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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100900

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100900

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2021, M. C B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, les décisions de retrait de points de son permis de conduire prises suite aux infractions constatées les 8 février et 9 avril 2018, 25 février, 28 août et 8 novembre 2019, 9 février 2020, d'autre part, la décision du 15 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a mis fin à la validité de son permis de conduire pour solde de point nul à compter du 7 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de son capital de points et à la restitution de son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la date de notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient qu'il n'a jamais reçu les informations préalables prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. A, aucune des parties n'étant présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis entre le 8 février 2018 et le 9 février 2020 diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plus de douze points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 15 janvier 2021, le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête,

M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 15 janvier 2021, les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 8 février 2018 (deux points), 9 avril 2018 (deux points), 25 février 2019 (trois points), 28 août 2019 (quatre points), 8 novembre 2019 (un point) et 9 février 2020 (un point).

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B versé aux débats par le ministre de l'intérieur, que ce dernier a restitué le 11 août 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête, le point qu'il avait retiré au requérant suite à l'infraction constatée le 8 novembre 2019. Dès lors, il est fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre ce retrait sont sans objet et, partant, irrecevables.

Sur les demandes d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions de retrait de points :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

S'agissant des infractions commises les 9 avril 2018 et 25 février 2019 :

5. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 de ce code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions exposées au point précédent, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces versées au débat par le défendeur, que M. B a, lors des procès-verbaux faisant suite aux infractions constatée les 9 avril 2018 et 25 février 2019, apposé sa signature sur les pages écran mentionnées au point précédent. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve que le requérant avait reçu les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 8 février 2018 :

8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu des dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé intégral d'information et de l'attestation de paiement établie par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. B a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 8 février 2018. L'intéressé n'allègue pas avoir reçu un avis d'amende forfaitaire majorée inexact ou incomplet. Dans ces conditions, l'obligation de l'information requise par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être regardée comme remplie.

S'agissant de l'infraction commise le 28 août 2019 :

10. Cette infraction a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique. En admettant que M. B n'aurait pas reçu l'avis de contravention correspondant et aurait été privé de l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, il en avait toutefois reçu communication lors de l'infraction du 25 février 2019 ainsi qu'il a été dit au point 6. Dans ces conditions, l'information préalable exigée par les dispositions citées au point 2 doit être regardée comme remplie au titre de l'infraction constatée le 28 août 2019.

S'agissant de l'infraction commise le 9 février 2020 :

11. Il ressort des mentions, non contestées, du relevé d'information intégral du requérant que cette infraction a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmise au Centre National de Traitement du Contrôle Sanction Automatisé. Ainsi, un avis de contravention, puis un avis de majoration de l'amende forfaitaire comportant tous deux l'ensemble des informations prévues ont été envoyés automatiquement par courrier au domicile du contrevenant. Dans ces conditions, l'obligation d'information préalable doit être regardée comme régulièrement accomplie. Le moyen tiré du défaut de cette information doit ainsi être écarté.

Sur la demande d'annulation de la décision 48SI du 15 janvier 2021 :

12. Pour les motifs indiqués aux points 2 à 11, M. B n'est pas fondé à invoquer par voie d'exception, contre la décision contestée, l'illégalité des décisions portant retrait de points.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Les conclusions présentées en ce sens doivent donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et au titre des articles L. et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. ALa greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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