mardi 29 avril 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE03193 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler, d'une part, l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois, d'autre part, l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné sa remise aux autorités italiennes, a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois.
Par un jugement n° 2415898 du 29 novembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Raad, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler les arrêtés du 3 juillet 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport et de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil et les articles L. 621-1 et L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle doit faire l'objet d'une réadmission en Italie ;
- elle méconnaît les articles 5 et 6 de l'accord franco-italien de réadmission du 3 octobre 1997 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet ne pouvait lui opposer un refus d'admission au séjour, en application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, fixation du pays de renvoi, rétention de son passeport et assignation à résidence sont illégales par exception d'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et pour les mêmes moyens que ceux soulevés à l'encontre de cette décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 11 juin 1980, titulaire d'une carte de résident de longue durée UE délivrée par les autorités italiennes le 15 août 2017, est entrée en France en juin 2018, selon ses déclarations. Par un jugement du 19 mars 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé les arrêtés du 16 février 2024 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine avait ordonné sa remise aux autorités italiennes et l'avait assignée à résidence au motif qu'il n'était pas établi que les autorités italiennes aient été préalablement saisies d'une demande de réadmission et a enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Par les arrêtés contestés du 3 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et d'autre part, l'a assigné à résidence. Mme A B relève appel du jugement du 29 novembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. " Le tribunal, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par la requérante, a exposé les motifs pour lesquels il a écarté les moyens de la demande. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation du jugement manque en fait.
Sur la légalité des décisions contestées :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
5. L'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1, et mentionne que Mme A B est entrée irrégulièrement en France le 13 janvier 2018, qu'elle a été condamnée le 3 avril 2023 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 12 janvier 2023, qu'elle est divorcée d'un ressortissant tunisien, qu'un enfant est né de leur union, qu'elle ne fournit aucune preuve probante d'une insertion professionnelle et ne peut invoquer la protection contre l'éloignement prévue par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Quel que soit le bien-fondé de ces motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français est, ainsi, suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, Mme A B ne se prévaut pas utilement des dispositions de l'article 6 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour, des articles L. 621-1 et L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 5 et 6 de l'accord franco-italien de réadmission du 3 octobre 1997, dès lors qu'ainsi que l'a rappelé le tribunal au point 8 du jugement attaqué, le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat n'étant pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'ayant pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre, le préfet a pu légalement faire obligation à Mme A B de quitter le territoire français, alors même qu'elle serait réadmissible en Italie. La requérante ne soutient pas plus utilement que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'établit ni même n'allègue avoir présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions. Est encore inopérant le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait lui opposer un refus d'admission au séjour pour un motif d'ordre public, en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la requérante n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et que le préfet ne lui a pas opposé ces dispositions.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B est entrée régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident de longue durée-UE, délivrée par les autorités italiennes le 15 août 2017. Toutefois, ce titre de séjour ne l'autorisait pas à résider en France plus de trois mois, dès lors qu'elle ne justifie pas remplir les conditions prévues par la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 pour acquérir le droit de séjourner en France pour une période dépassant trois mois. En outre, il est constant qu'elle a été condamnée le 3 avril 2023 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint. Par ailleurs, Mme A B, mère d'un enfant de nationalité tunisienne né de son union avec un ressortissant tunisien dont elle est divorcée, n'établit pas que le père de son enfant réside régulièrement en France, ni que les liens familiaux ne pourraient se poursuivre hors de France. La circonstance qu'elle ait obtenu une audience devant le juge des affaires familiales le 28 novembre 2024 pour fixer les modalités des droits de visite et d'hébergement du père de l'enfant, au demeurant postérieure à l'arrêté contesté, est à cet égard sans incidence. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment des avis d'imposition de la requérante au titre des années 2021, 2022 et 2023, et des contrats de travail non assortis de bulletin de salaire qu'elle produit, que Mme A B ne disposait pas d'une situation professionnelle stable, ni de revenus suffisants, à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation personnelle.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
10. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision faisant obligation de quitter le territoire français en litige aurait pour effet de séparer l'enfant de Mme A B de l'un de ses deux parents, ni de l'empêcher de poursuivre sa scolarité, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. En dernier lieu, dès lors qu'il n'est pas établi que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français durant un an, rétention de son passeport et assignation à résidence sont entachées d'illégalité par exception d'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. En se bornant à soutenir que ces décisions doivent être annulées " pour les mêmes moyens " que ceux soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme A B n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A B est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Versailles, le 29 avril 2025.
La magistrate désignée,
O. Dorion
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026