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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-25VE00456

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE00456

mardi 22 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE00456
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Par un jugement n° 2407369 du 14 janvier 2025, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 février 2025, M. B, représenté par Me Pierrot, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour,

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet se serait cru, à tort, lié par l'avis du 12 février 2024 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie sa présence habituelle en France depuis plus de dix années ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français,

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant égyptien né le 5 décembre 1981, entré en France selon ses déclarations en janvier 2009, a présenté le 27 novembre 2023 une demande de délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 19 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B relève appel du jugement du 14 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour, du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. B et de ce que le préfet se serait cru lié par l'avis du 12 février 2024 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) peuvent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 3 et 4 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ().

5. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour pour motif médical, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'avis émis le 12 février 2024 par le collège de médecins du service médical de l'OFII, selon lequel, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une cardiopathie ischémique tritronculaire et d'un syndrome coronaire aigu, qu'il a présenté le 26 septembre 2022 un infarctus inférieur et qu'il prend un traitement médicamenteux composé d'aspirine, d'un hypolipidémiant de la famille des statines, d'un bêtabloquant et d'un antihypertenseur. Si M. B produit notamment une " attestation officielle " du 6 janvier 2025 d'un médecin des hôpitaux de Tanta, affirmant que les spécialités " tahor, iatorvastatine, bisoce, cardensiel et ramipril ne sont ni fabriqués, ni importés en Egypte ", il ne ressort pas des pièces du dossier que les médicaments courants administrés à M. B ne sont pas disponibles en Egypte sous une autre forme. Il ne ressort pas davantage du certificat médical peu circonstancié du 14 mai 2024 émanant d'un cardiologue de l'hôpital Lariboisière selon lequel " il n'est pas certain que ses médicaments soient disponibles dans son pays d'origine "", ni des articles de presse à caractère général relatifs au système de santé et au coût des médicaments en Egypte, ni des divers courriels de laboratoires français indiquant qu'ils ne commercialisent pas certaines spécialités pharmaceutiques en Egypte, que, contrairement à l'avis du collège de médecins de l'OFII, le requérant ne pourrait pas bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Il ressort des pièces du dossier qu'entré en France en 2009, M. B s'y est maintenu irrégulièrement en dépit d'une précédente mesure d'éloignement du 10 octobre 2017, à laquelle il n'a pas déféré. S'il déclare vivre en concubinage avec une ressortissante égyptienne titulaire d'une carte de résident, il ne produit aucune pièce à l'appui de cette allégation. Il ressort d'ailleurs de l'acte de naissance de l'enfant né le 12 juillet 2024 de cette relation que les deux parents vivent séparément. La naissance de cet enfant est postérieure à l'arrêté contesté et par suite sans incidence sur sa légalité. M. B ne se prévaut d'aucune autre attache en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses deux enfants majeurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Par ailleurs, si l'intéressé produit un contrat de travail à durée indéterminée en date du 6 janvier 2020 et des bulletins de paie de janvier à août 2020, correspondant à un emploi de plombier à temps plein, et des bulletins de paie de février à juin 2021, correspondant à un emploi d'ouvrier qualifié à temps plein, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne. Il est bénéficiaire de l'aide médicale de l'Etat et est hébergé chez un tiers. En outre, ainsi qu'il a été dit, il n'est pas établi pas qu'il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; () ".

9. M. B, qui n'a pas présenté sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne soutient pas utilement que le préfet des Hauts-de-Seine aurait dû consulter la commission du titre de séjour du fait de sa présence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté. Ainsi qu'il a été dit au point 5 de la présente ordonnance, il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le vice de procédure tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les moyens d'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour peuvent être écartés par adoption des motifs exposés aux points 13 à 15 jugement attaqué.

11. En second lieu, dans les circonstances rappelées aux points précédents, en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 22 avril 2025.

La magistrate désignée,

O. Dorion

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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