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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1906236

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1906236

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1906236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantFURIO-FRISCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2019, M. A B, représenté par Me Furio-Frisch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision révélée par la consultation le 29 octobre 2019 de son relevé de compte d'heures supplémentaires GEOPOL de retrait de 78,25 heures ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige lui fait grief ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité par voie d'exception de la note du 15 octobre 2019 du directeur général de la police nationale, laquelle n'a pas fait l'objet d'une publication conforme à l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, est entachée d'incompétence, a été prise en méconnaissance des dispositions du décret du 3 mars 2000 et des droits acquis, porte atteinte au principe général de non-rétroactivité des actes administratifs et méconnaît les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les principes de sécurité juridique et de confiance légitime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle n'est pas accompagnée de la décision attaquée ; à supposer que la mention du retrait de 78,25 heures supplémentaires soit regardée comme révélant une décision, elle ne constitue qu'un acte préparatoire insusceptible de recours ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2000-194 du 3 mars 2000 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;

- le décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018 ;

- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;

- l'arrêté du 27 décembre 2017 relatif aux missions et à l'organisation de la direction des ressources et des compétences de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2022 :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, major de la police nationale, a pris connaissance, le 29 octobre 2019, en consultant son relevé de compte d'heures supplémentaires dénommé GEOPOL, de ce que 78,25 heures supplémentaires avaient été indemnisées et ainsi retirées en fin d'année 2019 de son compte sur le fondement de la note du directeur général de la police nationale du 15 octobre 2019. M. B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision révélée par la consultation de son compte d'heures supplémentaires GEOPOL le 29 octobre 2019 retirant de ce compte 78,25 heures supplémentaires.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du second alinéa de l'article 22 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Les services accomplis au-delà de la durée hebdomadaire normale du travail sont compensés par des repos égaux ou équivalents qui doivent être accordés dans les plus courts délais compatibles avec les besoins du service, ou dans des conditions définies par décret, par un régime indemnitaire adapté ". Aux termes de l'article 1er du décret du 3 mars 2000 fixant les conditions d'attribution d'une indemnité pour services supplémentaires aux fonctionnaires actifs de la police nationale : " Les fonctionnaires actifs de la police nationale, à l'exclusion des fonctionnaires du corps de conception et de direction et du corps de commandement, peuvent, lorsqu'ils sont amenés à effectuer des services supplémentaires non susceptibles de donner lieu à récupération, bénéficier d'une indemnité pour services supplémentaires ". L'article 3 de ce décret précise les modalités de calcul de cette indemnité. Enfin, aux termes de l'article 113-34 de l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale : " Les services supplémentaires (permanences, astreintes, rappels au service, dépassements horaires de la journée de travail ou de la vacation) effectués au-delà de la durée réglementaire de travail ouvrent droit : / 1. Après prise en compte temps pour temps, à des repos égaux ou équivalents dans des conditions précisées par l'instruction générale relative à l'organisation du travail dans la police nationale. / () / 2. Ou à une indemnisation forfaitaire dans des conditions fixées par décret. / Le paiement, en application des dispositions du décret n° 2000-194 du 3 mars 2000 modifié, d'indemnités pour services supplémentaires effectués sur une période donnée, exclut toute compensation horaire au titre de cette même période. / () ". Il résulte de ces dispositions que les fonctionnaires actifs de la police nationale appartenant au corps d'encadrement et d'application peuvent prétendre, lorsque les services supplémentaires qu'ils ont effectués ne sont pas susceptibles de donner lieu à récupération sous forme de repos égaux ou équivalents, au versement d'une indemnité calculée selon les modalités prévues par le décret du 3 mars 2000. L'impossibilité de récupérer de tels services supplémentaires peut être la conséquence d'une décision de l'administration, prise pour les besoins du service, ou résulter de la situation du fonctionnaire concerné, notamment de son état de santé.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de procéder à l'indemnisation exceptionnelle, au titre de l'année 2019, de tout ou partie des heures supplémentaires excédant le seuil de 160 heures pour les agents ayant accumulé, au 30 septembre 2019, un nombre d'heures supplémentaires non indemnisées et non récupérées excédant ce même seuil, a été prise pour les besoins du service, leur récupération sous forme de repos égaux ou équivalents se révélant incompatible avec la continuité du service. Par suite, le moyen tiré de ce que la note dont l'illégalité est excipée, faute de laisser aux personnels concernés le choix entre l'indemnisation des heures supplémentaires effectuées ou leur récupération sous forme de repos, ajouterai au décret du 3 mars 2000 et aurait été prise pour des motifs qui violent les dispositions citées ci-dessus, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, dès lors que la décision de l'administration d'indemniser au titre de l'année 2019 un certain nombre d'heures supplémentaires effectuées par les personnels de la police nationale au lieu de leur récupération, est justifiée par les besoins du service et notamment la continuité de celui-ci, les moyens tirés de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes administratifs et d'atteinte portée aux droits acquis et aux droits individuels des personnels de la police nationale ne peuvent être qu'écartés.

5. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que la note dont l'illégalité est excipée porte atteinte au 1er protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaissent le principe de sécurité juridique et le principe de confiance légitime ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° () les directeurs d'administration centrale () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 12 août 2013 portant organisation de l'administration centrale du ministère de l'intérieur et du ministère des outre-mer : " Le directeur général de la police nationale dirige les activités des directions et services suivants : / 1° La direction des ressources et des compétences de la police nationale ; () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2017 relatif aux missions et à l'organisation de la direction des ressources et des compétences de la police nationale : " () La direction des ressources et des compétences de la police nationale comprend : / - la sous-direction de l'administration des ressources humaines ; () ". Aux termes de l'article 28 du même arrêté : " La sous-direction de l'administration des ressources humaines () assure la gestion administrative et statutaire du corps d'encadrement et d'application de la police nationale () ".

7. M. A D, signataire de la note du 15 octobre 2019 relative à la campagne d'indemnisation exceptionnelle 2019 des heures supplémentaires pour les personnels de la police nationale, a été nommé directeur général de la police nationale au sein de l'administration centrale du ministère de l'intérieur, à compter du 28 août 2017 par décret du 2 août 2017 publié au Journal officiel du 3 août 2017.

8. Dans l'exercice de ses prérogatives de chef de service, le directeur général de la police nationale a pu légalement, par la note dont l'illégalité est excipée, préciser le calendrier et les modalités d'indemnisation du stock d'heures supplémentaires des personnels de la police nationale placés sous sa direction.

9. Il s'ensuit que M. D, en sa qualité de directeur d'administration centrale ainsi que de chef de service, était compétent pour édicter la note du 15 octobre 2019. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la note du 15 octobre 2019 en raison de l'incompétence de son auteur, doit donc être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, si l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. / Un décret en Conseil d'Etat pris après avis de la commission mentionnée au titre IV précise les autres modalités d'application du présent article " et l'article 7 du décret du 28 novembre 2018 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires prévoit que " les circulaires et instructions signées avant cette date sont réputées abrogées au 1er mai 2019 si elles n'ont pas, à cette dernière date, été publiées sur les supports prévus par les dispositions de la section 2 du chapitre II du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l'administration ", la note du 15 octobre 2019 par laquelle le directeur général de la police nationale, en sa qualité de chef de service, a précisé, à destination des seuls personnels de la police nationale, les modalités d'indemnisation exceptionnelle au titre de l'année 2019 des heures supplémentaires, ne comporte pas description des procédures administratives ni d'interprétation du droit positif au sens et pour l'application de ces dispositions. Elle ne peut donc être regardée comme abrogée en raison de son absence de publication sur un des supports légalement prévus à cette fin.

11. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision révélée par la consultation de son compte d'heures supplémentaires GEOPOL le 29 octobre 2019 retirant de celui-ci 78,25 heures supplémentaires au motif de l'illégalité par voie d'exception de la note du 15 octobre 2019.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par le ministre de l'intérieur en défense ni qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

D. C

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

S. Genovèse

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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