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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100393

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100393

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLAWTEC - SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2021 et le 10 mai 2021, la SCI Du Clos, représentée par Me Zago, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2020 par lequel le maire de la commune de Mouans-Sartoux a délivré le permis de construire modificatif n° PC 00608418D0040M1 à la SCI Coccinelle, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) de condamner la commune de Mouans-Sartoux aux dépens ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mouans-Sartoux à la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le permis de construire modificatif a été obtenu par fraude ;

- il méconnaît les articles UE 2 et UE 11 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2021, la commune de Mouans-Sartoux, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SCI Du Clos la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SCI Du Clos ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2021, la SCI Coccinelle a fait valoir ses observations.

Par ordonnance du 24 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 29 octobre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Zago, représentant la SCI Du Clos, et de Me Gadd, représentant la commune de Mouans-Sartoux.

Une note en délibéré présentée pour la SCI Du Clos a été enregistrée le 10 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une visite sur la parcelle appartenant à la SCI Coccinelle, située au n° 1016 chemin de la Foux à Mouans-Sartoux, des agents municipaux ont constaté qu'un mur en limite Nord du terrain d'assiette, limitrophe à la parcelle appartenant à la SCI Du Clos, avait été réalisé plus haut que l'origine nécessitant une demande de permis de construire modificatif. Par un arrêté du 19 août 2020, le maire de la commune de Mouans-Sartoux a délivré ce permis de construire modificatif en vue de la construction d'un mur mitoyen. Par courrier du 16 août 2020, la SCI Du Clos a présenté un recours gracieux auprès du maire qui l'a implicitement rejeté. Par la présente requête, la SCI Du Clos demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 août 2020 par lequel le maire de la commune de Mouans-Sartoux a délivré le permis de construire modificatif à la SCI Coccinelle, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la fraude alléguée :

2. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

3. En premier lieu, si la SCI Du Clos soutient que la notice descriptive du permis de construire modificatif mentionne à tort que le mur mitoyen apparaît sur le plan PCMI 2 de la demande de permis de construire initial, cette circonstance n'est pas de nature à avoir exercé une influence sur l'appréciation portée par la commune sur le projet dès lors que ce mur apparaît sur les plans de la demande de permis de construire modificatif. Dans ces conditions, l'élément intentionnel de la fraude n'est pas caractérisé.

4. En deuxième lieu, la SCI Du Clos n'est pas fondée à soutenir que le dénivelé naturel entre les deux propriétés n'est pas de l'ordre de 50 à 70 cm alors qu'il ressort du plan d'état des lieux fournis par la SCI Du Clos à l'acte notarié entrainant vente de la parcelle BP 144 à la SCI Coccinelle que ce dénivelé est de 65 cm. Dans ces conditions, l'élément matériel de la fraude n'est pas caractérisé.

5. En troisième lieu, si la SCI Du Clos soutient qu'il est inexact, d'une part, d'affirmer qu'elle aurait démoli le clapier en pierre qui bordait la limite de sa propriété, et d'autre part, que ce clapier en pierre ne formait pas une restanque, il est constant que cet ouvrage n'existe plus sur la partie Ouest de sa parcelle. L'origine de sa destruction est sans incidence sur l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet, tout comme sa qualification ancienne de restanque et il ressort, par ailleurs, du compte-rendu d'intervention des agents municipaux, du 11 mars 2020, que ce clapier en pierre faisant office de restanque a été supprimée par la SCI Du Clos, cette mention ayant été rédigée avec l'accord de la société requérante.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan de coupe technique, que si la partie montante du mur en litige se situe sur la parcelle de la SCI Coccinelle, le patin de la semelle de fondation se situe en partie sur la parcelle de la SCI Du Clos, ce qu'elle ne conteste pas. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la qualification de mur de soutènement est constitutive d'une fraude.

7. En cinquième lieu, si la SCI Coccinelle a produit un plan de coupe du mur avec la mention " permis de construire du 10/01/2019 ", il ressort des pièces du dossier que ce document avait vocation à illustrer le changement de situation avant/après la suppression du clapier en pierre qui faisait office de restanque. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance a été de nature à avoir exercé une influence sur l'appréciation portée par la commune sur le projet.

8. En sixième lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne ressort pas du plan de coupe que celui-ci " présume régulariser " la démolition du clapier en pierre.

9. En septième lieu, aux termes de l'article UE 2 du plan local d'urbanisme : " ()/ Hors des zones soumises à des risques naturels : /()/ Les affouillements et exhaussements du sol sont admis à condition : - qu'ils soient strictement indispensables et nécessaires aux constructions et leur desserte, aux installations et infrastructures autorisées dans la zone, / - qu'ils s'intègrent correctement dans le site et n'entraînent pas de nuisance grave sur la stabilité des versants, / - que la hauteur des exhaussements n'excède pas 0,30 mètre. ( ) ".

10. Il résulte de ces dispositions que contrairement à ce qu'affirme la société requérante, les remblais sont autorisés sous certaines conditions. Par ailleurs, si elle soutient que la SCI Coccinelle aurait réalisé un remblai ayant entrainé une surélévation importante de la parcelle, en se bornant à verser au dossier des photographies du chantier, elle n'établit ni la réalité du remblai définitif allégué ni que celui-ci aurait été réalisé par la SCI Coccinelle alors même qu'il ressort des pièces du dossier qu'un clapier en pierre se situait sur sa parcelle et que son décaissement a entrainé un affouillement contraignant la société pétitionnaire a réalisé un mur plus haut sans modification de l'altimétrie.

11. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire modificatif a été obtenu par fraude doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles UE 2 et UE 11 du plan local d'urbanisme :

12. Aux termes de l'article UE 2 du plan local d'urbanisme : " ()/ Hors des zones soumises à des risques naturels : /()/ Les affouillements et exhaussements du sol sont admis à condition : - qu'ils soient strictement indispensables et nécessaires aux constructions et leur desserte, aux installations et infrastructures autorisées dans la zone, / - qu'ils s'intègrent correctement dans le site et n'entraînent pas de nuisance grave sur la stabilité des versants, / - que la hauteur des exhaussements n'excède pas 0,30 mètre. ( ) ". Aux termes de l'article UE 11 du plan local d'urbanisme : " ()/ 4- Clôtures /()/ Les murs bahut seront crépis dans des tons similaires aux bâtiments principaux. / Lorsque la nature et la configuration du terrain les rendent nécessaires pour ériger une clôture, il est autorisé d'ériger des murs de soutènement. Ces murs de soutènement seront alors traités à l'ancienne, en pierres apparentes ou en crépi et pourront servir de support à des plantes grimpantes. /() ". / 5- Murs de restanques et de soutènement : /()/ Les murs cyclopéens (constitués de gros blocs), les enrochements et les murs béton sont proscrits. /() ".

13. Contrairement à ce que soutient la SCI Du Clos, le permis de construire modificatif n'a autorisé aucun remblai supérieur à 0,30 mètre ni la réalisation du mur en béton. Au demeurant, le permis de construire modificatif prévoit que les prescriptions du permis de construire initial demeurent applicables. Or, il ressort des termes du permis de construire initial que le mur bahut " sera crépis dans des tons similaires aux bâtiments principaux ou constitués de pierre naturelles de pays. ". Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles UE 2 et UE 11 du plan local d'urbanisme seront écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 19 août 2020, ensemble la décision de rejet implicite du recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les dépens :

15. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Mouans-Sartoux qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Du Clos la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Mouans-Sartoux et au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Du Clos est rejetée.

Article 2 : La SCI Du Clos versera à la commune de Mouans-Sartoux la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 Le présent jugement sera notifié à la SCI Du Clos, la SCI Coccinelle et à la commune de Mouans-Sartoux.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Chaumont, première conseillère,

assistés de Mme Bianchi, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

L. BIANCHI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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