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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100054

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100054

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEXIO AVOCATS.CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 janvier 2021 et le 2 janvier 2024, l'association Mountain Bikers Foundation, représentée par son président en exercice, ayant pour avocat Me Bleykasten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-05 du 8 juillet 2020 par lequel la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour a règlementé la circulation et le stationnement des cycles sur les voies fermées à la circulation publique des véhicules à moteur dans le cœur du parc national, ensemble la décision du 5 novembre 2020 par laquelle la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public du parc national du Mercantour la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le conseil scientifique du parc national n'a pas été consulté ;

- il méconnaît la liberté d'aller et venir ;

- il méconnaît le principe d'égalité entre les usagers ;

- l'interdiction édictée est disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2021 et le 18 mars 2024, l'établissement public du parc national du Mercantour, représenté par sa directrice, ayant pour avocat Me Hauret, soulève l'irrecevabilité de la requête au motif du défaut d'intérêt à agir de la requérante. Sur le fond, l'établissement public conclut au rejet de la requête comme étant infondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le décret n° 2009-486 du 29 avril 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Raison, rapporteur ;

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hauret, représentant la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Mountain Bikers Foundation demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2020 par lequel la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour a règlementé la circulation et le stationnement des cycles sur les voies fermées à la circulation publique des véhicules à moteur dans le cœur du parc national, ainsi que la décision du 5 novembre 2020 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, il est soutenu que l'association requérante n'aurait pas intérêt à agir dès lors que sa capacité d'action contentieuse serait limitée à une action concernant la protection d'intérêts locaux. Il ressort cependant de l'article 1er des statuts de l'association Mountain Bikers Foundation, produits à l'instance, que l'objet social comprend la défense " () au niveau local comme au niveau national et européen, (de) la liberté de circuler à VTT dans des sites et espaces naturels destinés à être ouverts au public, que ce soit par des VTT musculaires ou à assistance, par des actions de communication, de prévention, de formation, de médiation et, également, des actions judiciaires telles qu'il est exposé à l'article 12 des présents statuts ". La capacité d'action de l'association s'étend ainsi expressément sur l'ensemble du territoire. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour, fondée sur une capacité d'action limitée géographiquement à l'échelle locale, doit être écartée.

3. En deuxième lieu, l'intérêt à agir de l'association requérante est contestée au motif que son président n'aurait pas qualité à la représenter. Il ressort cependant des termes de l'article 11 des statuts que : " le président est autorisé à agir en justice pour le compte de Mountain Bikers Foundation et à représenter celle-ci en cas de besoin, sans faire appel à une décision d'Assemblée Générale. () le président de l'association représente l'association en justice, en demande comme en défense, en référé comme au principal, devant toutes les juridictions, en première instance, en appel comme en cassation ". Dès lors, la requérante justifie ainsi de la qualité de son président pour demander l'annulation de la décision contestée au nom de l'association. Par suite, la fin de non-recevoir opposée sur ce point par la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour doit également être écartée.

4. En dernier lieu, la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour soulève une fin de non-recevoir tirée de ce que la capacité d'action contentieuse de l'association requérante, limitée à la contestation d'actes ayant pour effet de restreindre la libre circulation des VTT, ne saurait être étendue à la contestation de l'arrêté en litige dès lors que celui-ci est en réalité plus permissif que la précédente règlementation. Il ressort cependant des termes précis de l'article 11.2 des statuts selon lequel : " () Le président est notamment autorisé à contester tout acte administratif qui aurait pour objet ou pour effet de restreindre la libre circulation du public en vélo ou en VTT " que, si le président peut contester un tel acte restrictif de droits, il n'est pas limité dans son champ d'action à une telle contestation. Par ailleurs, l'arrêté contesté, dont l'objet est : " la règlementation (de) la circulation et (du) stationnement des cycles sur les voies fermées à la circulation publique des véhicules à moteur dans le cœur du Parc national ", a pour objectif de restreindre la liberté de circuler des cycles dans le cœur du Parc dans des itinéraires qui n'étaient pas règlementés jusqu'alors. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée doit également être écartée.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir soulevées par l'établissement public du parc national du Mercantour doivent être écartées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. L'article L. 331-1 du code de l'environnement dispose que : " Un parc national peut être créé à partir d'espaces terrestres ou maritimes, lorsque le milieu naturel, particulièrement la faune, la flore, le sol, le sous-sol, l'atmosphère et les eaux, les paysages et, le cas échéant, le patrimoine culturel qu'ils comportent présentent un intérêt spécial et qu'il importe d'en assurer la protection en les préservant des dégradations et des atteintes susceptibles d'en altérer la diversité, la composition, l'aspect et l'évolution. / Il est composé d'un ou plusieurs cœurs, définis comme les espaces terrestres et maritimes à protéger, ainsi que d'une aire d'adhésion () ". Aux termes de l'article L. 331-4-1 du même code : " La réglementation du parc national et la charte prévues par l'article L. 331-2 peuvent, dans le cœur du parc : / 1° Fixer les conditions dans lesquelles les activités existantes peuvent être maintenues ; / 2° Soumettre à un régime particulier et, le cas échéant, interdire (), la circulation du public quel que soit le moyen emprunté, () toute action susceptible de nuire au développement naturel de la faune et de la flore et, plus généralement, d'altérer le caractère du parc national () ".

7. Aux termes de l'article 4 du décret du 29 avril 2009 pris pour l'adaptation de la délimitation et de la règlementation du parc national du Mercantour aux dispositions du code de l'environnement issues de la loi n° 2006-436 du 14 avril 2006 : " Les mesures destinées à assurer la protection d'espèces animales ou végétales, d'habitats naturels ou de minéraux ou fossiles dont la conservation s'avère nécessaire sont prises par le directeur de l'établissement public du parc, après avis, sauf urgence, du conseil scientifique. () ".

8. Il est constant qu'avant l'édiction de l'arrêté en litige, le conseil scientifique n'a pas été consulté. Si la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour conteste avoir été tenue de procéder à une telle consultation, il ressort cependant des pièces du dossier que l'arrêté contesté, ayant pour objectif de règlementer l'accès et la circulation des cycles afin de " préserver la tranquillité du cœur pour conservation de certaines espèces animales emblématiques telles que le Bouquetin des Alpes, le Tétras-lyre ou le Lagopède alpin ", a été édicté par la directrice de l'établissement public du Parc national dans le cadre des pouvoirs dont elle dispose aux termes de l'article susvisé. Dès lors, étant par ailleurs relevé que l'urgence n'est ni alléguée, ni établie, l'association requérante est fondée à en demander l'annulation.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté n° 2020-05 du 8 juillet 2020 par lequel la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour à règlementé l'accès et la circulation des cycles dans le cœur du parc national du Mercantour, ensemble la décision du 5 novembre 2020 rejetant son recours grâcieux, doivent être annulés.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement public du parc national du Mercantour la somme de 1 200 euros à verser à l'association requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2020-05 du 8 juillet 2020 par lequel la directrice de l'établissement public du parc national du Mercantour a règlementé la circulation et le stationnement des cycles sur les voies fermées à la circulation publique des véhicules à moteur dans le cœur du Parc national, ensemble la décision du 5 novembre 2020 portant rejet du recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à l'association Mountain Bikers Foundation une somme globale de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Mountain Bikers Foundation et à l'établissement public du parc national du Mercantour.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de M. Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

L. RAISON

Le président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

2100054

1

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