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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE02447

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02447

mardi 4 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02447
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A épouse C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Par un jugement n° 2316950 du 6 août 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées les 29 août, 5 septembre, 25 septembre, 23 octobre, 9 décembre 2024 et les 21 janvier et 3 février 2025, Mme C, représentée par Me Maillet, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle n'entre pas dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur leur fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1, 3-2, 9 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme C, ressortissante algérienne née le 5 août 1979, entrée en France le 1er décembre 2021 munie d'un visa de court séjour, a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en se prévalant de ses liens personnels et familiaux en France. Par l'arrêté contesté du 3 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme C relève appel du jugement du 6 août 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, et mentionne que Mme C est entrée en France le 1er décembre 2021 munie d'un visa Schengen valable jusqu'au 23 février 2022, qu'elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, qu'elle peut demander une introduction de son époux, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, au titre du regroupement familial, que ce dernier n'est en principe possible qu'à la condition que le membre de la famille ne réside pas en France, que ne pouvant se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande a été examinée au titre du pouvoir général de régularisation sans texte détenu par le préfet, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident sa mère et sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-deux ans, et qu'il ne ressort pas de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale qu'elle puisse bénéficier d'une mesure de régularisation à titre humanitaire ou exceptionnel. La décision portant refus de séjour comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes où dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 4 de cet accord : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () ". Aux termes du premier alinéa du titre II du protocole annexé à cet accord : " Les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien () ".

5. Mme C, mariée le 25 juin 2022 à Saint-Ouen-l'Aumône (95) avec un compatriote titulaire, à la date de l'arrêté contesté, d'un certificat de résident de dix ans, entre dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial, dès lors qu'aucun texte ne réserve cette procédure, contrairement à ce qu'allègue l'intéressée, aux cas où le mariage a été célébré à l'étranger. Par suite, elle ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision de refus de titre de séjour , au regard de ces stipulations, doivent être écartés.

6. En dernier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un étranger qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Mme C se prévaut de son mariage avec un compatriote, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans et père d'un enfant de nationalité française avec lequel elle entretient des liens de proximité, du parcours de procréation médicalement assistée que le couple a entamé depuis le mois de juin 2022, ainsi que d'une promesse d'embauche en tant que secrétaire bureautique. Toutefois, la requérante, qui ne peut au demeurant utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, dépourvues de caractère réglementaire, n'était présente en France que depuis un an et demi à la date de l'arrêté contesté et son mariage n'avait été célébré qu'un an auparavant. Dans ces conditions, en refusant d'admettre au séjour l'intéressée en application de son pouvoir général de régularisation, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 3 de la présente ordonnance, l'arrêté contesté, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1, comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. La décision faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français, qui procède de ce refus de délivrance d'un titre de séjour, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Dans les circonstances rappelées aux points précédents, alors que Mme C n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident sa mère et sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de quarante-deux ans, et qu'elle peut entrer en France par des voies légales, dès lors qu'elle est éligible à la procédure de regroupement familial, compte tenu du caractère récent de son mariage avec un compatriote en séjour régulier, la décision faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, si Mme C se prévaut de sa relation de proximité avec l'enfant de son époux, né en 2013 d'une précédente union, et de nationalité française. Cependant, compte tenu du caractère récent de cette relation et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de Mme C serait indispensable à ces côtés, le moyen tiré de ce que le préfet aurait insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de cet enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A épouse C.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 4 février 2025.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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