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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1800219

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1800219

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1800219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBROC RENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2018, M. F C, représenté par Me Broc, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2017 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de modifier le plan de prévention des risques d'incendies de forêt de la commune de Pégomas en tant qu'il classe en zone rouge les parcelles cadastrées sur la section I n° 917, 919, 922, 924, 926 et 929 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à cette modification sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 562-4-1 II du code de l'environnement dès lors qu'elle se borne à indiquer que la modification envisagée est susceptible de porter une atteinte à l'économie générale du plan ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés les 23 mai, 10 septembre et 19 décembre 2019, M. H C, Mme E C et Mme G C déclarent reprendre l'instance engagée par M. F C décédé le 13 septembre 2018 et demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2017 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de modifier le plan de prévention des risques d'incendies de forêt de la commune de Pégomas en tant qu'il classe en zone rouge les parcelles cadastrées sur la section I n° 917, 919, 922, 924, 926 et 929 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à cette modification sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils reprennent les moyens soulevés par M. C et soutiennent, en outre, que leur requête est recevable.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juillet et 31 octobre 2019, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par Me Redon, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit mis à la charge des héritiers de M. C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en ce que les formalités requises par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été exécutées et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 15 janvier 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, conseillère ;

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C était propriétaire de plusieurs parcelles sur le territoire de la commune de Pegomas qui ont été cédées, à son décès intervenu le 13 septembre 2018, à ses trois enfants. Ces parcelles sont classées en zone rouge par le Plan de Prévention des Risques d'Incendie de Forêt (PPRIF) de la commune de Pégomas, approuvé le 28 décembre 2001. Après avoir fait réaliser, en 2017, une expertise afin d'évaluer les risques identifiés par le PPRIF sur sa propriété, M. C a demandé, par un courrier du 12 septembre 2017, au préfet des Alpes-Maritimes la modification du PPRIF afin de reclasser les parcelles cadastrées section I, n° 917, 919, 924, 926 et 929 de sa propriété en zone bleue. Par une décision du 15 novembre 2017, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande. M. C, dont l'instance a été reprise par ses héritiers, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2017-266 du 22 février 2017 publié le même jour au recueil spécial n° 36.2017 des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. A B, directeur départemental des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes, a reçu délégation du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les documents, avis et correspondances diverses relatifs à la prévention des risques naturels avec les administrés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B pour signer la décision attaquée manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du II de l'article L. 562-4-1 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles peut également être modifié. La procédure de modification est utilisée à condition que la modification envisagée ne porte pas atteinte à l'économie générale du plan ou à condition que la modification envisagée consiste à abroger les dispositions relatives au recul du trait de côte de ce plan dans une ou plusieurs communes à la suite de l'entrée en vigueur d'un document d'urbanisme intégrant les dispositions relatives au recul du trait de côte en application du paragraphe 3 de la sous-section 3 de la section 1 du chapitre Ier du titre II du livre Ier du code de l'urbanisme. Le dernier alinéa de l'article L. 562-3 du présent code n'est pas applicable à la modification. Aux lieu et place de l'enquête publique, le projet de modification et l'exposé de ses motifs sont portés à la connaissance du public en vue de permettre à ce dernier de formuler des observations pendant le délai d'un mois précédant l'approbation par le préfet de la modification. ".

4. Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut décider de modifier un Plan de Prévention des Risques d'Incendie de Forêt lorsque la modification envisagée ne porte pas atteinte à l'économie générale de ce plan, il ne s'agit toutefois que d'une simple faculté et non d'une obligation. Par suite, en refusant de répondre favorablement à la demande de reclassement en zone bleue du plan de prévention des risques d'incendie de forêt au motif qu'elle implique la réalisation d'un nouveau calcul de l'aléa, susceptible d'impacter les quartiers voisins et donc de porter atteinte à l'économie générale du plan, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions du II de l'article L. 562-4-1 du code de l'environnement précitées. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.- L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs () ".

6. Il ressort du rapport de présentation du PPRIF que le risque de feu de forêt sur la commune Pégomas est déterminé selon la combinaison de deux éléments : la recherche historique des évènements survenus dans le passé, leurs effets et leurs éventuels traitements, d'une part, et la détermination d'un indice de risque, d'autre part. S'agissant de la recherche historique, ce rapport relève notamment que, depuis 1929, les incendies recensés ont détruit une surface environ huit fois plus élevée que la moyenne départementale pour la même période. S'agissant de la détermination d'un indice de risque, celui-ci est calculé pour chaque parcelle d'un hectare, en prenant en compte les facteurs les plus influents sur les conditions de propagation des incendies et sur les difficultés de lutte, ainsi que la position de chaque parcelle dans le massif forestier en fonction du vent dominant le plus menaçant. Ces facteurs sont la combustibilité de la végétation, l'évaluation de la biomasse, la pente du terrain, la position de la parcelle dans le versant, l'exposition, le type d'habitat et la présence ou non d'issues de secours. Ce rapport précise ensuite que le zonage est élaboré en application de ces deux éléments et de l'interprétation de l'indice de risque qui s'apprécie à partir de différents facteurs : la présence et la localisation des poteaux d'incendie, la présence et la localisation des routes revêtues à double issues elles-mêmes revêtues, les programmes de gestion agricole des espaces naturels ainsi que les secteurs construits et les secteurs à enjeux d'urbanisation.

7. La zone R est définie comme une zone très exposée à des risques d'incendie et dans laquelle ces phénomènes peuvent atteindre une grande ampleur au regard des conditions actuelles d'occupation de l'espace et des contraintes de lutte.

8. Dans un premier temps, les requérant relèvent, en se prévalant du rapport d'expertise, que le PPRIF a été établi en 2001, soit depuis plus de quinze ans, et n'a jamais été modifié depuis lors. Ils soutiennent ensuite que les conditions d'occupation ont évolué et sont de nature à justifier un reclassement des parcelles en litige en zone bleue dès lors qu'elles sont désormais desservies par une voie en revêtement béton d'une largeur de 5 mètres, d'une pente inférieure à 15 % et disposant de rayons d'une courbure supérieure à 9 mètres. Il ressort toutefois des pièces du dossier, comme l'a indiqué le préfet dans la décision attaquée, que la propriété des requérants jouxte un massif forestier composé d'essences très inflammables et est couverte d'une végétation arborée à même de faciliter le parcours de feu. Si une voie a effectivement été créée par des particuliers, celle-ci n'est pas assortie d'un débroussaillement de part et d'autre à la différence de la zone d'un PPRIF d'une autre commune dont les requérants se prévalent de sorte que les situations ne sont pas comparables.

9. Dans un deuxième temps, les requérants soutiennent que le préfet a, à tort, considéré que les parcelles en litige restent en contact avec des masses combustibles en parties nord et ouest où il n'y a ni accès ni possibilité de manœuvre pour les services de secours dès lors, d'une part, que la parcelle en contact avec ces masses est la parcelle cadastrée section I n° 48 dont le classement en zone bleue n'est pas demandé et, d'autre part, qu'il existe également un accès au nord de la propriété. Si les requérants n'ont pas sollicité le reclassement de la parcelle cadastrée section I n° 48 située à proximité immédiate du massif forestier, ils n'établissent pas pour autant, au regard notamment de la végétation dont est recouverte la propriété, qu'après avoir atteint cette parcelle et en dépit de la prise en compte de la ligne de crête et du vent, que le feu ne peut se propager sur l'ensemble de la propriété de sorte que l'aléa demeure, nonobstant l'absence de feu constaté sur cette partie du territoire. S'agissant de la voie d'accès située au nord du massif, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des photos aériennes et topographiques qu'elle dessert la propriété du requérant.

10. Dans un troisième temps, les requérants se prévalent de ce que les parcelles en litige sont désormais desservies par le réseau d'hydrants dès lors qu'il a été construit une réserve d'eau de 120m3 à proximité immédiate de leur propriété. Toutefois, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir d'une telle circonstance dès lors que le plan de prévention des risques imposait la mise en place d'un point d'eau normalisé dans le quartier des Périssols de façon à ce qu'aucun bâtiment ne soit situé à une distance supérieure à 150 m d'un point d'eau et que cette circonstance est indépendante du classement des parcelles en zone rouge.

11. Au regard de ces éléments, le préfet n'a pas, par suite, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant, pour refuser le reclassement en zone bleue des parcelles en litige, que la réalisation d'une voie d'accès et d'un point d'eau ne préjugeait aucunement de l'évolution de l'aléa sur ces parcelles et de leur défendabilité, celles-ci restant en contact avec des masses combustibles en partie nord et en partie ouest, où il n'y a ni accès ni possibilité de manœuvre pour les services de secours.

12. Enfin, les requérants soutiennent que l'ensemble de la zone est urbanisé en continuité. Toutefois il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation du plan local d'urbanisme approuvé le 11 mars 2019, que le quartier des Périssols dans lequel se situe la propriété des requérants est signalé et cartographié comme zone d'habitat diffus de type pavillonnaire. Si ce document reconnaît que " les constructions ont progressivement grignoté les espaces naturels ", il ajoute toutefois que " l'aspect végétal reste omniprésent ". Ce constat est corroboré par les photographies aériennes produites par les requérants. Par suite, le préfet n'a pas, là encore, commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que les parcelles en litige se situaient à l'interface d'espaces urbanisés et de zones naturelles particulièrement vulnérables à des incendies et que leur classement en zone rouge participait à la maîtrise de l'urbanisation en limitant le phénomène de mitage.

13. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de reclasser les parcelles en litige en zone bleue.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 15 novembre 2017.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des héritiers de M. C une somme 1 000 euros au titre des frais exposés par l'Etat en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mmes C est rejetée.

Article 2 : M. et Mmes C verseront à l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. H C, Mme E C et Mme G C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à Monsieur le préfet des Alpes-maritimes.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assisté de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. CHEVALIER

Le président,

signé

O. EMMANUELLI La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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