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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE02817

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02817

mardi 15 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02817
TypeOrdonnance
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Par un jugement n° 2304310 du 26 septembre 2024, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées respectivement le 23 octobre 2024 et le 3 mars 2025, M. A, représenté par Me Cariou, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- le préfet de la Haute-Loire n'était pas compétent ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant égyptien né le 15 mars 1984, entré en France en 2011 selon ses déclarations, a présenté le 12 septembre 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ou, à titre subsidiaire, de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté contesté du 24 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 26 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, si M. C B, préfet de Loir-et-Cher, a été appelé à d'autres fonctions par un décret du 13 juillet 2023, il n'a été installé dans ses nouvelles fonctions qu'à compter du 21 août 2023 et aucune décision de l'autorité supérieure ne l'avait invité à cesser d'exercer celles qu'il assumait dans le département de Loir-et-Cher. Son successeur n'a d'ailleurs été installé dans ses fonctions qu'à la même date. Par suite, à la date de l'arrêté contesté, le 24 juillet 2023, M. B était compétent pour prendre les décisions contestées.

4. En deuxième lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

5. L'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 611-1 3°, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et mentionne que M. A déclare être entré en France au cours de l'année 2011 dépourvu de visa, qu'il ne justifie de sa présence que depuis 2012 et que les pièces produites ne sauraient démontrer la continuité de sa résidence en France depuis lors, qu'il a fait l'objet d'un précédent refus de titre accompagné d'une mesure d'éloignement du 1er octobre 2020 qu'il n'a pas exécutée, qu'il a déposé une nouvelle demande d'admission au séjour en date du 12 septembre 2022, à l'appui de laquelle il verse ses justificatifs d'identité et d'hébergement chez un " ami ", quatre témoignages d'affection et une promesse d'embauche, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail, que si la promesse d'embauche a donné lieu à un avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère rendu le 6 décembre 2022, il résulte de l'instruction de sa situation professionnelle et personnelle que M. A ne remplit aucune condition d'octroi d'un droit au séjour, ni au titre de l'article L. 423-23 ni au titre de l'article L. 435-1, qu'il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et ne démontre pas avoir tissé des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables et n'établit pas être dépourvu d'ancrage dans son pays d'origine, que par ailleurs il est dépourvu de visa de long séjour et ne peut donc arguer de la réunion des conditions de l'exercice d'une activité professionnelle en France telles qu'exigées par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il n'allègue pas encourir le moindre risque en cas de retour dans son pays d'origine, ni ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. L'arrêté contesté est, ainsi, suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. M. A fait valoir qu'il est entré en France en 2011, et qu'il y a exercé plusieurs activités professionnelles. Toutefois, il ne justifie pas de la date de son entrée sur le territoire français, ni de sa présence continue en France avant l'année 2017, dès lors que les quelques attestations produites selon lesquelles il aurait été hébergé par un ami entre 2011 et 2015 et aurait rencontré sur le territoire français plusieurs personnes en 2015 ou 2016 ne permettant pas, à elles seules, d'établir qu'il serait demeuré en France sans discontinuité entre 2011 et 2017. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a déjà fait l'objet, le 1er octobre 2020, d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Par ailleurs, M. A ne justifie pas, par la production de deux attestations de connaissances indiquant l'avoir rencontré, respectivement en 2015 et 2018, dans le cadre de relations de travail, de deux contrats à durée indéterminée signés en 2017, qui précisent n'être valables que dans le cas où il se verrait délivrer un titre de séjour, de bulletins de salaire établissant qu'il a travaillé en tant que peintre décorateur entre mai 2017 et mars 2018, et de deux demandes d'autorisation de travail, rédigées en septembre 2020 et en juin 2022, d'une insertion professionnelle ancienne et stable sur le territoire français. Par ailleurs, célibataire, sans charge de famille, M. A ne justifie pas être totalement dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

9. Dans les circonstances de fait rappelées au point 7 de la présente ordonnance, en considérant que l'admission au séjour de M. A ne répondait pas à des considérations humanitaires, ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation. A cet égard, le requérant ne se prévaut pas utilement des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, laquelle ne prévoit que des orientations générales non opposables à l'autorité préfectorale.

10. En cinquième lieu, le préfet n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour dès lors qu'ainsi qu'il a été dit aux points précédents, M. A ne remplit pas les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour et qu'il ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur la décision du préfet de Loir-et-Cher de ne pas saisir la commission du titre de séjour, alors que les services de la préfecture avaient informé son conseil, par un courriel du 8 mars 2023, que cette commission allait être saisie de sa demande, il n'établit pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration des informations pertinentes tenant à sa situation personnelle. Par suite, les vices de procédure tirés de l'absence de consultation de la commission de titre de séjour et de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peuvent qu'être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et peut rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A.

Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher.

Fait à Versailles, le 15 avril 2025.

La magistrate désignée,

O. Dorion

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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