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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-25VE01363

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE01363

mardi 16 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE01363
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantMORIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2402952 du 13 septembre 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2025, M. B, représenté par Me Morin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder sans délai à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi l'expose à un risque de traitements inhumains et dégradants en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2025, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant bangladais né le 2 mai 1989, entré en France le 19 juin 2019 selon ses déclarations, a présenté le 3 juillet 2023 une demande de titre de séjour pour motif médical. Par l'arrêté contesté du 11 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 13 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'avis émis le 25 septembre 2023 par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), selon lequel l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. B fait valoir qu'il souffre d'un syndrome de stress post-traumatique et de symptômes dépressifs, et bénéficie pour la prise en charge de ces pathologies d'un suivi psychiatrique ainsi que d'un traitement médicamenteux. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le défaut de cette prise en charge serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, si le requérant fait valoir que son état de santé actuel résulte de traumatismes vécus dans son pays d'origine et que sa prise en charge médicale en France a permis une amélioration de son état, lequel risque de se dégrader en cas de retour au Bangladesh, le préfet des Hauts-de-Seine n'avait cependant pas à prendre en compte des facteurs étrangers aux critères énoncés par les dispositions de l'article L. 425-9 du code précité, tels que les éventuels traumatismes subis par l'intéressé dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.

5. En deuxième lieu, le requérant ne fait état d'aucun élément permettant d'apprécier les liens de nature privée ou familiale qu'il entretiendrait en France et son insertion professionnelle, et n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. En outre, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il n'établit pas que son état de santé nécessiterait un suivi médical dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B.

6. En troisième lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

8. En se bornant à faire valoir qu'il souffre d'un syndrome de stress post-traumatique, lequel trouverait sa source dans des évènements vécus au Bangladesh, nécessitant un suivi médical depuis plusieurs années et dont il sera privé en cas de retour dans son pays d'origine, M. B n'établit pas qu'il y serait exposé à un risque de traitements inhumains ou dégradants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, son état de santé ne nécessite pas de prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ses demandes d'asile et de réexamen ont d'ailleurs été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 septembre 2020 et du 24 février 2022, confirmées le 13 juillet 2021 et le 30 septembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour, d'éloignement, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, n'est pas établie. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé par la voie de l'exception à l'appui de la demande d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. L'arrêté contesté vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, ainsi que ses liens personnels et familiaux. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français répond, ainsi, aux exigences de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette motivation atteste de ce que le préfet a pris en compte les critères prévus par la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

12. En dernier lieu, dans les circonstances de fait rappelées aux points précédents, alors que le requérant ne se prévaut d'aucune attache particulière en France et qu'il ressort des termes non-contestés de l'arrêté en litige que l'intéressé a déclaré être marié et père d'un enfant mineur résidant au Bangladesh, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, et en fixant la durée de cette interdiction à un an, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 16 septembre 2025.

La magistrate désignée,

O. Dorion

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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