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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1900383

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1900383

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1900383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPALOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 24 janvier 2019, 27 octobre et 18 décembre 2020 sous le numéro 1900383, la société par actions simplifiée Bayen Promotion, prise en la personne de son représentant légal en exercice, représentée par Me Férignac, demande au tribunal :

- d'annuler la décision implicite (née le 28 novembre 2018) par laquelle le maire de la commune de Cannes a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de permis de construire tacite ;

- d'enjoindre au maire de la commune de Cannes de délivrer le certificat demandé, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

- et de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ainsi que d'une erreur de droit sur le fondement de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme.

Par mémoires en défense, enregistrés les 17 août et 28 novembre 2020 et 24 janvier 2021, la commune de Cannes, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Paloux, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et que le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas fondé.

Par ordonnance en date du 15 février 2021, la clôture de l'instruction a été fixée à cette même date.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mars 2023 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Rives, pour la société requérante, et de Me Paloux, pour la commune de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (ci-après, " SAS ") Bayen Promotion a déposé le 29 avril 2015 auprès de la commune de Cannes une demande de permis de construire n°PC06029 15 0035 pour la construction d'une villa individuelle avec piscine en toiture et parking enterré, d'une surface de plancher de 700,90 m2, sur un terrain sis 9 avenue Cézanne à Cannes. Par courrier en date du 21 septembre 2018 adressé à la commune de Cannes, ladite société a sollicité un certificat de permis de construire tacite. Cette demande a été implicitement rejetée par la commune. La SAS Bayen Promotion demande au tribunal, d'une part, d'annuler cette décision de rejet et, d'autre part, d'enjoindre sous astreinte au maire de la commune de Cannes de lui délivrer le certificat demandé.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'un permis de construire tacite accordé à la société requérante :

2. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " () Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 431-4 de ce code : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". L'article R. 423-24 du même code prévoit les cas dans lequels le délai d'instruction de droit commun est majoré d'un mois. Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, () : / () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".

3. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations (). / Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. L'autorité compétente ne peut, à l'expiration du délai de validité du sursis ordonné, opposer à une même demande d'autorisation un nouveau sursis fondé sur le même motif que le sursis initial. Si des motifs différents rendent possible l'intervention d'une décision de sursis à statuer par application d'une disposition législative autre que celle qui a servi de fondement au sursis initial, la durée totale des sursis ordonnés ne peut en aucun cas excéder trois ans. A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée. () ".

4. En l'espèce, et d'une part, la société requérante soutient qu'elle est titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 19 décembre 2015. Si cette date n'est en soi pas contestée en défense, la commune de Cannes soutient en revanche qu'aucun permis tacite ne saurait être intervenu dès lors qu'une décision, prise sur confirmation de demande de permis de construire par la société reuqrénante sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, est intervenue le 7 mars 2018 et a rejeté la demande de permis de construire formée par ladite société. Toutefois, cette procédure n'a lieu de s'appliquer que si un sursis à statuer a été valablement opposé la demande de permis de construire. Or il est constant que, par jugement en date du 31 mai 2018 n°1602649, le tribunal de céans a annulé l'arrêté en date du 16 décembre 2015, notifié le 22 décembre suivant, par lequel le maire de la commune de Cannes a sursis à statuer pour une durée de deux ans sur la demande de permis de construire présentée par la SAS Bayen Promotion et a ainsi retiré implicitement le permis de construire obtenu tacitement le 19 décembre 2015. Par suite, et en application du principe selon lequel lorsqu'une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation, les décisions de sursis à statuer et de retrait susmentionnées ont disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique et le permis tacite a été rétabli. Il n'y avait dès lors pas lieu, pour la société requérante, qui était titulaire du permis tacite depuis le 19 décembre 2015, de confirmer sa demande de permis en vertu de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. La décision du 7 mars 2018 rejetant cette demande ne pouvait en tout état de cause s'analyser comme une décision de retrait du permis tacitement accordé, dès lors que l'annulation de la précédente décision de retrait ne pouvait avoir pour effet d'ouvrir un nouveau délai de quatre mois pour retirer le permis tacite, alors même que celui-ci comporterait des irrégularités pouvant en justifier légalement le retrait. La décision du 7 mars 2018 présentait, dans ces conditions, un caractère superfétatoire et était ainsi dépourvue d'effet sur l'ordonnancement juridique.

5. D'autre part, si la circonstance que la décision de sursis à statuer susmentionnée prise le 16 décembre 2015 sur la demande initiale de permis de construire déposée par la société requérante a été annulée par le jugement du tribunal de céans du 31 mai 2018 susmentionné est par elle-même sans influence sur la légalité du refus opposé par la même autorité à la demande confirmative de permis de construire, il en est différemment lorsque, comme en l'espèce, une décision de permis tacite était née antérieurement à la décision de sursis à statuer et a fait l'objet d'une décision de retrait annulée par le tribunal.

En ce qui concerne la légalité de la décision litigiuse portant refus de délivrance d'un certificat de permis de construire tacite :

6. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit () ".

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, par courrier en date du 21 septembre 2018 adressé à la commune de Cannes, la société requérante a sollicité un certificat de permis de construire tacite. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite par le maire de la commune de Cannes, et la commune soutient dans la présente instance que la société requérante n'était pas titulaire d'un tel permis tacite et que sa demande de permis de construire avait en revanche fait l'objet d'un refus explicite par décision du 7 mars 2018. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la société requérante est titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 19 décembre 2015, la " décision " du 7 mars 2018 étant dépourvue d'effet sur l'ordonnancement juridique. Dans ces conditions, le maire de la commune de Cannes ne pouvait refuser de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite, sauf à méconnaitre les dispositions précitées de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est illégale sur ce fondement.

8. Pour l'application de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Cannes de délivrer à la société requérante un certificat de permis de construire tacite, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Une somme de 1 500 euros est mise à la charge de la commune de Cannes, au profit de la société requérante, au titre des dispositions précitées. Il y a en revanche lieu de rejeter les conclusions formées à ce titre par la commune de Cannes.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Cannes a rejeté la demande de délivrance de certificat de permis de construire tacite formée par la société par actions simplifiée Bayen Promotion est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Cannes, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement, de délivrer à la société par actions simplifiée Bayen Promotion un certificat de permis de construire tacite.

Article 3 : La commune de Cannes versera à la société par actions simplifiée Bayen Promotion une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Bayen Promotion et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Le Guennec

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N°1900383

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