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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE01962

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01962

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE01962
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler les arrêtés du 4 octobre 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation.

Par une ordonnance n° 2220737 du 12 octobre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.

Par un jugement n° 2214110 du 19 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. B, représenté par Me Hamani, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces arrêtés ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir et d'ordonner sans délai l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés contestés sont insuffisamment motivés dès lors qu'ils se présentent sous une forme stéréotypée avec des cases à cocher qui ne permettent pas de prendre en compte sa situation personnelle ;

- ils sont entachés d'erreurs de fait dès lors qu'il n'est pas célibataire, que son enfant n'est pas âgé de neuf ans et qu'il justifie d'une résidence depuis son arrivée en France ;

- le préfet de police a commis une erreur de droit en fondant la décision portant obligation de quitter le territoire français sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, et aurait préalablement dû l'inviter à régulariser sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle dès lors qu'il justifie d'une activité professionnelle depuis le 2 janvier 2018 en qualité d'agent polyvalent de restauration, qu'il est marié et est le père d'un enfant de trois ans ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

2. M. B, ressortissant tunisien né le 9 janvier 1996, fait appel du jugement du 19 juin 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police du 4 octobre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

3. En premier lieu, il ressort de l'examen des arrêtés contestés que le préfet de police a mentionné les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour obliger le requérant à quitter sans délai le territoire français et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, sans que la circonstance tenant à l'usage par le préfet d'imprimés pré-remplis comportant des cases à cocher n'ait d'incidence sur la précision de cette motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés sont insuffisamment motivés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B peut être regardé comme soutenant également que le préfet de police a entaché les arrêtés contestés d'erreurs de fait en mentionnant qu'il est célibataire, père d'un enfant âgé de neuf ans et qu'il ne justifie pas d'une résidence dans un local affecté à son habitation principale, alors qu'il vit en concubinage avec une compatriote depuis 2020, que leur enfant était âgé de neuf mois à la date de l'arrêté contesté et qu'il dispose d'un logement depuis 2019. Toutefois, d'une part, le requérant, ainsi que le préfet de police l'a relevé, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour et entrait, par suite, dans les cas prévus par les dispositions de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par les dispositions de l'article L. 612-3 du même code, en vertu desquelles un étranger peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. D'autre part, si le préfet de police a fixé à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté et des pièces du dossier qu'en l'absence des erreurs soulevées par le requérant, il aurait pris une autre décision alors que, selon ses propres déclarations, M. B réside en France depuis moins de cinq ans et sa concubine est également en situation irrégulière sur le territoire français. Dès lors, les erreurs de fait relevées par le requérant ne sont, en tout état de cause, pas de nature à entacher d'illégalité les décisions attaquées.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur celui du 1° de l'article L. 611-1 de ce code. Par ailleurs, alors que l'intéressé n'établit ni même n'allègue pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, le préfet de police pouvait édicter cette mesure d'éloignement sans l'inviter préalablement à régulariser sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit manque en fait et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle, M. B se prévaut d'une activité professionnelle en qualité d'agent polyvalent de restauration et de sa vie commune avec son épouse et leur fils âgé de neuf mois à la date de la décision contestée. Toutefois, le requérant, qui ne conteste pas que sa compagne est également en situation irrégulière sur le territoire français et dont l'enfant était seulement âgé de neuf mois à la date de la décision attaquée, ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que sa cellule familiale puisse se reconstituer dans son pays d'origine. Par ailleurs, par les pièces qu'il verse au dossier, il n'établit pas une insertion professionnelle stable et ancienne à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

7. Enfin, si M. B soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des mentions des arrêtés contestés que le préfet de police aurait pris les mêmes décisions de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en se fondant sur le motif qu'il existait un risque que le requérant, entré irrégulièrement en France et s'y étant maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, se soustraie à la mesure d'éloignement et en retenant les éléments caractérisant la durée de présence du requérant sur le territoire français et la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet de police.

Fait à Versailles, le 11 décembre 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

C. SIGNERIN-ICRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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