de court séjour et a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en 2022. Si sa fille est née en France en 2015 et y est scolarisée, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir que M. B réside continuellement en France depuis 2014, qu'il y travaille, est intégré et a noué sur le territoire français des liens suffisamment anciens et stables. Si M. B prend en charge sa fille le week-end, il n'est pas établi ni même allégué que la mère de l'enfant, qui est également ressortissante ukrainienne, réside régulièrement en France. Dans ces conditions, les décisions contestées n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B et n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'eu égard à leurs conséquences sur la situation de M. B telle que précédemment décrite. Elles ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressé au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 10 octobre 2024.

Le président assesseur de la 5ème chambre,

G. CAMENEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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