mardi 11 février 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE02450 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SCP OMNIA LEGIS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit.
Par un jugement n° 2300832 du 20 février 2024, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. B, représenté par Me Mongis, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle mentionne à tort qu'il ne justifie pas de son état civil et de sa nationalité et qu'il ne justifie pas de sa communauté de vie avec la mère de son enfant, ni de sa participation à l'entretien et à l'éducation de celui-ci ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur leur fondement ;
- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions de refus de lui accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi sont illégales dès lors qu'elles se fondent sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 30 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant algérien né le 26 avril 1984, entré en France en 2009 selon ses déclarations, a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, en se prévalant de sa qualité de parent d'un enfant de nationalité française. Par l'arrêté contesté du 23 février 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. B relève appel du jugement du 20 février 2024 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, le fait que la décision en litige ait mis en doute l'identité du requérant, et n'ait pas admis l'existence d'une communauté de vie entre M. B et la mère de son enfant, ni sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, relève de l'appréciation portée par le préfet d'Indre-et-Loire sur la situation de l'intéressé et non d'une erreur de fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. M. B est le père d'une enfant de nationalité française, née le 21 décembre 2018, et exerce l'autorité parentale, conjointement avec la mère, à l'égard de cette enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations, le 21 avril 2016 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance (tentative), le 3 janvier 2019 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de huit mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration de bien d'autrui commise en réunion et vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance (tentative), le 10 août 2020 par le tribunal correctionnel de Tours à une peine de huit mois d'emprisonnement pour rébellion et vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (récidive), et le 2 septembre 2021 par le président du tribunal judiciaire de Tours à une peine de dix mois d'emprisonnement aménagés en détention à domicile sous surveillance électronique pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (récidive) et usage illicite de stupéfiants. Par ailleurs, il a été placé en garde à vue le 22 février 2023 pour des faits de vol par effraction qui aurait été commis au mois de mai 2020. S'il déclare dans ses écritures contester avoir commis ces faits, il ressort du procès-verbal d'audition produit par le préfet en première instance qu'il a reconnu s'être introduit dans une maison dans le but de la squatter et qu'il avait déplacé des objets afin de les emmener. Il ressort également des termes du jugement du juge aux affaires familiales du 12 décembre 2019 que sa compagne a déposé plusieurs plaintes et mains courantes à l'encontre de l'intéressé pour des faits de dégradation en 2018 et de violences en 2019. Dans ces conditions, eu égard à la gravité et au caractère répété de ces agissements délictueux, en estimant que la présence de M. B en France constituait une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France et de ce qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. M. B fait valoir qu'il vit en France avec sa compagne et leur fille, qui sont de nationalité française, et qu'il y a fixé ses attaches privées et familiales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré irrégulièrement en France en 2009, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour, en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 26 septembre 2016 par le préfet d'Indre-et-Loire et le 7 juin 2021 par la préfète d'Eure-et-Loir, qu'il n'a pas exécutées. Ainsi qu'il a été dit au point 5 de la présente ordonnance, il a fait l'objet de multiples condamnations. Pour justifier de sa relation avec la mère de sa fille, dont il est séparé depuis février 2019, ainsi qu'il ressort de la décision du juge aux affaires familiales du 12 décembre 2019, constatant l'exercice conjoint de l'autorité parentale, fixant la résidence habituelle de l'enfant au domicile de sa mère et un droit de visite pour l'intéressé, ainsi qu'une contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de 80 euros à verser à son ex-compagne, M. B ne produit que des attestations de la mère de son enfant, selon lesquelles, notamment, leur vie commune aurait repris et n'aurait plus cessé à compter du 1er avril 2022, et des pièces qui ne permettent pas d'établir une communauté de vie entre l'intéressé et la mère de son enfant à la date de la décision contestée. Par ailleurs, en soutenant avoir versé, par l'intermédiaire de tiers, les pensions alimentaires dues à la mère de son enfant en application du jugement précité du 12 décembre 2019 au titre des mois de janvier à mai 2020, avoir ensuite été déclaré insolvable et avoir versé à la caisse d'allocations familiales des sommes d'un montant total de 400 euros à ce titre en 2022, et en produisant des copies de tickets de caisse faisant apparaître des achats de jouets et de vêtements pour enfant, datant majoritairement de l'année 2020, des mois d'avril et mai 2022 ou encore sont postérieurs à la décision contestée, M. B n'établit pas contribuer matériellement à l'entretien et à l'éducation de sa fille à la date de cette décision, ni avoir exercé son droit de visite pendant les périodes de séparation avec la mère de l'enfant, pas plus qu'il n'apporte d'éléments sur ses liens personnels et affectifs avec cet enfant. M. B ne conteste par ailleurs pas ne pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle ou sociale particulière, en se bornant à produire une promesse d'embauche datée du 1er juillet 2022. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".
9. La décision portant refus de titre de séjour n'ayant pas pour effet, par elle-même, d'entraîner une séparation entre M. B et son enfant, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait l'intérêt supérieur de son enfant au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
11. Ainsi qu'il a été dit aux points précédents, M. B n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineure de nationalité française. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, font obstacle à son éloignement, doit être écarté. Dès lors qu'il n'établit pas davantage, partager une communauté de vie avec cet enfant, ni même ses liens affectifs, il en est de même du moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur les moyens dirigés contre les décisions de refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi :
12. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions de refus de lui accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il sera reconduit doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire.
Fait à Versailles, le 11 février 2025.
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026