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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100387

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100387

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantABIB GERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 janvier 2021, 7 avril 2021 et 15 mai 2024, M. D F et Mme E C, épouse F, représentés par Me Abib, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2020 par lequel le maire de Sainte-Agnès a délivré à M. B un permis de construire modificatif portant sur le déplacement de la piscine et du bassin de rétention de sa villa tel qu'initialement prévu par le permis de construire délivré le 2 mai 2018 ainsi que sur la création d'un escalier et de son garde-corps.

Les requérants soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté attaqué ;

- le permis de construire modificatif attaqué est illégal dès lors que le pétitionnaire ne justifie pas de l'existence d'une servitude de passage sur leurs parcelles cadastrées section D n°s 653 et 654, nécessaire au raccordement au réseau public d'assainissement ;

- le projet autorisé par le permis de construire litigieux ne pourra pas respecter la prescription prévue par l'article 3 de l'arrêté attaqué laquelle impose que les réserves et indications émises par ORFEO dans son avis du 2 mars 2020 devront être respectées ;

- les travaux entrepris par le pétitionnaire ne sont pas conformes à ce qui avait été autorisé par le permis de construire initial du 2 mai 2018, ni à ce qu'autorise le permis de construire modificatif litigieux ;

- le permis de construire modificatif attaqué méconnait les dispositions des articles II.3.1.3, II. 3.2.2 et II.3.2.4 du plan de prévention des risques naturels prévisibles des mouvements de terrain et celles de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme ;

- ledit permis de construire méconnait les dispositions de l'article UB7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Agnès.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2021, la commune de Sainte-Agnès, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Layet, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que soit solidairement mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable en ce que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté attaqué ;

- à titre subsidiaire, que l'ensemble des moyens soulevés par les requérants à l'appui de leur requête sont inopérants.

La requête a été communiquée à M. B qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 6 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mai 2024 à 12 heures.

Un mémoire a été enregistré pour la commune de Sainte-Agnès le 22 mai 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction.

Par un courrier du 23 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que le maire de Sainte-Agnès se trouvait en situation de compétence liée pour refuser la demande de permis de construire modificatif de M. B dès lors que cette demande ne portait pas sur l'ensemble des éléments de la construction en cause qui n'ont pas déjà été autorisés.

La commune de Saint-Agnès a produit ses observations par des mémoires enregistrés les 25 mai et 3 juin 2024.

M. et Mme F ont produit leurs observations par des mémoires enregistrés les 31 mai et 5 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

- les observations de M. F,

- et les observations de Me Layet, représentant la commune de Sainte-Agnès.

Une note en délibéré présentée pour M. et Mme F a été enregistrée le 10 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 juillet 2020, le maire de Sainte-Agnès a délivré à M. B un permis de construire modificatif portant sur le déplacement de la piscine et du bassin de rétention de sa villa tel qu'initialement prévu par le permis de construire délivré le 2 mai 2018 sur les parcelles cadastrées section D n°s 657, 658 et 2675, situées 433 route de la Colline, ainsi que sur la création d'un escalier et de son garde-corps. Par un courrier daté du 4 septembre 2020, réceptionné le 16 septembre suivant par les services de la commune de Sainte-Agnès, M. et Mme F, propriétaires de parcelles voisines, ont formé un recours gracieux contre l'arrêté du 15 juillet 2020 lequel est toutefois resté sans réponse. Par leur requête, M. et Mme F demandent au Tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2020.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Sainte-Agnès tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

4. En l'espèce, et d'une part, comme le reconnait expressément dans ses écritures la commune de Sainte-Agnès, les requérants, propriétaires des parcelles cadastrées sections D n°s 653, 654, 656 et 2674, bénéficient de la qualité de voisins immédiats du projet litigieux. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de l'avis du 2 mars 2020 de la société Véolia Eau - Orfeo, auquel renvoie l'article 3 du permis de construire attaqué, que le raccordement au réseau public d'eau potable et d'assainissement nécessite une servitude de canalisation pour l'établissement d'un point de livraison qui pourrait concerner la parcelle cadastrée section D n°654 appartenant aux requérants. En outre, ces derniers soutiennent, sans être contredit sur ce point ni par la commune de Sainte-Agnès, ni par le pétitionnaire, lequel n'a pas produit de mémoire en défense, que des ouvertures créant de nouvelles vues sur sa propriété ont été réalisées sur la façade Nord de la construction litigieuse sans qu'elles ne soient autorisées ni par le permis de construire initial du 2 mai 2018 ni par le permis de construire modificatif litigieux. Dans ces conditions, les requérants doivent être regardés comme justifiant d'une atteinte susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien et, par suite, d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté attaqué. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Sainte-Agnès tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

6. En l'espèce, il est constant que la demande de permis de construire modificatif déposée le 5 décembre 2019 par M. B porte sur le déplacement de la piscine et du bassin de rétention de sa villa tel qu'initialement prévu par le permis de construire du 2 mai 2018 ainsi que sur la création d'un escalier et de son garde-corps. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement d'une photographie versée au débat par les requérants que la façade Nord de la construction litigeuse possède cinq ouvertures composées d'une porte et de quatre fenêtres alors que les plans de façade annexés à la demande de permis de construire modificatif litigieuse ne font état que d'une porte et de deux fenêtres. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ces ouvertures auraient été autorisées par le permis de construire initial du 2 mai 2018, ni que le permis de construire modificatif litigieux aurait, le cas échéant, autorisé la modification des ouvertures alors qu'il est constant qu'une demande de permis modificatif " PCMI3 " portant sur " la modification des façades " a été déposé par le pétitionnaire le 12 mars 2021, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué et au dépôt de la présente requête, sans que la commune de Sainte-Agnès, ni dans ses écritures, ni dans ses observations au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 n'ait été, au demeurant, en capacité de déterminer les suites données à une telle demande. Dans ces conditions, il résulte du principe énoncé au point précédent que le maire de Sainte-Agnès était tenu de s'opposer à la demande de permis de construire modificatif de M. B dès lors qu'il appartenait à ce dernier de déposer une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble de la construction ou des éléments de celle-ci qui n'ont pas déjà été autorisés. Par suite, ainsi que les parties en ont été informées par le tribunal, le maire de Sainte-Agnès qui se trouvait en situation de compétence liée pour refuser la demande de permis de construire litigieuse a entaché sa décision d'illégalité.

7. Lorsque l'autorité administrative, saisie dans les conditions mentionnées au point 5 de ce jugement d'une demande ne portant pas sur l'ensemble des éléments qui devaient lui être soumis, a illégalement accordé l'autorisation de construire qui lui était demandée au lieu de refuser de la délivrer et de se borner à inviter le pétitionnaire à présenter une nouvelle demande portant sur l'ensemble des éléments ayant modifié ou modifiant la construction par rapport à ce qui avait été initialement autorisé, cette illégalité ne peut être regardée comme un vice susceptible de faire l'objet d'une annulation partielle en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ni d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 de ce même code.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 15 juillet 2020 litigieux doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans cette instance, au titre des frais exposés par la commune de Sainte-Agnès et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 juillet 2020 du maire de Sainte-Agnès est annulé.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sainte-Agnès au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Mme E C, épouse F, à M. A B et à la commune de Saint-Agnès.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller.

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2100387

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