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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE02846

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02846

lundi 3 mars 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02846
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP D'AVOCATS SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A épouse B a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert orthopédiste ayant notamment pour mission de déterminer les préjudices qu'elle a subis à la suite de son accident de travail survenu le 9 mars 2021, d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport, de s'adjoindre, en tant que de besoin, le concours d'un spécialiste de son choix, notamment d'un sapiteur psychiatre, et de réserver les dépens.

Par une ordonnance n° 2316534 du 17 octobre 2024, la première vice-présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, juge des référés, a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2024, Mme A épouse B, représentée par Me Greco, avocate, demande à la cour :

1°)d'annuler cette ordonnance ;

2°)de désigner un expert orthopédiste avec pour mission, notamment, de décrire son état de santé actuel ainsi que son état antérieur à l'accident du 9 mars 2021 en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec l'accident imputable au service dont elle a été victime, de fixer la date de consolidation de ses blessures, d'évaluer l'ensemble de ses préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux, temporaires et permanents, résultant directement des lésions consécutives aux faits à l'origine des dommages, de dire si son état est susceptible de modification (aggravation ou amélioration), et de s'adjoindre, en cas de besoin, le concours de tout spécialiste de son choix et notamment un sapiteur psychiatre ;

3°)d'ordonner à l'expert d'adresser un pré-rapport d'expertise aux parties qui feront connaître leurs observations auxquelles l'expert devra répondre dans son rapport définitif ;

4°)de réserver les dépens.

Elle soutient que :

-une expertise tendant à voir déterminer la nature et l'étendue des préjudices consécutifs à un accident de service présente un caractère utile lorsqu'elle est susceptible de permettre à l'agent d'engager une action en responsabilité à l'encontre de son employeur, soit au titre de la responsabilité sans faute en vue de l'indemnisation des souffrances physiques et morales et des préjudices esthétiques et d'agrément, soit sur le terrain de la faute en vue de la réparation intégrale de l'ensemble du dommage non réparé par la pension et la rente viagère d'invalidité ; en l'espèce, la mesure d'expertise sollicitée a pour objet de déterminer la nature et l'étendue des préjudices qu'elle subit du fait de l'accident de service survenu le 9 mars 2021 afin, le cas échéant, d'engager une action en responsabilité à l'encontre du département des Hauts-de- Seine ;

-c'est à tort que la juge de première instance a considéré qu'au regard des éléments dont elle disposait déjà, la mesure d'expertise demandée ne présentait pas d'utilité dès lors que seul le taux d'incapacité permanente a été fixé par le médecin missionné par le département, à l'exclusion de tout autre préjudice ; aucun médecin ne s'est jamais prononcé sur les autres préjudices qu'elle a subis du fait de l'accident reconnu imputable au service et, notamment, les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément ; il suit de là que la mesure d'expertise qu'elle sollicite tend à la détermination et à l'évaluation des préjudices non visés par le régime des accidents de service.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2024, le département des Hauts-de-Seine, représenté par Me Moreau, avocat, demande à la cour :

1°)à titre principal, de rejeter la requête et de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°)à titre subsidiaire, de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause, à l'expertise sollicitée, de modifier la mission de l'expert ainsi qu'il l'a demandé dans son mémoire de première instance et de statuer ce que de droit sur les dépens.

Il soutient que :

-c'est à bon droit que le juge de première instance a rejeté la demande d'expertise faute d'utilité dès lors que la requérante dispose déjà d'éléments relatifs aux conséquences sur son état de santé de l'accident du 9 mars 2021 et alors qu'elle ne produit pas de précisions sur d'autres chefs de préjudice et qu'aucune circonstance particulière ne confère à la mesure d'expertise sollicitée un caractère d'utilité différent de celui de la mesure que le tribunal, saisi au fond pourra, le cas échéant, décider dans ses pouvoirs de direction de l'instruction ;

-Mme A a déjà fait l'objet de plusieurs expertises médicales qui ont permis de déterminer les conséquences de l'accident de service du 9 mars 2021 sur son état de santé ; ainsi, sur le plan orthopédique, l'état de santé de l'appelante est consolidé au 26 avril 2023 avec un taux d'incapacité permanente partielle fixé à 15 % pour les séquelles physiques, aucun état antérieur ou état indépendant évoluant pour son propre compte n'ayant été découvert et les arrêts de travail entre le 9 mars 2021et le 26 avril 2023 étant imputables au service ; de même, sur le plan psychique, l'état de santé de l'appelante est consolidé au 22 mai 2024 avec un taux d'incapacité permanente fixé à 5 % pour les séquelles psychiques, aucun état antérieur ou état indépendant évoluant pour son propre compte n'ayant été découvert et les arrêts de travail entre le 9 mars 2021 et le 22 mai 2024 étant imputables au service.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations.

Par une décision du 2 septembre 2024, la présidente de la cour a désigné Mme Signerin-Icre, présidente de la 5ème chambre, pour statuer en qualité de juge des référés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, adjoint administratif territorial principal de 2ème classe du département des Hauts-de-Seine, a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert aux fins de déterminer les préjudices résultant pour elle de l'accident dont elle a été victime le 9 mars 2021 et qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du président du conseil départemental du 9 avril 2021. Elle fait appel de l'ordonnance du 17 octobre 2024 par laquelle la première vice-présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, juge des référés, a rejeté sa demande au motif que l'expertise sollicitée était dépourvue d'utilité compte tenu des éléments dont elle disposait déjà pour évaluer les préjudices ayant résulté de l'accident du 9 mars 2021.

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

3. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A épouse B a été victime d'une chute sur la tête et l'épaule droite sur son lieu de travail le 9 mars 2021, qu'une fracture proximale de l'humérus droit a été diagnostiquée et qu'elle a subi une intervention pour pose d'une prothèse à l'épaule droite le 12 mars 2021. Un syndrome anxio-dépressif réactionnel a, en outre, été diagnostiqué dans les suites de l'accident. L'état de Mme A épouse B a fait l'objet de plusieurs expertises médicales, à la fois sur le plan physique et sur le plan psychique. En particulier, le 4 août 2023, l'expertise réalisée par un médecin rhumatologue a conclu à une incapacité permanente partielle sur le plan orthopédique de 20 %, à l'absence d'état antérieur à l'accident et à une consolidation au 16 avril 2023. Le 22 mai 2024, l'expertise rendue par un médecin psychiatre a conclu à une incapacité permanente partielle sur le plan psychique de 5 %, à l'absence d'état antérieur à l'accident et à une consolidation au 22 mai 2024. Par ailleurs, Mme A épouse B a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 9 mars 2021 au 29 avril 2022 et du 19 juillet 2022 au 22 mai 2024, ayant bénéficié de mai à juillet 2022 d'un temps partiel pour raison thérapeutique.

5. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des éléments dont Mme A épouse B dispose déjà et dont elle ne critique d'ailleurs pas le bien fondé, il apparaît inutile de diligenter une expertise aux fins de déterminer les déficits fonctionnels temporaire et définitif ainsi que la date de consolidation de l'état de santé de la requérante. En revanche, il y a lieu d'ordonner une expertise aux fins d'évaluer les préjudices, tant temporaires que permanents, constitués, le cas échéant, des souffrances endurées, du préjudice esthétique et du préjudice d'agrément ayant résulté pour Mme A épouse B de l'accident de service dont elle a été victime le 9 mars 2021.

6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport, ni ne fait obligation au juge de l'ordonner. Il appartiendra à l'expert, s'il l'estime utile et si cet établissement ne contribue pas à retarder l'achèvement de sa mission, de décider de son utilité, et, le cas échéant, d'y procéder. Il suit de là que les conclusions de Mme A épouse B tendant à ce qu'il soit ordonné à l'expert d'adresser un pré-rapport d'expertise aux parties doivent être rejetées.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse B est fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la première vice-présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, juge des référés, a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions du département des Hauts-de-Seine tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'ordonnance n° 2316534 de la première vice-présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, juge des référés, en date du 17 octobre 2024 est annulée.

Article 2 : M. E D, demeurant à la Clinique des Franciscaines, 7 bis avenue de la porte de Buc à Versailles (78), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer les documents médicaux utiles à sa mission, examiner Mme A épouse B et décrire son état actuel ;

2°) déterminer les préjudices, tant temporaires que permanents, constitués, le cas échéant, des souffrances endurées, du préjudice esthétique et du préjudice d'agrément ayant résulté pour Mme A épouse B de l'accident de service dont elle a été victime le 9 mars 2021.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le juge.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente de la cour administrative d'appel.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de Mme A épouse B, du département des Hauts-de-Seine et de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.

Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe par voie électronique dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert au demandeur et aux personnes intéressées mentionnées à l'article 5 de la présente ordonnance. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par le demandeur et les personnes intéressées.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle la présidente de la cour liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A épouse B, au département des Hauts-de-Seine, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine et à M. E D, expert.

Fait à Versailles le 3 mars 2025.

La présidente de la 5ème chambre,

Juge des référés

Corinne SIGNERIN-ICRE

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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