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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100255

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100255

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKHADRAOUI-ZGAREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2021, Mme A C B, représentée par Me Khadraoui-Zgaren, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'attestation préfectorale pour l'obtention du droit aux prestations familiales concernant ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer l'attestation préfectorale pour l'obtention du droit aux prestations familiales concernant ses deux enfants, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que son droit à mener une vie familiale normale ; elle méconnaît le principe de non-discrimination en matière d'attribution d'allocations familiales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2021, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la demande concernant la fille de Mme C B a fait l'objet d'une décision explicite de rejet du 9 novembre 2020 ;

- les moyen ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 février 2023 à 12 heures par une ordonnance du 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B est une citoyenne capverdienne née le 17 janvier 1983. Elle a sollicité, par un courrier du 8 octobre 2019, notifié à la préfecture des Alpes-Maritimes le 10 octobre 2019, la délivrance de l'attestation prévue par le 5° de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale pour ses deux enfants. Mme C B fait valoir qu'en raison du silence gardé par le préfet sur cette demande, une décision implicite de rejet est née dont elle demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la demande relative au fils de D C B :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Mme C B n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé au préfet des Alpes-Maritimes de lui communiquer les motifs de la décision implicite rejetant sa demande de délivrance d'une attestation préfectorale pour l'obtention du droit aux prestations familiales, comme le permettent les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale : " Bénéficient également de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les étrangers non ressortissants d'un Etat membre de la Communauté européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, titulaires d'un titre exigé d'eux en vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de traités ou accords internationaux pour résider régulièrement en France. / Ces étrangers bénéficient des prestations familiales sous réserve qu'il soit justifié, pour les enfants qui sont à leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées, de l'une des situations suivantes : () -leur qualité d'enfant d'étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 7° de l'article L. 313-11 du même code à la condition que le ou les enfants en cause soient entrés en France au plus tard en même temps que l'un de leurs parents titulaires de la carte susmentionnée. / Un décret fixe la liste des titres et justifications attestant de la régularité de l'entrée et du séjour des bénéficiaires étrangers. Il détermine également la nature des documents exigés pour justifier que les enfants que ces étrangers ont à charge et au titre desquels des prestations familiales sont demandées remplissent les conditions prévues aux alinéas précédents. ". Aux termes de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale : " La régularité de l'entrée et du séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire a à charge et au titre desquels il demande des prestations familiales est justifiée par la production de l'un des documents suivants : () / 5° Attestation délivrée par l'autorité préfectorale, précisant que l'enfant est entré en France au plus tard en même temps que l'un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; () ".

5. Il appartient au préfet, lorsqu'il est saisi d'une demande d'attestation permettant d'ouvrir le droit aux prestations familiales d'un étranger parent d'enfants à charge, de vérifier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'une part, que les enfants sont ceux de l'étranger dont il s'agit, d'autre part, que cet étranger est titulaire de la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " prévue au 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, enfin, que les enfants sont entrés en France au plus tard en même temps que l'un ou l'autre de ses parents titulaire d'un tel titre de séjour et, lorsque ces conditions sont remplies, de délivrer l'attestation prévue au 5° de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale.

6. Si Mme C B fait valoir que tous les éléments dont disposait l'administration dans le dossier indiquaient qu'il est établi que ses enfants sont entrés avec elle en France, elle ne produit aucun de ces éléments à l'appui de sa requête ni aucune pièce, attestation ou document de nature à établir que ses enfants seraient entrés sur le territoire français au plus tard en même temps que l'un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet des Alpes-Maritimes a pu refuser, pour ce motif, de délivrer à la requérante l'attestation prévue au 5° de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour prendre la décision attaquée, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait que Mme C B n'entre pas dans le cadre des dispositions du 5° de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'elle n'établit pas que ses enfants seraient entrés au plus tard en même temps que l'un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet était tenu de rejeter la demande de Mme C B tendant à la délivrance de l'attestation prévue par les dispositions du 5° de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale. Par ailleurs, la requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le refus de délivrance de cette attestation méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni faire valoir que ce refus constitue une mesure discriminatoire. Par suite, l'ensemble de ces moyens doit être écarté.

En ce qui concerne la fille de Mme C B :

8. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 9 novembre 2020, qui a été notifiée à la requérante le 16 novembre 2020, le préfet a explicitement rejeté la demande de délivrance d'attestation préfectorale au bénéfice de sa fille pour l'obtention du droit aux prestations familiales. Cette décision explicite doit être regardée comme s'étant substituée, pour ce qui concerne la fille de Mme C B, à la décision implicite initialement attaquée qui n'était pas devenue définitive à la date d'intervention de la décision explicite.

9. En premier lieu, la décision du 9 novembre 2020 vise les dispositions de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale et fait état des considérations de fait qui la fonde. Dès lors, cette décision est motivée, en fait et en droit, avec une précision suffisante au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, et pour des motifs identiques à ceux exposés aux points 4 à 6 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

11. En troisième lieu, et pour des motifs identiques à ceux exposés au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ainsi que les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, son droit à mener une vie familiale normale et le principe de non-discrimination en matière d'attribution d'allocations familiales doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision explicite du 9 novembre 2020, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par Mme C B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR La greffière,

signé

V. SUNER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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