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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1901700

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1901700

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1901700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFURIO-FRISCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril 2019 et 17 mars 2020,

M. C A, représenté par Me Furio-Frisch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2019 par lequel la maire de Gattières a, au nom de l'Etat, retiré l'arrêté du 22 novembre 2018 portant permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement de trois lots sur un terrain situé 291 allée des Cyprès à Gattières ;

2°) de lui allouer la somme de 3.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaquée a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration relatives à la procédure contradictoire préalable et, partant, il a été privé d'une garantie ;

- le préfet a engagé la procédure préalable contradictoire alors que l'arrêté attaqué était devenu définitif et, partant, le préfet ne pouvait plus exercer son pouvoir de contrôle de la légalité de l'acte ;

- l'arrêté attaqué est illégal faute d'avoir recueilli l'avis préalable de la maire de Gattières ;

- l'arrêté du 22 novembre 2018 n'était pas illégal dans la mesure où le projet d'aménagement, objet de cet arrêté, est conforme aux obligations imposées par les dispositions des articles UC3 du plan local d'urbanisme de la commune et R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2019, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Gattières qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Furio-Frisch, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement de trois lots sur un terrain situé 291 allée des Cyprès à Gattières. Par un arrêté du 22 novembre 2018, la maire de Gattières, agissant au nom de l'Etat, a fait droit à cette demande. Par sa requête, le requérant demande au tribunal d'annuler l'arrêté du

15 février 2019 par lequel la maire de Gattières a finalement retiré cet arrêté du

22 novembre 2018 portant permis d'aménager.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations () ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas d'absence ou d'empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint dans l'ordre des nominations sans que l'exercice de cette suppléance soit subordonné à une délégation donné à cet effet par le maire. Il appartient alors à l'adjoint de prendre tous les actes municipaux, quels qu'ils soient, dont l'accomplissement, au moment où il s'impose normalement, serait empêché par l'absence du maire.

3. En l'espèce, l'arrêté en litige a été signé, " pour Mme le maire empêchée ", par M. D E, " adjoint suppléant ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la maire de Gattières n'était pas réellement empêchée au moment de sa signature. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'absence de délégation de pouvoir de la maire de Gattières, empêchée, au profit du signataire de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté dans ses différentes branches.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il vise les textes dont il fait application. A cet effet, il indique que le projet ne respecte pas les dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et celles de l'article

R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, pour caractériser l'insuffisance et la dangerosité des conditions de desserte du projet, la commune de Gattières s'est appuyée sur le rapport de constatation de l'agent de surveillance de la voie publique du 4 février 2019 ainsi que sur l'avis du gestionnaire de la voirie communale du 14 février 2019, tous deux visés par la décision attaquée. Si ces deux documents n'étaient pas joints à la décision litigieuse, celle-ci en a toutefois explicité le contenu dans ses cinquième et sixième considérants. Ainsi, le pétitionnaire a été mis à même de comprendre le motif du refus et de le contester utilement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits (). ".

7. Une décision portant retrait d'un permis d'aménager est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de l'autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect de la procédure ainsi prévue par l'article L. 122-1 précité constitue une garantie pour le titulaire du permis d'aménager que l'autorité administrative entend rapporter.

8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes a informé le requérant, par un courrier daté du 4 février 2019, de son intention de retirer le permis d'aménager litigieux. D'une part, ce courrier indique le motif susceptible de fonder cette décision de retrait tiré du caractère insuffisant et dangereux de la voie de desserte du projet. Si, comme le soutient le requérant, ce courrier mentionne les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, lesquelles ne sont pas applicables dans les communes dotées d'un plan local l'urbanisme, cette circonstance n'est pas de nature à vicier la procédure dès lors que le courrier du 4 février 2019 mentionne également les dispositions pertinentes de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme et précise que " l'allée des Cyprès, objet de la desserte du lotissement projeté, est pour partie un chemin rural non carrossable ne présentant ainsi pas les caractéristiques techniques suffisantes nécessaires au projet ".

9. D'autre part, le courrier du préfet des Alpes-Maritimes invitait M. A à produire ses observations écrites avant le 13 février 2019. Le requérant indique qu'il n'a réceptionné ce courrier que le 9 février 2019, et qu'il ne disposait pas, dès lors, d'un délai suffisant pour produire ses observations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été en mesure de produire ses observations non seulement lors de la réunion du

11 février 2019 à la mairie de Gattières, en présence de responsables de la commune et de la métropole, mais également le 13 février 2019 dans le cadre d'une réponse écrite au courrier de la préfecture. Il ne ressort donc pas de ces éléments que le requérant ait ainsi été empêché, compte tenu de la brièveté du délai de réponse, de faire valoir des circonstances de droit et de fait permettant de contester utilement le motif de retrait opposé par le préfet des Alpes-Maritimes.

10. Enfin, le requérant ne peut raisonnablement soutenir que la procédure est viciée compte tenu du fait que la maire de Gattières s'est fondée sur deux documents, à savoir le rapport de constatation de l'agent de surveillance de la voie publique du 4 février 2019 et l'avis du gestionnaire de la voirie communale du 14 février 2019, dont il n'a pas eu connaissance au moment de cette procédure contradictoire. En effet, il ressort, d'une part, des termes mêmes du courrier du 4 février 2019 que le préfet des Alpes-Maritimes y a décrit ce qu'il ressortait précisément du rapport de constatation effectué par l'agent de surveillance de la voie publique, à savoir que " l'allée des Cyprès, objet de la desserte du lotissement projeté, est pour partie un chemin rural non carrossable ne présentant ainsi pas les caractéristiques techniques suffisantes nécessaires au projet ". D'autre part, l'avis du gestionnaire de la voirie communale du 14 février 2019 n'est qu'une analyse technique des observations formulées par le requérant qui n'avait pas vocation à être discutée lors de cette phase contradictoire de la procédure de retrait de l'autorisation d'urbanisme litigieuse.

11. Par suite, il ressort des éléments mentionnés aux points 8 à 10 que M. A n'a pas été privé de la garantie de présenter ses observations sur la mesure de retrait du permis d'aménager envisagée. Ce moyen doit alors être écarté dans ses différentes branches.

12. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme, alors applicables : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : () c) Les travaux, constructions et installations réalisés à l'intérieur des périmètres des opérations d'intérêt national mentionnées à l'article L. 132-1 () ".

13. En l'espèce, compte tenu de la localisation du terrain d'assiette du projet dans le périmètre de l'opération d'intérêt national de la plaine du Var, le permis d'aménager en cause a été délivré par la maire de Gattières, au nom de l'Etat, sous l'autorité du préfet. Dès lors, une telle décision n'entrait pas dans le champ des décisions susceptibles de faire l'objet d'un recours gracieux ou d'être déférées devant le juge administratif par le préfet, au titre du contrôle de légalité. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir du fait que le délai de deux mois dont disposait le préfet pour présenter un recours gracieux à l'encontre de l'autorisation d'urbanisme litigieuse du 22 novembre 2018, au titre de son contrôle de légalité, était expiré le 4 février 2019, date à laquelle le préfet a invité M. A à produire ses observations écrites dans le cadre de la procédure de retrait de ce permis. Ce moyen doit alors être écarté.

14. En cinquième lieu, si le requérant se prévaut des dispositions du code de l'urbanisme relatives à l'avis émis par le maire dans les communes où l'Etat est compétent pour délivrer les autorisations d'urbanisme, de telles dispositions ne concernent que la procédure de délivrance de ces autorisations et non la procédure de retrait. Par suite, ce moyen doit également être écarté comme étant inopérant.

15. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". De même, les dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Gattières prévoient que " les terrains doivent être desservis par des voies dont les caractéristiques techniques sont suffisantes au regard de l'important et de la nature du projet, et permettent notamment d'assurer la circulation et l'utilisation des engins et matériels de lutte contre les incendies, de véhicules de collecte des ordures ménagères, conformément à la règlementation en vigueur (). Tout accès doit permettre d'assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies. Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l'accès, de sa configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. Lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, l'accès doit être établi sur la voie où la gêne pour la circulation est moindre ".

16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi par l'allée des Cyprès, voie en impasse à sens unique et longeant le cimetière communal. Si cette allée qui prend naissance au niveau de la route des Sauces est pour partie une voie carrossable, certes étroite, mais permettant l'accès des véhicules au cimetière communal, elle prend toutefois l'aspect d'une allée piétonne étroite et goudronnée après avoir dépassé l'aire de retournement prévu au niveau de la deuxième entrée du cimetière. De même, dans sa partie terminale, située au-delà du cimetière, elle s'apparente à un sentier piétonnier non carrossable et muni de marches ne permettant pas la circulation des véhicules terrestres. Si le requérant se prévaut des aménagements qu'il entend effectuer sur l'allée des Cyprès pour offrir au projet des conditions de desserte satisfaisantes notamment par la création d'une aire de croisement, ces aménagements concernent exclusivement la partie supérieure de la voie de desserte, au droit du terrain d'assiette, à l'exclusion de la partie inférieure de la voie, qui au regard de son étroitesse, est également inadaptée à la desserte du projet. Dès lors, l'accès projeté ne peut être regardé comme présentant des caractéristiques adaptées à l'opération, laquelle prévoit la création de trois lots, et satisfaisant aux exigences de sécurité, de défense contre l'incendie et de ramassage des ordures ménagères. Par suite, c'est donc à bon droit que la maire de Gattières s'est fondée sur la méconnaissance des dispositions des articles UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et R. 111-2 du code de l'urbanisme pour retirer le permis d'aménager de M. A.

17. Il résulte donc de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 février 2019 par lequel la maire de Gattières a retiré l'arrêté du 22 novembre 2018 portant permis d'aménager. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, sans qu'il ne soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie pour information sera adressée à la commune de Gattières et au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°1901700

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