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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE02744

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02744

mercredi 19 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02744
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Par un jugement n° 2317140 du 13 septembre 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, Mme C, représentée par Me Savignat, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'ayant fait le choix de viser l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet du Val-d'Oise aurait dû soumettre sa décision au respect d'une procédure contradictoire préalable ;

- il est entaché d'une erreur de droit, en ce que le préfet du Val-d'Oise a examiné à tort sa demande au regard des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-marocain ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le Maroc comme pays de renvoi est illégale, dès lors qu'elle est désormais dépourvue d'attaches avec ce pays.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme C, ressortissante marocaine née le 1er janvier 2002, entrée en France le 12 décembre 2017 munie d'un visa D au titre du regroupement familial, a présenté le 13 août 2020 une demande de titre de séjour au titre de ses attaches familiales en France. Par l'arrêté contesté du 30 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme C relève appel du jugement du 13 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme E F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par un arrêté n° 23-064 du 14 novembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D B, directeur des migrations et de l'intégration, n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme C. A cet égard, et alors qu'il est constant que la requérante a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de sa vie privée et familiale, la seule circonstance que l'arrêté contesté ne mentionne pas les éléments de sa situation professionnelle qu'elle avait communiqués pendant l'examen de sa demande, le 28 juin 2022, n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

6. D'une part, Mme C ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions, dès lors que la décision de refus de titre de séjour contestée est intervenue sur sa demande. D'autre part, et contrairement aux affirmations de la requérante, s'il est vrai que l'arrêté contesté vise l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet du Val-d'Oise n'était pas pour autant tenu d'engager une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si la requérante soutient que le préfet du Val-d'Oise a examiné à tort sa demande au regard des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, alors qu'elle était fondée sur les seules dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est en tout état de cause constant que la demande de l'intéressée a également été examinée au regard de ces dispositions. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur de droit.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

9. Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis 2017, qu'elle a été scolarisée dès son entrée sur le territoire national, que ses parents résident également en France, ainsi que sa tante, avec laquelle elle a des liens étroits, qu'elle est dépourvue d'attaches avec le Maroc, qu'elle a quitté à l'âge de quinze ans, qu'elle exerce une activité professionnelle depuis le 1er avril 2020, et que le centre de ses intérêts personnels se trouve désormais en France. Toutefois, célibataire et sans charge de famille, Mme C n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside notamment sa sœur et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que ses deux parents sont également en situation irrégulière sur le territoire français et qu'ils ont dès lors vocation à retourner au Maroc. Enfin, si la requérante dispose depuis le 1er avril 2020 d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel afin d'exercer les fonctions d'agent de service, son insertion professionnelle était encore récente à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

11. Dans les circonstances de fait rappelées au point 9 de la présente ordonnance, en considérant que l'admission au séjour de Mme C ne répondait pas à des considérations humanitaires, ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

12. En septième lieu, ainsi qu'il a été dit, Mme C n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside notamment sa sœur et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le Maroc comme pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte à sa vie privée et familiale, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 19 février 2025.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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