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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE02821

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02821

jeudi 13 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02821
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Par un jugement n° 2405349 du 20 septembre 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2024, Mme B, représentée par Me Tchiakpe, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention salariée ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 70 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne vise ni l'emploi auquel elle a postulé, ni son expérience, ni ses qualifications professionnelles ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle ne se fonde que sur l'ancienneté de son emploi ce qui n'est pas une condition prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante marocaine née le 18 octobre 1984, entrée en France le 15 février 2017 avec un visa de court séjour, a présenté le 3 mars 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée. Par l'arrêté contesté du 14 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme B relève appel du jugement du 20 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

4. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne que Mme B déclare travailler en France depuis 2020, que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a émis le 24 novembre 2023 un avis défavorable au motif que le montant mensuel de sa rémunération est inférieur au smic, que la durée de sa présence en France depuis 2017 ne peut être considérée comme suffisante et qu'au vu de l'ensemble de ces éléments, elle ne justifie pas de considération humanitaire ou de motif exceptionnel de régularisation en qualité de salariée ou au titre de la vie privée et familiale. La décision portant refus de séjour satisfait, ainsi, aux exigences de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, alors même qu'elle ne précise pas les caractéristiques de son emploi.

5. En deuxième lieu, Mme B soutient que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est fondé sur l'ancienneté dans l'emploi, condition non prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté que, pour rejeter la demande de régularisation dont il était saisi, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur l'ancienneté dans l'emploi de l'intéressée, sur l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère et sur sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est maintenue irrégulièrement en France au-delà de la durée de validité de son visa de court séjour. Si elle occupe un emploi d'auxiliaire de vie dans une maison de retraite depuis le 8 juin 2020 et produit un contrat de travail à durée indéterminée, cet emploi non qualifié à temps partiel était encore récent à la date de l'arrêté contesté. Par ailleurs, Mme B ne se prévaut d'aucune attache en France et n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Maroc où résident ses parents et sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Dans ces conditions, en refusant d'admettre au séjour l'intéressée en qualité de salariée, en application de son pouvoir général de régularisation, et en considérant que son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale ne relevait pas de considérations humanitaires, ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 13 février 2025.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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