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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-25VE00558

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE00558

mardi 17 juin 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE00558
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Par un jugement n° 2306453 du 4 décembre 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 21 février 2025, Mme A, représentée par Me Magne, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article 39 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'un défaut de motivation ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L.611-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle aurait dû bénéficier d'un délai de départ supérieur à trente jours en application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 5 octobre 1955, entrée en France le 28 septembre 2015 munie d'un visa court séjour, a présenté le 16 juin 2022 une demande de délivrance d'un titre de séjour pour motif médical. Par l'arrêté contesté du 30 janvier 2023, le préfet l'Essonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A relève appel du jugement du 4 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

4. L'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reproduit les dispositions de l'article L. 425-9, et mentionne les éléments de fait propres à la situation personnelle de Mme C, notamment le sens de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 5 décembre 2022, dont il s'approprie les motifs. L'arrêté en litige précise, en outre, que l'intéressée est entrée en France le 28 septembre 2015 à l'âge de soixante ans avec un visa de court séjour valable vingt-huit jours et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son frère et sa fille majeure. L'arrêté contesté comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait dès lors aux exigences de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de ces motifs que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme A.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

6. Pour refuser de délivrer à Mme B A un titre de séjour pour motif médical, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'avis émis le 5 décembre 2022 par le collège de médecins du service médical de l'OFII, selon lequel, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'hypertension artérielle, affection pour laquelle elle bénéficie d'un suivi. Si l'intéressée produit une ordonnance médicale du 4 septembre 2023 dont il ressort que lui sont prescrit cinq nouveaux médicaments et des soins hebdomadaires, cette circonstance est postérieure à l'arrêté contesté et par suite sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie à la date à laquelle il a été pris. Il en est de même des circonstances qu'elle a été reconnue travailleur handicapé, qu'elle est âgée de soixante-huit ans et qu'elle a établi un lien de confiance avec des membres du personnel soignant. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la documentation à caractère général sur le système de santé congolais produite par l'intéressée, que, contrairement à l'avis du collège de médecins de l'OFII, elle pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ".

8. Dès lors que la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité, le préfet de l'Essonne a pu légalement faire obligation à Mme A de quitter le territoire français en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis 2015, qu'elle y a des amis et qu'elle a créé un lien de confiance avec des membres du personnel soignant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue irrégulièrement en France au-delà de la durée de validité de son visa, qu'elle n'a pas d'attaches en France et qu'elle n'en est pas dépourvue à l'étranger, notamment dans son pays d'origine, où réside son frère. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

12. Dans les circonstances de fait rappelées aux points précédents, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait fait état de circonstances particulières propres à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article 39 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 17 juin 2025.

La magistrate désignée,

O. Dorion

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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