mardi 20 mai 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE03162 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.
Par un jugement n° 2406022 du 4 novembre 2024, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024 sous le n° 24VE03162, M. A, représentée par Me Boiardi, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les premiers juges ont commis une erreur dans l'appréciation des faits en considérant qu'il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;
- les décisions de refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans leur application ;
- la mesure d'éloignement est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant son pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Bruno-Salel, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (). "
2. M. A, ressortissant nigérian né le 28 septembre 1983 à Lagos, déclare être entré en France le 24 octobre 2015 de manière irrégulière. Il a formé, le 5 février 2016, une première demande d'admission au séjour en raison de son état de santé qui a été rejetée par un arrêté du préfet de l'Eure du 25 janvier 2018, notifié le 2 février suivant et confirmé par un jugement du tribunal administratif de Rouen n° 1801523 du 31 juillet 2018 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai n° 18DA01655 du 2 mars 2019 devenus définitifs. Cet arrêté était assorti d'une mesure d'éloignement que M. A n'a pas exécutée. Le 3 août 2023, il a sollicité à nouveau son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 14 septembre 2023, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de son renvoi. M. A relève appel du jugement du 4 novembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A ne peut par suite utilement se prévaloir de l'erreur dans l'appréciation des faits dont les premiers juges auraient entaché leur décision en considérant qu'il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
Sur la légalité des décisions contestées :
4. En premier lieu, M. A reprend en appel les moyens, déjà soulevés en première instance, tirés de ce que les décisions de refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, de ce que la mesure d'éloignement est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de ce que la décision fixant le pays de son renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement. Cependant, le requérant ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait nouveau, ni critique du jugement, de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens pour les motifs retenus à bon droit par les premiers juges, qu'il convient d'adopter.
5. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour vise ou mentionne le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment son article L. 425-9, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de M. A, sa situation sociale et familiale en France, ses attaches dans son pays d'origine, l'avis du collège des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) émis le 13 septembre 2023, ainsi que, dans le respect du secret médical, les motifs qui le conduisent à rejeter sa demande. Le préfet n'était à cet égard pas tenu de citer tous les textes relatifs à la procédure d'émission de l'avis du collège des médecins de l'OFII, ni tous les éléments d'appréciation, soit produits au dossier par le demandeur lui-même soit publiquement accessibles, notamment sur l'existence de traitements appropriés dans le pays d'origine, sur lequel il s'est fondé pour prendre sa décision. Le refus de séjour comporte ainsi les motifs de droit et de fait qui le fondent et ont permis au requérant de le comprendre et, d'ailleurs, de le contester utilement. Il est donc suffisamment motivé au regard des prescriptions posées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui est adossée et qui vise le 3° de l'article L. 611 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est, par suite, elle-même suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 613-1 de ce même code.
6. A supposer le moyen soulevé, il ne ressort pas de sa motivation ni d'aucune pièce du dossier que le préfet des Yvelines se serait cru en situation de compétence liée par rapport à l'avis du collège des médecins de l'OFII, qu'il a repris à son compte, pour prendre la décision de refus de titre de séjour contestée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
8. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet des Yvelines s'est notamment fondé sur l'avis émis le 13 septembre 2023 par le collège de médecins du service médical de l'OFII, selon lequel si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des certificats médicaux et ordonnances produites que M. A souffre d'un diabète de type 2 et d'une hypertension artérielle sévère pour laquelle il bénéficie depuis 2015 d'une prise en charge médicale spécialisée au sein de la polyclinique Baudelaire de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, avec un traitement par quadrithérapie et des examens de contrôle réguliers, ainsi que d'un syndrome anxio-dépressif diagnostiqué en juillet 2021 qui nécessite un traitement médicamenteux et un suivi psychiatrique. Toutefois, si le certificat établi le 7 juillet 2023 par un médecin de l'hôpital Saint-Antoine mentionne que les deux pathologies chroniques somatiques ont pour évolution habituelle une aggravation progressive avec la nécessité de renforcer le suivi spécialisé, sans par ailleurs évoquer de risque particulier s'agissant du syndrome anxio-dépressif, et si celui établi le 10 juillet 2023 par un psychiatre du centre médico-psychologique associatif Françoise Minkowska indique constater une aggravation du syndrome anxio-dépressif qui pourrait devenir chronique, affirme que la psychothérapie de l'intéressé ne peut être assurée que dans ce seul centre et qu'un retour dans son pays aurait des conséquences extrêmement graves pour son état de santé, ils ne sont pas suffisants, compte-tenu de leurs termes et de leur caractère trop général, pour remettre en cause sérieusement l'avis du collège des médecins de l'OFII sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'aurait l'absence de prise en charge sur la santé de M. A. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si un traitement approprié serait disponible dans son pays d'origine, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation commise dans l'application de ces dispositions doivent être écartés.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule: " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. A supposer même que M. A réside habituellement sur le territoire français depuis le 24 octobre 2015 comme il le déclare, il y est entré et s'y maintient irrégulièrement en dépit d'une mesure d'éloignement du préfet de l'Eure en date du 25 janvier 2018, qu'il n'a pas exécutée. Il n'établit pas qu'il vit maritalement en France depuis cinq ans avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour et n'y justifie d'aucune attache personnelle et familiale régulière, stable et intense, alors qu'il n'établit pas en être dépourvu dans son pays d'origine où résident ses trois enfants mineurs et où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Il ne fait par ailleurs valoir aucune insertion particulière en France, notamment professionnelle. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 8 de la présente ordonnance, si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, il ne contrebat pas sérieusement l'avis des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de celle-ci n'est pas susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels les décisions de refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français contestées ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet des Yvelines n'a pas non plus entaché ces décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation de M. A.
11. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 8 de la présente ordonnance, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire y compris celles présentées au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 20 mai 2025.
La magistrate désignée,
C. Bruno-Salel
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026