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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00803

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00803

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00803
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale, et l'arrêté du 3 février 2024 de la préfète du Loiret l'assignant à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2400719 en date du 28 février 2024, le président du tribunal administratif d'Orléans, après l'avoir admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a annulé l'arrêté du 3 février 2024 portant assignation à résidence et rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, M. B, représenté par Me Rouillé-Mirza, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué et l'arrêté décidant son transfert aux autorités croates ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale lui permettant de saisir l'OFPRA, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la preuve du hit 1 Eurodac, de la saisine des autorités croates et de leur acceptation de sa reprise en charge, n'a pas été apportée ;

- il serait exposé à un risque de traitement inhumains ou dégradants en cas de transfert en Croatie, en méconnaissance de l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard aux défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans cet Etat membre ;

- compte tenu de ces défaillances, la préfète aurait dû mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, la préfète du Loiret informe la cour de ce que, M. B ayant été déclaré en fuite, le délai de son transfert vers la Croatie a été prolongé jusqu'au 21 septembre 2025.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit C A ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant afghan né le 24 octobre 1990, a présenté une première demande d'asile enregistrée en guichet unique le 10 février 2023. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé qu'il avait précédemment présenté des demandes d'asile en Bulgarie le 30 décembre 2022 et en Autriche le 30 janvier 2023, M. B a été transféré aux autorités bulgares le 17 août 2023. Revenu en France, il a renouvelé sa demande d'asile le 28 septembre 2023. La consultation du fichier Eurodac a révélé que M. B avait présenté une demande d'asile en Croatie le 3 septembre 2023. Saisies le 20 octobre 2023 de demandes de reprise en charge, les autorités bulgares ont refusé le 3 novembre 2023 de reprendre en charge l'intéressé, tandis que les autorités croates l'ont accepté le même jour. M. B relève appel du jugement du 28 février 2024 par lequel le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 2 février 2024 de la préfète de Loiret décidant son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

3. En premier lieu, la préfète du Loiret a produit en défense, en première instance, le résultat de la consultation du fichier Eurodac dont il ressort que M. B a présenté une demande d'asile aux autorités croates le 3 septembre 2023, le formulaire de requête aux fins de reprise en charge de M. B adressé aux autorités croates le 20 octobre 2023 et l'accord aux fins de reprise en charge du 3 novembre 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que la preuve du hit 1 Eurodac, de la saisine des autorités croates et de leur acceptation de la reprise en charge de l'intéressé, ne serait pas apportée, doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 2, de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013/UE du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre A ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

5. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. En l'espèce, les arguments de portée générale sur les difficultés d'accueil des migrants fondés sur des rapports d'organisations non gouvernementales, des articles de presse et quelques décisions de juridictions, ne permettent pas de tenir pour établie l'existence de raisons sérieuses de croire à un risque de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil en Croatie. Les allégations de M. B selon lesquels la Croatie procède à des refoulements illégaux, alors que les autorités croates ont accepté de le reprendre en charge, ne sont pas de nature à rapporter la preuve contraire. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté l'expose à un risque de traitements inhumains ou dégradants en méconnaissance de l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou que la préfète du Loiret aurait dû faire application de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013, permettant à un Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.

Fait à Versailles, le 10 octobre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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