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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001941

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001941

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLE GALL PAUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 14 mai 2020, 8 octobre 2021 et 1er février 2022, la société Atlantic Chempharm, représentée par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral en date du 16 mars 2020 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé le plan de prévention des risques naturels de mouvements de terrain de la commune de Nice ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté querellé est entaché d'un vice de procédure, le préfet n'ayant pas respecté les modalités de concertation prévues par l'arrêté d'élaboration du plan en date du 27 juillet 2010 ;

- les modifications de forme et de fond intervenues après l'enquête publique présentaient un caractère substantiel et devaient entraîner l'organisation d'une nouvelle enquête ;

- l'arrêté querellé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 août et le 29 novembre 2021, le préfet des Alpes-Maritimes (direction départementale des territoires et de la mer), défendeur, représenté par Me Jacquemin, soulève l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir de la société Chempharm, conclut au rejet de la requête comme étant infondée et à ce que soit mis à la charge de la société Chempharm le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut de qualité et d'intérêt à agir de la société requérante en ce qu'elle ne justifie pas de ses statuts, de l'identité de son représentant légal et de sa capacité d'ester en justice ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la société Atlantic Chempharm ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 7 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier,

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Raison, rapporteure,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 16 mars 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé le plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain sur la commune de Nice. Ce plan classe la parcelle située à Nice, section KE n° 263, dont la société Atlantic Chempharm est propriétaire en zone rouge. Par la présente requête, la société Atlantic Chempharm demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique :

2. Aux termes des I et II de l'article L. 562-1 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable au présent litige : " - L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones./() II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : () 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / () 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs () ".

3. En vertu de ces dispositions, le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé par arrêté du 16 mars 2020 le plan de prévention des risques naturels de mouvements de terrains de la commune de Nice. Il ressort du rapport de présentation de cet arrêté qu'ont été classées en zone rouge les zones à risque fort dans lesquelles les constructions nouvelles sont interdites à l'exception de quelques aménagements énoncés dans le règlement, tandis qu'ont été classées en zones bleues les zones à risque modéré où des aménagements et des constructions sont autorisées sous réserve de prendre des mesures adaptées aux risques.

En ce qui concerne la légalité externe :

S'agissant de la concertation :

4. Aux termes de l'article L. 562-3 du code de l'environnement : " Le préfet définit les modalités de la concertation relative à l'élaboration du projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles. / Sont associés à l'élaboration de ce projet les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale concernés. Après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier et après avis des conseils municipaux des communes sur le territoire desquelles il doit s'appliquer, le plan de prévention des risques naturels prévisibles est approuvé par arrêté préfectoral. Au cours de cette enquête, sont entendus, après avis de leur conseil municipal, les maires des communes sur le territoire desquelles le plan doit s'appliquer ". Par ailleurs, l'article R. 562-2 dudit code dans sa rédaction alors applicable dispose que : " L'arrêté prescrivant l'établissement d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles détermine le périmètre mis à l'étude et la nature des risques pris en compte. Il désigne le service déconcentré de l'Etat qui sera chargé d'instruire le projet. / Il mentionne si une évaluation environnementale est requise en application de l'article R. 122-18. Lorsqu'elle est explicite, la décision de l'autorité de l'Etat compétente en matière d'environnement est annexée à l'arrêté. / Cet arrêté définit également les modalités de la concertation et de l'association des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale concernés, relatives à l'élaboration du projet. / Il est notifié aux maires des communes ainsi qu'aux présidents des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale compétents pour l'élaboration des documents d'urbanisme dont le territoire est inclus, en tout ou partie, dans le périmètre du projet de plan. / Il est, en outre, affiché pendant un mois dans les mairies de ces communes et aux sièges de ces établissements publics et publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Mention de cet affichage est insérée dans un journal diffusé dans le département ".

5. Il résulte des dispositions citées précédemment qu'il appartient au préfet de fixer, dans l'arrêté prescrivant l'élaboration du plan de prévention des risques naturels prévisibles, les modalités de l'association des collectivités territoriales et de leurs groupements à l'élaboration de ce plan ainsi que de la concertation avec le public. Dans tous les cas, cette association ou cette concertation doit porter sur la nature et les options essentielles du projet de plan avant qu'il ne soit arrêté.

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes a, par l'article 4 de l'arrêté du 27 juillet 2010 prescrivant l'élaboration du plan litigieux, prévu que les modalités de concertation se déclinent comme suit : " 1°) Dans le cadre de la concertation relative à l'élaboration du projet de plan, une réunion publique sera organisée sur le territoire de la commune de Nice afin de présenter le projet de plan à la population, préalablement à l'enquête publique. / 2°) Un registre de concertation sera déposé en mairie afin que le public puisse y consigner ses observations jusqu'à l'ouverture de l'enquête publique et prendre connaissance des documents du projet de plan. 3°) Pour toute information relative à l'élaboration du projet de plan ou témoignage au sujet des phénomènes de mouvements de terrain à Nice, il convient de se rapprocher de la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes, pôle risques, au centre administratif départemental de Nice ou de la contacter à partir de son site internet. ". Aux termes de l'article 5 dudit arrêté, il est prévu que : " 1°) Les personnes publiques associées à l'élaboration du projet de plan sont : - le maire de la commune de Nice ou son représentant ; - le président du syndicat mixte d'études et de suivi du schéma de cohérence territorial de l'agglomération Nice Côte d'Azur ou son représentant ; - le président de la communauté urbaine Nice Côte d'Azur ou son représentant. 2°) Dans le cadre de l'association à l'élaboration du projet de plan, une réunion d'association entre le service instructeur et les personnes publiques visées au 1°) du présent article sera organisée. D'autres réunions peuvent être organisées. /3°) Le présent arrêté sera notifié aux personnes publiques visées au 1°) du présent article ainsi qu'au président du conseil général des Alpes-Maritimes et au président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du bilan de concertation en date du 26 février 2019 et des conclusions du commissaire enquêteur du 6 mai 2019, qu'ont été associés à l'élaboration du plan la commune de Nice, la Métropole Nice Côte d'Azur, le Conseil régional de Provence, le Conseil départemental des Alpes-Maritimes, la délégation de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur auprès du centre national de la propriété forestière, l'établissement public d'aménagement de l'opération d'intérêt national Plaine du Var, la chambre de commerce et d'industrie des Alpes-Maritimes et la chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes par l'organisation de trois réunions les 14 février 2014, 12 octobre 2015 et 1er avril 2016 au cours desquelles ont été présentés la procédure, la méthodologie d'élaboration du plan et le projet de zonage. S'agissant de l'information du public prescrite, il ressort de ces mêmes pièces que la phase de concertation s'est déroulée du 10 mars 2016 au 26 février 2019 au cours de laquelle a été mis à disposition du public un registre de concertation par une transmission en mairies principale et annexes de Nice le 10 mars 2016 de dix exemplaires du projet de plan destinés à permettre au public de consigner d'éventuelles observations. En outre, une réunion publique s'est tenue le 15 octobre 2018 au cours de laquelle ont été expliquées la teneur et la méthodologie d'élaboration du projet de plan. Enfin, il ressort de la synthèse des observations issues de l'enquête publique qu'une douzaine de pétitionnaires ont pu formuler des dires qui ont été examinés y compris à l'issue de l'enquête publique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de concertation manque en fait.

S'agissant de la nécessité d'une nouvelle enquête publique :

8. Aux termes des articles R. 562-7 à R. 562-9 du code de l'environnement : " Le projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles est soumis à l'avis des conseils municipaux des communes sur le territoire desquelles le plan sera applicable (). Le projet de plan est soumis par le préfet à une enquête publique dans les formes prévues par les articles R. 11-4 à R. 11-14 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. / A l'issue de ces consultations, le plan, éventuellement modifié pour tenir compte des avis recueillis, est approuvé par arrêté préfectoral. () ". Il résulte de ces dispositions que si le projet de plan peut être modifié après l'enquête publique, le cas échéant de façon substantielle, pour tenir compte tant de ses résultats que des avis préalablement recueillis, c'est à la condition que les modifications ainsi apportées n'en remettent pas en cause l'économie générale. Il appartient au juge administratif, pour caractériser l'existence d'une éventuelle atteinte à l'économie générale du projet, de tenir compte de la nature et de l'importance des modifications opérées au regard notamment de l'objet et du périmètre du plan ainsi que de leur effet sur le parti de prévention retenu.

9. La société Atlantic Chempharm, en se bornant à alléguer que des modifications substantielles du plan de prévention à la suite de l'enquête publique imposaient au préfet de soumettre le plan à une nouvelle enquête avant son approbation, n'apporte pas au tribunal les précisions suffisantes de nature à lui permettre d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modifications apportées aux aléas sans changement de zonage, limitées à des corrections mineures, aient eu pour objet ou pour effet de remettre en cause l'économie générale du plan. Dès lors, le moyen tiré de la nécessité d'une nouvelle enquête publique ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " I. - L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations () II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : 1º De délimiter les zones exposées aux risques, dites "zones de danger", en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2º De délimiter les zones, dites "zones de précaution", qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1º () ".

11. La société Atlantic Chempharm soutient que le plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain sur la commune de Nice, approuvé par l'arrêté préfectoral du 16 mars 2020, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il classe en zone rouge la parcelle cadastrée section KH n° 263 dont elle est propriétaire.

12. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle litigieuse est située à flanc rocheux dans un environnement calcaire propice aux éboulements, cernée par un talus de 12 mètres et ayant subi d'importantes excavations. La requérante se prévaut d'une étude réalisée par le cabinet Géolithe le 25 avril 2019 selon laquelle l'aléa résultant d'éboulements rocheux sur la parcelle KH n° 263 est d'un niveau très faible à faible. Cette étude se limite néanmoins à une analyse des risques basée uniquement sur l'examen des aléas d'écroulement de compartiments de deux secteurs situés en amont de l'avenue Jean Lorrain combinée à une analyse de la probabilité de propagation des éboulements de roches ou pierres sur la parcelle en provenance de ces secteurs sans analyser les risques inhérents aux blocs et pierres situés sur la parcelle même. Par ailleurs, l'hypothèse du cabinet Géolithe selon laquelle le bâtiment s'adossant au front de taille neutraliserait l'aléa de chutes de bloc sur la parcelle ne saurait être retenu pour modifier le zonage inscrit dans le plan de prévention dès lors que la méthodologie d'élaboration du plan précise que ni les bâtiments existants, ni les projets futurs ne peuvent être pris en compte dans l'établissement de la carte d'aléa. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle dans ces zones de risque ne peut donc qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain sur la commune de Nice, approuvé par l'arrêté préfectoral du 16 mars 2020 présentées par la société Atlantic Chempharm, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Atlantic Chempharm une somme de 1 500 euros à verser à l'Etat au titre de ces mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Atlantic Chempharm est rejetée.

Article 2 : La société Atlantic Chempharm versera à l'Etat une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Atlantic Chempharm, à la commune de Nice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Alpes-Maritimes (direction départementale des territoires et de la mer).

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

L. RAISONLe président,

Signé

O. EMMANUELLI

La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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