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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE02970

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02970

jeudi 13 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02970
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A épouse C a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Par un jugement n° 2301694 du 17 octobre 2024, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024, Mme A épouse C, représentée par Me Ben Ammar, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions contestées ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est entrée régulièrement en France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A épouse C, ressortissante cambodgienne née le 7 juillet 1986, entrée en France le 29 décembre 2018 selon ses déclarations, a présenté le 19 décembre 2022 une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Par l'arrêté contesté du 7 avril 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme A épouse C relève appel du jugement du 17 octobre 2024 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Mme A épouse C soutient qu'elle est entrée régulièrement en France en voiture le 29 décembre 2018, accompagnée de son époux ressortissant français. Toutefois, si la requérante produit son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 22 décembre 2018 au 17 janvier 2019 délivré le 12 décembre 2018 par les autorités allemandes en poste à Phnom, et établit être entrée en Allemagne le 29 décembre 2018, elle ne justifie pas de la date de son entrée en France. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. Il ressort de pièces du dossier que Mme A épouse C, qui n'établit pas la réalité de son entrée régulière en France, s'y est maintenue irrégulièrement sans être titulaire d'un titre de séjour. Si elle s'est mariée le 2 juillet 2022 à Montlivault (Loir-et-Cher) avec un ressortissant français, elle ne justifie pas de sa communauté de vie avec son époux et ce mariage célébré depuis moins d'un an était en tout état de cause récent à la date de la décision contestée. Par ailleurs, elle n'est pas dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident ses deux filles mineures nées en 2013 et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Par ailleurs, elle ne justifie pas de son insertion professionnelle par la production d'une simple promesse d'embauche du 1er septembre 2023 pour un poste d'employée polyvalente dans la restauration, ni qu'elle ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine d'une prise en charge médicale adaptée de son hypothyroïdie, contrairement à l'avis émis le 24 octobre 2023 par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Dans ces conditions, en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de Mme A épouse C ne répondait pas à des considérations humanitaires, ni ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, le préfet du Loir-et-Cher, qui a procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressée, n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

8. Mme A épouse C fait valoir qu'elle souffre d'une pathologie chronique due à une hypothyroïdie. Toutefois, en produisant une prescription du 7 octobre 2024 de levothyrox 137 mg pour douze mois, elle n'établit pas que, contrairement à l'avis émis par le collège de médecins le 24 octobre 2023, elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine. Elle n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile feraient obstacle à son éloignement.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Dans les conditions rappelées au point 6 de la présente ordonnance, en faisant obligation à Mme A épouse C de quitter le territoire français, le préfet du Loir-et-Cher n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En dernier lieu, si Mme A épouse C entend invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne fixe pas par elle-même le pays de renvoi. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait exposée à un risque de traitements inhumains ou dégradants à raison d'un défaut de prise en charge médicale.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A épouse C est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A épouse C.

Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher.

Fait à Versailles, le 13 février 2025.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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