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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001951

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001951

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFACCENDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai 2020 et 30 juin 2021, M. A B, représenté par Me Faccendini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mars 2020 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé le plan de prévention des risques naturels prévisibles relatifs aux mouvements de terrains concernant la commune de Nice en tant qu'il classe les parcelles cadastrées NY 287, 375 et 376 en degré d'aléa fort en ce qui concerne le risque d'éboulements poudingues et le risque ravinement et en ce qu'il a classé en zone rouge lesdites parcelles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation compte tenu de l'absence de survenance des aléas concernés durant la période de référence de cent ans, du faible degré d'intensité lié à l'aléa d'éboulements de poudingues, et de l'absence de risque de ravinement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2021, le préfet des Alpes-Maritimes, défendeur, conclut au rejet de la requête aux motifs que l'absence d'éboulements durant une période de cent ans n'exclut pas la probabilité d'occurrence s'agissant d'un terrain présentant des facteurs déterminants à mouvements de terrains, que le risque d'éboulement de poudingues est réel si des galets de volume faible tombent dans un agglomérat de plusieurs dizaines ou centaines de galets, en l'état des pentes du terrain, et que le risque de ravinement est réel.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Raison, rapporteure,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 16 mars 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé le plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain de la commune de Nice. M. B demande l'abrogation de cet arrêté en tant qu'il classe les parcelles cadastrées NY 287, 375 et 376, dont il est propriétaire, en zone rouge en raison du risque élevé d'éboulements poudingues et du risque élevé de ravinement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des I et II de l'article L. 562-1 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable au présent litige : " L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones./() II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin :/() 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ;/ () 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / () 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / () 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs ()".

3. Il résulte de ces dispositions que les plans de prévention des risques naturels prévisibles ont pour objet de définir des zones exposées à des risques naturels à l'intérieur desquelles s'appliquent les interdictions, prescriptions et mesures de prévention, protection et sauvegarde qu'ils précisent. Le classement de terrains par un plan de prévention des risques en application du 1° du II de l'article L. 562-1 du code de l'environnement a pour objet de déterminer, en fonction de la nature et de l'intensité du risque auquel ces terrains sont exposés, les interdictions et prescriptions nécessaires, à titre préventif, notamment pour ne pas aggraver le risque pour les vies humaines. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur le périmètre et la délimitation des zones d'un plan de prévention des risques.

4. Il ressort, d'une part, de la note de présentation annexée à l'arrêté d'approbation du plan de prévention des risques du 16 mars 2020 que la méthodologie retenue pour l'élaboration du plan s'appuie sur les évènements historiques, sur l'analyse de photos aériennes, et sur l'inspection précise du terrain. Les autorités responsables du plan de prévention ont ainsi défini des zones d'aléas par croisement entre la probabilité d'occurrence et l'intensité de l'aléa sur une échelle de 1 à 3 (faible à fort) à partir des différents phénomènes naturels existants que sont les éboulements dans les formations autres que poudingues et dans les formations de poudingue spécifiquement, les glissements de terrain, les effondrements et le ravinement. Le rapport de présentation du plan précise ainsi que : " () pour chacun de ces phénomènes, sont appréciés au regard de différents facteurs et paramètres, la probabilité d'occurrence et l'intensité du phénomène. La détermination de ces différents facteurs se fait au travers de l'établissement de cartes thématiques : - la carte géologique de la commune ; - la cartes des indices géomorphologiques et phénomènes connus (indices de traces de mouvements, phénomènes connus sur la commune, recensement cat-nat, ouvrages de protection, sources) ; - carte des pentes. Ces différentes cartes permettent l'établissement de la carte de qualification des aléas ". A cet égard, ont été précisément pris en compte pour évaluer les aléas concernant les parcelles NY 287, 375 et 376 les facteurs liés à la lithologie, la pente, l'hydrologie, les indices géomorphologiques et les eaux de surface s'agissant plus particulièrement du ravinement. Dès lors, le simple fait qu'aucun évènement, en lien aux poudingues ou de type ravinement n'ait été relevé durant le siècle précédent sur les parcelles concernées, comme le soutient le requérant, est sans incidence sur la probabilité d'occurrence de l'aléa, celle-ci résultant de la présence sur site de multiples facteurs déterminants, précisément définis, propres à chaque phénomène.

5. Il ressort, d'autre part, des pièces du dossier que l'administration a relevé, s'agissant spécifiquement des parcelles concernées, la présence de formations de poudingue sur une pente supérieure à 30 % pour en déduire une probabilité forte d'éboulements de poudingues susceptibles, s'ils sont pris dans une matrice, de former un agglomérat de plusieurs dizaines voire centaines de galets dont les volumes peuvent aller jusqu'à des dizaines de m3. Elle a, en outre, estimé à un stade fort le degré de ravinement, en se fondant sur un aléa d'intensité élevée, par analogie avec d'autres zones de la commune présentant le même contexte géologique et topographique, peu important l'absence de talwegs sur les lieux, rappelant que les parcelles concernées s'inscrivent une zone élargie de 14 000 m2 présentant des facteurs déterminants propices à mouvements de terrain.

6. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que l'autorité préfectorale a procédé au zonage retenu des parcelles NY 287, 375 et 376 de la commune Nice dans le plan de prévention des risques naturels en litige au regard des risques d'éboulement poudingues et de ravinement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du défendeur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. B demande au titre des frais qu'il a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Nice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

L. RAISONLe président,

Signé

O. EMMANUELLI

La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2001951

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